Au volant, les smartphones nous font décrocher
Le cancer du GSM au volant a muté, avec les smartphones. Il est encore plus vorace.
- Publié le 15-10-2013 à 06h46
- Mis à jour le 17-10-2013 à 17h38

Chaque jour, les services de police belges dressent près de 350 PV pour son utilisation abusive. Selon une étude britannique, il serait encore plus dévastateur que l'alcool ou le cannabis. Son taux de pénétration explose littéralement. Coupable ? Pas le colonel Moutarde, mais le smartphone, dans la voiture, avec son écran attire-l'œil, sa 3G et ses tintantes notifications.
Le chiffre, avancé par l'IBSR, est terrifiant : chaque jour, sur nos routes, près d'un conducteur belge sur trois à l'oreille ou les doigts scotchés à son GSM. Sans kit mains libres.
Le problème n'est pas neuf, mais il a muté avec l'avènement du smartphone, possédé par 5 millions de concitoyens à ce jour. Dopant encore l'irresponsabilité de l'équation téléphone + volant, puisque le fait de surfer sur Internet, consulter ses mails ou naviguer dans ses applications mobiles est encore plus distrayant, donc dangereux, que le coup de fil. Qui est lui aussi néfaste (et interdit, faut-il le rappeler), mais a l'avantage de maintenir le regard du conducteur à l'endroit qu'il est censé observer.
En prenant un appel, le temps de réaction du conducteur, selon les experts, est multiplié par quatre. Mais en tweetant ou consultant sa Timeline, il faut encore rajouter entre 0,3 à 0,7 secondes. Autant dire, sur le bitume, un délai qui peut vite devenir assassin.
En France, où le smartphone fut plus vite adopté à grande échelle qu'en Belgique via le canal de la vente couplée (un peu endormi chez nous), une véritable prise de conscience autour de la question s'est opérée ces derniers jours. La première salve fut tirée par un sénateur français osant la question de l'interdiction de l'utilisation de téléphones pour les piétons (lire ci-dessous). Mais le coup de canon vient de la Sécurité Routière hexagonale, herself.
Il prend la forme, devenue classique, d'une campagne vidéo choc, que vous pouvez visionner en scannant le QR code ci-contre avec votre smartphone (de grâce, pas au volant). On y voit un jeune père refuser (à raison) de se retourner pour voir le dessin gribouillé par son petit garçon, lové dans son siège auto. Puis se ruer sur son smartphone au premier Push. Vous devinez la suite… "Quand vous regardez votre smartphone, qui regarde la route ?", conclut le spot, destiné à une population où un accident corporel sur 10 est lié à l'utilisation du téléphone au volant.
Retour chez nous. Benoît Godart, porte-parole de l'IBSR, pendant belge de la Sécurité Routière, nous l'affirme : "Le boom des smartphones et leurs conséquences sur les usagers de la route, c'est évidemment un sujet que nous tenons à l'œil. Nos collègues français sont partis sur un sondage, nous, nous avons choisi de mener une mesure de comportement, sans doute plus objective. L'enquête est lancée. Il est trop tôt pour anticiper les résultats, qui devraient arriver au début 2014, mais il ne faut pas être grand clerc pour deviner que la tendance suivra ce qu'il se fait en France…"
Joint par nos soins, le directeur de la police fédérale de la route Michaël Jonniaux, confirme : "On a recensé 9.921 infractions pour GSM au volant sur les autoroutes belges en 2012. Pour 9.738 en 2011. En patrouille, sur le terrain, c'est fréquent. Contrairement à ce que certains s'imaginent, tapoter sur son téléphone, c'est extrêmement visible pour un officier. Il en coûtera 110 € aux contrevenants, un montant non négligeable mais qui n'est rien comparé aux conséquences que peut avoir le geste initial. Le mot d'ordre est très clair : GSM au volant, c'est tolérance zéro !"
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