Ils jouent avec leurs pieds

Erik Machielsen

Le championnat de Belgique de Dance Dance Revolution a eu lieu à Bruxelles. Confidentiel, mais il faut bien débuter

BRUXELLES Les gesticulations qui épuisent tout en donnant du tonus et maintenant la santé ne relèvent pas que de la Wii. Le phénomène existait déjà sous d'autres formes, à commencer par celle de l'EyeToy de Sony, caméra qui capte les mouvements et transforme le joueur en joypad vivant. Mais avant l'EyeToy existaient - et existent toujours - les tapis sur lesquels on synchronise ses pas en fonction de la kyrielle de flèches directionnelles qui défilent sur un écran.

Danse avec les pieds

Alors qu'on aurait pu croire qu'il ne s'agissait que de périphériques associés à un jeu (Dance Dance Revolution , rebaptisé Dancing Stage en Europe), le succès de ce concept fut tel - au Japon en tous les cas - qu'il a fini par initier un genre à part entière, celui de la danse rythmique. Internet aidant, des communautés se sont créées et petit à petit, sans même que l'éditeur du jeu n'intervienne, DDR s'est répandu dans le reste du monde de manière exponentielle tout en demeurant underground . Un peu comme ces lan parties qui attirent des milliers de joueurs sous un même palais (comme celui du Heysel il y a quelques années), sans qu'aucune promotion et fort peu de publicité ne soient faite.

Danse avec l'Europe

En Europe, Dance Dance Revolution et In the Groove (considéré comme le jeu ultime) ont désormais leurs émules au point que des championnats sont organisés. C'est en Angleterre et en Norvège que la fièvre sévit le plus, mais la Belgique possède aussi ses passionnés. Eric Fjosne, 24 ans, est de ceux-là, lui qui fut second lors d'un précédent Championnat européen. Même si la salle du Poséidon où se déroulait le tournoi belge qu'il a organisé n'était occupée que par un public très clairsemé, il se déclare satisfait. Sur le plan de la qualité, on ne peut qu'opiner : le niveau était haut. Pour preuve la virtuosité de certains danseurs qui arrivaient à aligner quatorze pas en une seconde. Des danseurs qui sortaient ruisselants de chaque prestation et qui ingurgitent entre cinq à dix litres d'eau lorsqu'ils participent à ce genre de manifestation.

Danse avec Karen

Ce championnat belge aurait pu paraître suspect dans la mesure où, par exemple, la championne (Karen Fjosne, 17 ans) s'est avérée être la soeur de l'organisateur et que le matériel proposé (paru sur consoles) tournait sur PC. Mais le règlement précise que la compétition n'est interdite qu'à l'organisateur, le juge et l'animateur. Et dans ce genre de discipline, difficile de tricher. N'importe qui présent a pu constater le mérite et le talent de la gagnante. Quant au matos ...

Eric Fosjne : "Ce n'est pas du matériel piraté. Nous possédons les jeux originaux et Konami, l'éditeur, nous a donné l'autorisation de les employer. Tout le matériel est détaillé dans le règlement et les chansons sur lesquelles on danse sont déclarées à la SABAM."

Il n'y a pas foule, vous n'êtes pas trop déçu ?

"Ce sont des joueurs de la communauté qui sont là. J'ai essayé de faire ce que j'ai pu pour faire de la publicité, mais mes moyens sont très minimes... Le fait qu'il y ait une quarantaine de joueurs, pour moi, est suffisant. "

Comment en êtes-vous venu à organiser ceci ?

"Je faisais de petites soirées chez moi et constatais à chaque fois que le jeu avait du succès. Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas tenter de faire plus grand ?"

Quelle est votre ambition ?

"Le but est de sensibiliser un maximum de public. On anime et fait acte de présence à des manifestations pour présenter le concept. Nous le ferons notamment lors de l'Iris Sport Day qui aura lieu le 25 août au stade Roi Baudouin au Heysel. Il s'agit d'une fête où une trentaine de sports sont représentés par des clubs et ligues sportives de Bruxelles."

Vous considérez le jeu comme un sport ?

"Certainement. En Suède il est d'ailleurs reconnu comme tel. Comme tout sport, si on cesse de s'entraîner, le niveau baisse. Il présente aussi des figures impossibles à réaliser ailleurs et - s'agissant de In the Groove - fait aussi intervenir les mains. Il existe désormais des formules qui permettent au joueur de se déplacer sur plusieurs tapis ce qui l'amène donc à devoir gérer douze emplacements. Personnellement, je pratique aussi les arts martiaux et la course à pieds. Mais le fait qu'un jeu de danse est basé autour de la musique, le rend, à mes yeux, plus attractif."



© La Dernière Heure 2007

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