Ils font l'appli et le beau temps
- Publié le 21-05-2012 à 08h36

Visite chez Tapptic, une société belge où l'on développe des applications mobiles
BRUXELLES Elles s'appellent Appsolution, In the pocket, emakina, Appstrakt ou encore Tapptic. Et encore, on ne cible que les baleines belges d'un océan très fréquenté. Elles, ce sont les boîtes de développement noir-jaune-rouge d'applications mobiles. Des mammifères numériques plutôt jeunes, mais en pleine expansion. Exactement comme le marché des applis, jugé de niche il y a quelques années, et devenu l'un des plus porteurs de l'économie. Il s'est déjà téléchargé 25 milliards d'applications sur l'App Store d'Apple, et 15 milliards sur le Google Play Store d'Android.
Couplez cela à la percée (qui ne fait que commencer) des smartphones et tablettes et le réveil des entreprises qui, toutes, veulent leur appli, et vous avez une idée du potentiel de vitesse de rotation de l'applanète.
Dans les locaux sud-bruxellois de Tapptic, Christophe Chatillon, CEO, constate l'ampleur du phénomène depuis son bureau (entre un vieux Newton et une peluche de Yoda) avec enthousiasme. "J'ai fondé la boîte en 2010, à Bruxelles. Nous étions deux. Aujourd'hui ? Nous sommes trente. À Bruxelles mais aussi Liège, sans compter nos bureaux de vente à Paris, Londres et Amsterdam. Nous avons conçu les applis de Jupiler, Thales, Fun Radio, M6, X-Factor, W9, RTL, VTM, et repris celles de La DH, La Libre, Cinebel et Rossel, entre autres. On a fait 1,6 million l'an dernier, on sera entre 2 et 2,5 millions en 2012. Et si l'on veut répondre à nos clients, en 2013, on sera cinquante…"
Par où avez-vous commencé ?
"Par faire du smartphone, parce qu'il n'y avait que ça. Puis, d'une mobile agency, nous sommes devenus une multi-screen agency. On travaille aussi sur tablettes, télévision (sur la future Google TV 2.0), consoles de jeu (Xbox 360 et PS3). Nous avons à notre actif une centaine de grosses applis, avec 12 ou 13 millions de downloads globaux. Grâce à la France, on l'admet : l'appli M6, c'est tout de suite 3 millions de téléchargements. Le marché belge est plus limité : la plus grosse appli que nous avons conçue ici a été téléchargée 300.000 fois."
La révolution des apps est-elle en tout début de vie ou approche-t-elle déjà la fin de course ?
"Début ! On commence à peine à se marrer… Aujourd'hui, les applis, pour le grand public, ça se limite à l'iPhone, l'iPad et les produits Android. À l'heure actuelle, c'est 80 % du marché. Mais nous sommes certains que bientôt, il y aura des apps partout, pour tout. Dans votre voiture, pour télécharger une recette sur votre frigo, pour recevoir votre fil Twitter sur votre réveil, sur votre TV. La révolution de apps qui a frappé les téléphones n'est qu'une face de l'iceberg. Les usages changent complètement. Les gens sont en train de déporter l'information. Il y aura un jour autant d'applis que de sites web."
Où se situe la Belgique, en matière de consommation d'apps ?
"Elle a longtemps été à la traîne, parce que le parc de smartphones était faible. Ce qui est logique : contrairement à la France, ici, on subsidie très peu les téléphones. Et comme les smartphones étaient chers, le marché était tout petit. Mais on comble très vite le trou. Pareil pour l'argument du data trop cher en Belgique : la majorité des apps, c'est à la maison qu'on les utilise…"
Quel est le grand défi, lorsqu'on façonne une application ?
"Leur nombre. Aujourd'hui, tous magasins virtuels confondus, il existe 2 millions d'applications sur le marché. Le gars qui vient acheter son smartphone, à l'allumage, il a 2 millions de possibilités… Sur n'importe quel sujet, vous avez 15, 20, 30 apps qui font la même chose. 85 % des applications ne sont jamais téléchargées ! C'est pour cette raison que nous faisons de plus en plus de consulting, d'analyses concurrentielles avec nos clients. Le problème n'est pas que les gens n'en veulent pas d'une appli. C'est qu'il faut faire la bonne. Et des flops, en Belgique, il y en a eu : l'appli Electrabel, le Guide TV de Rossel,…"
Il y a cinq ans, personne ne pouvait anticiper la percée des apps. Et dans cinq ans, nul ne sait si elles n'auront été chassées par autre chose… La glorieuse incertitude du sport ?
"C'est génial, parce que ça bouge tout le temps. Il y a quinze ans, j'ai monté une agence web en France. Je vois les applications percer exactement de la même manière que le web a percé à l'époque. Nous avions commencé à 2, et fini à 200. Chez Tapptic, il est possible qu'on finisse à 200 aussi…"
© La Dernière Heure 2012
