Non, le MP3 n'est pas mort (et c'est bien dommage)

Il y a eu une grosse incompréhension : le MP3 n'est pas enterré, seulement libre de droits. Sa popularité, affective mais déraisonnable, n'est donc pas prête de s'éteindre. Une bien mauvaise nouvelle pour nos oreilles

Alexis Carantonis
Non, le MP3 n'est pas mort (et c'est bien dommage)

Il y a eu une grosse incompréhension : le MP3 n'est pas enterré, seulement libre de droits. Sa popularité, affective mais déraisonnable, n'est donc pas prête de s'éteindre. Une bien mauvaise nouvelle pour nos oreillesNon, le MP3 n'est pas mort. Votre bibliothèque musicale numérique ne va aucunement s'autodétruire ou refuser d'être lue, les baladeurs MP3 qui subsistent encore ne vont aucunement exploser. L'annonce à l'origine du raccourci nous vient d'Allemagne, où l'institut Fraunhofer, créatrice de ce codec dans les années 1990, a indiqué que "le programme de licences MP3 de Technicolor pour certains brevets et logiciels de Technicolor et Fraunhofer IIS a pris fin". Ce qui, à tort, a été interprété comme la fin du format musical le plus populaire de la fin du siècle dernier et du début de celui-ci, et qui conserve d'ailleurs, encore aujourd'hui, un lien fort avec les auditeurs. Cette prétendue mort est donc largement surfaite, puisque la seule chose qui est morte, c'est l'exploitation commerciale du format ! Autrement dit, le MP3 risque bien d'être plus vivant que jamais, puisqu'il est désormais libre de droits, et donc utilisable par quiconque gratuitement…

Et c'est là qu'elle se profile, la véritable triste nouvelle : le MP3, indignité musicale qui écrase toutes les nuances de la musique, a malheureusement de beaux jours devant lui.

Le cœur et la raison

Il faut opposer cœur et raison pour expliquer d'abord l'essor et la popularité du MP3, ensuite son obsolescence totale à l'heure d'aujourd'hui.

La popularité du MP3 est assez simple à comprendre : il représente le format de la transition numérique. Ayant éclaté il y a un peu plus de 20 ans, il a accompagné les premiers pas des mélomanes dans le monde virtuel qui nous est coutumier aujourd'hui, de Winamp à Kazaa, Napster ou Limewire. Le. mp3, c'est le codec qui nous a donné la main à l'époque où l'on découvrait que la musique pouvait être téléchargée, envoyée par mail, glissée sur une clé USB, et qu'on pouvait graver près d'une centaine de chansons sur un seul CD réinscriptible.

Pour autant, et on entre ici dans le spectre de la raison, voilà au moins dix ans que l'encodage MP3 est dépassé techniquement. La mauvaise réputation (auprès des audiophiles) du format s'explique notamment par le fait que Microsoft imposait dans Windows XP un encodage MP3 limité à 128 kbit/s, soit la plus faible et la plus destructrice des configurations du format. Aujourd'hui, la mauvaise qualité du MP3, si elle persiste, est toutefois atténuée par des encodages de meilleure tenue, dont la nouvelle référence en 320kbit/s qui permet par exemple une restitution stéréo moins artificielle. Mais même ainsi le MP3 est un codec qui tue la nuance, aplatit le son, bref, qui ne sert pas la musique.

Bien entendu, vous rétorquerez que l'étudiant qui coiffe son casque Beats Audio se soucie peu du respect de l'œuvre originale. Bien. Mais il persiste néanmoins des incompréhensions. Comment se fait-il, par exemple, qu'une machine de guerre comme Apple, qui fut la première à tenter de contrecarrer le règne du MP3 avec l'AAC, format tout aussi léger et pratique que son concurrent utilisé sur l'iPod et iTunes, n'ait pu tuer son rival alors que l'AAC est techniquement (un peu) supérieur au MP3 ?

Sans forcément prendre le sentier, très niché, de la musique lossless (sans perte) en FLAC (où se sont perdus Jay-Z et Tidal, mais aussi Neil Young et son baladeur haut de gamme Pony), il existe aujourd'hui des formats infiniment plus valables que le MP3, mais qui n'ont pas son aura. Quant aux nouvelles locomotives du marché de la musique, les plateformes de streaming comme Spotify ou Deezer, elles ont délaissé le MP3 depuis belle lurette. Mais, franchement, qui sait que les millions de titres qu'ils hébergent sont des fichiers OGG Vorbis ?

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