Le livre papier n'est (vraiment) plus seul

Le livre papier n'est (vraiment) plus seul
©DPA

Aux USA, un livre vendu sur trois est numérique. En Belgique ? Un sur… 100. La faute aux éditeurs, qui ne jouent pas le jeu…

BRUXELLES Les vacances se profilent doucement à l'horizon et, pour sûr, le Belge, au moment de boucler sa valise, n'oubliera pas d'y glisser un de ses objets de détente (qui reste) favori : le livre. De papier : son odeur, son toucher si particulier. Mais pas que. Un autre format, moins palpable mais pas moins confortable et théoriquement moins cher tend à s'imposer petit à petit : l'ebook, ou livre numérique.

Oh, ne surgonflons pas son importance : à l'heure actuelle, le livre numérique, qui déroule ses pages sur PC, tablette, liseuse à encre électronique ou smartphone, ne pèse, en Belgique, qu'un à deux petits pourcents du marché des livres vendus chez nous.

Tout de même une dizaine de milliers de personnes, mais pas encore de quoi hurler au séisme par lequel le MP3 commença à fissurer l'industrie du disque il y a 10 ans. La France n'est pas bien mieux lotie, avec une part de marché de 3 %.

Nos amis teutons sont plus avancés que la francophonie : le chiffre grimpe là-bas à 8 %. Pour exploser dans les pays anglo-saxons, puisqu'il dépasse la barre des 10 % en Angleterre et vient de dépasser celle des 30 % aux États-Unis.

Dans le pays de l'Oncle Sam, on a plus vendu d'ebooks, au premier trimestre 2012, que de hardcovers (livres brochés). 282 millions d'euros draînés par les livres numériques contre 230 millions pour les hardcovers . Alors que l'édition US dans sa globalité perd 20 %, les ebooks, eux, bondissent de 30 %. Historique.

Mais dans le fond, qu'est-ce qui justifie un écart aussi Gran Canyonesqu e entre francophones et anglo-saxons ?

Déjà et c'est indéniable, l'éducation numérique est beaucoup plus développée aux États-Unis. C'est le pays le plus digitalisé au monde, qui possède le plus fort taux de pénétration de tablettes. Sans compter qu'ils détiennent toutes les cartes en main : l'édition mondialisée, l'innovation technologique, la commercialisation de tablettes et de liseuses, tout se passe là-bas.

Mais le problème n'est pas tant celui-là que le prix des livres virtuels. Aux States, on joue franc-jeu. Le dernier Tom Clancy ou Dan Brown sera moins cher en ebook qu'en version papier. Et l'offre sera, aussi, nettement plus élevée : pour 2.000.000 d'ebooks en anglais, on n'en compte pas beaucoup plus de 300.000 en français.

"Les grands éditeurs francophones sont assis entre deux chaises, nous éclaire un professionnel du livre très calé sur la question numérique. Ou plutôt, font semblant de l'être. Ils entament la bataille du numérique, mais à pas feutrés, timidement. En faisant payer un ebook aussi cher, ou à peine moins cher, qu'un livre papier. Ils disent vouloir ménager la chèvre et le chou, mais ils tentent surtout de choyer la chèvre, et à tirer un maximum de profit du papier. Dans ces conditions, bien évidemment que les gens préfèrent acheter un livre à 20 € qu'un fichier à 19,95 €… Cela porte un mot : foutage de gueule."

Ce petit jeu, toutefois, n'est pas tenable indéfiniment. Répondre aux attentes des lecteurs numériques deviendra, très vite, crucial : en 2015, 12 % du marché total du livre proviendra de l'ebook. Aucun éditeur, aussi prestigieux et riche soit-il, ne pourra se permettre le luxe de s'asseoir sur les 5,4 millions – bien matériels, eux – que pèsera l'ebook dans moins de trois ans.



Alexis Carantonis

à lire aussi

Votre DH se lit, également, tous les jours sur iPad. Téléchargez notre application DH.be !



© La Dernière Heure 2012


Retrouvez le dossier complet dans votre Dh du jour

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...