Proximus et Orange s'unissent, mais restent des concurrents
Les deux opérateurs belges vont créer une "joint-venture" afin de partager l'accès à leur réseau mobile respectif. Mais ils restent concurrents
- Publié le 12-07-2019 à 10h38

Les deux opérateurs belges vont créer une "joint-venture" afin de partager l'accès à leur réseau mobile respectif.L'annonce de la tenue, ce jeudi à 17 heures, d'une commission paritaire extraordinaire chez Proximus n'avait pas de quoi rassurer le personnel du groupe. Il était question, de manière très évasive, d'un "transfert d'activité". Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour être fixés. Un peu plus d'une demi-heure après le début de la réunion, deux communiqués parvenaient aux rédactions. Le fait qu'ils aient été envoyés une minute après la clôture de la Bourse de Bruxelles n'était pas le simple fruit du hasard. Outre Proximus, le transfert d'activité implique Orange Belgique, autre société cotée sur Euronext.
L'annonce de la création prochaine d'une co-entreprise entre les deux concurrents sur le marché belge des télécoms a surpris. Dominique Leroy (Proximus) et Michaël Trabbia (Orange Belgium) auraient-ils succombé l'un à l'autre au point de se marier ? Si tel avait été le cas, on aurait eu droit à une belle photo des noces. En lieu et place, on a donc eu droit à des communiqués très classiques, agrémentés, de part et d'autre, de quelques détails financiers. En fait, si mariage il y a, il est partiel et de raison.
À ce stade, les deux CEO ont signé un document en vue de conclure un accord de "partage du réseau d'accès mobile" d'ici la fin de l'année. Cet accord, s'il est finalisé, donnera naissance à une co-entreprise détenue à 50 % par chacun des deux opérateurs. Chacun y transférera du personnel. On parle d'environ 80 personnes (ingénieurs, techniciens…) de Proximus et, du côté d'Orange, de 40 à 50 personnes. Comme on le lira ci-contre, ce transfert a déjà fait bondir certaines organisations syndicales de Proximus.
Partage des "portes d'accès", pas du "cœur"
Par "partage du réseau d'accès mobile", il faut entendre que Proximus et Orange Belgique ont décidé de partager les infrastructures d'accès à leur réseau mobile respectif (pylônes, antennes, radios, stations de base, etc.) qu'ils possèdent, l'un et l'autre, sur l'ensemble du territoire belge. "Ce qui est partagé, ce sont juste les portes d'accès à nos réseaux", insiste une source proche du dossier. En d'autres mots, les deux opérateurs conserveront le contrôle total de leurs propres ressources de spectre et, surtout, de ce qu'on appelle le "cœur" de leur réseau mobile (qui permet, par exemple, de moduler la puissance du signal émis).
Il ne s'agit donc pas d'une fusion des deux réseaux mobiles, mais d'un partage des infrastructures qui permettent aux clients, consommateurs et entreprises, de s'y connecter. Unis, Proximus et Orange continueront à commercialiser leurs produits et services de manière indépendante.
Si les deux opérateurs ont décidé de franchir ce pas stratégique (comme d'autres l'ont d'ailleurs déjà fait à l'étranger), c'est pour une question d'efficacité opérationnelle, nous explique-t-on, et ce, dans un environnement marqué par une demande en forte croissance des clients mobiles (aussi bien en termes de qualité de réseau que de volumes de données à transférer). Le déploiement à venir de la 5G a été un élément déclencheur de ce rapprochement. En unissant leurs sites d'accès à leurs réseaux mobiles (toutes technologies confondues), les deux partenaires vont pouvoir assurer un déploiement plus rapide et plus complet de la 5G. Un autre avantage sera l'extension de la couverture extérieure et une meilleure couverture intérieure.
Des économies en perspective
Cet accord devrait aussi générer pas mal d'économies. Orange Belgique prévoit ainsi 300 millions d'euros d'économies sur 10 ans. Elles porteront sur les frais opérationnels (location des sites, frais d'énergie, d'entretien et de transmission…). L'accord devrait aussi réduire le nombre de sites d'antennes et réduire la consommation totale d'énergie d'environ 20 %. Proximus évoque, pour sa part, un gain annuel récurrent de cash-flow compris entre 35 et 40 millions d'euros à partir de 2024.
À très court terme, les deux opérateurs vont devoir investir dans le démantèlement de certains sites d'antennes mobiles. Pour Orange, cela représente 130 millions d'euros sur les trois prochaines années. Pour Proximus, c'est 140 millions.
L'objectif est de conclure l'accord d'ici la fin de l'année et d'entamer les travaux préparatoires dès les premiers mois de 2020. On s'attend à ce qu'il faille trois à quatre ans pour que le partage de l'accès aux réseaux soit finalisé.