Dans le très officiel organigramme de campagne du candidat socialiste à la présidentielle française Benoît Hamon, sous l’onglet "Ecologie et Migrations", se trouve le nom d’un Belge, François Gemenne comme le relaie La Libre Belgique. 

Celui qui avait qualifié l’intercommunale Publifin de "système mafieux" au JT de la RTBF avait aussi créé le buzz médiatique en France en 2013 : face à Florian Philippot, il avait déconstruit, chiffres à l’appui, le discours du FN sur l’immigration, sur Canal +.

Enseignant à Sciences Po Paris et à l’Université de Liège, il est spécialiste des migrations climatiques. C’est dans ce cadre que le chercheur liégeois a été contacté par Hamon. "Je ne le connaissais pas du tout, je n’ai aucun lien avec le parti socialiste, d’ailleurs je ne vote même pas en France ! Mais au moment de la campagne des primaires, il a demandé à me rencontrer sur les questions de la migration et de la crise des réfugiés. On a eu une discussion seul à seul à son QG de campagne d’une heure, une heure et demie, et il m’a demandé quelle était la mesure prioritaire, selon moi, pour faire face à la crise des réfugiés. Je lui a parlé du visa humanitaire, qui permettrait aux réfugiés de venir en avion, plutôt que risquer leur vie sur des bateaux. J’ai été surpris de voir, qu’après, dans un discours de meeting, il reprenait l’idée et en faisait un axe prioritaire de sa campagne. Et c’est devenu un des sujets de la campagne des primaires !" Après sa victoire aux primaires, Hamon lui a demandé au téléphone s’il avait d’autres idées à lui envoyer… "Je lui ai répondu en rigolant que s’il donnait autant de publicité aux autres idées, j’étais prêt à lui en envoyer."

C’est ainsi qu’il s’est retrouvé dans l’organigramme, dans un groupe d’une dizaine de chercheurs (l’économiste Thomas Piketty, le climatologue Jean Jouzel…). "Un des axes de sa campagne est l’idée que son programme soit informé par la recherche universitaire. Et c’est peut-être ça - et c’est dramatique - qui donne à son programme un aspect scolaire et parfois trop précis. C’est cela qui fait qu’il ne raconte pas n’importe quoi, alors que bien souvent, malheureusement, une campagne électorale se gagne en racontant n’importe quoi !"

Depuis, il a livré d’autres idées à Benoît Hamon : propositions d’investissements massifs dans la recherche et le renouvelable, adaptation au changement climatique notamment dans les pays en développement, en matière de stratégie pour le climat… Ces idées se retrouvent dans le programme, mais parfois amendées, et toutes n’ont pas eu la même publicité. Certaines n’ont pas été reprises du tout. Il ne "prétend pas faire le programme du candidat" : "Mon engagement n’est pas partisan, c’est un engagement pour des idées, que celles-ci soient dans le débat public. Le scientifique doit rester à sa place, il est là pour servir la société, le débat, pas pour faire de la politique directement."