DeepSeek, le "ChatGPT chinois", provoque un mouvement de panique et fait chuter les géants de la tech en Bourse
La start-up chinoise DeepSeek a développé un modèle d'intelligence artificielle à la fois très performant et nettement moins cher que ses concurrents américains. Sur les marchés boursiers, de nombreuses valeurs technologiques boivent la tasse.
- Publié le 27-01-2025 à 17h59

Pas un jour sans une annonce ou un fait spectaculaire sur le front de l'intelligence artificielle ! Cette fois, c'est de Chine que nous provient l'annonce choc. Et, le moins qu'on puisse écrire, c'est que les marchés boursiers la prennent très au sérieux.
Retenez bien ce nom : DeepSeek. Cette start-up a été fondée en 2023 par Liang Wenfeng à Hangzhou, ville d'environ 7 millions d'habitants de Chine orientale. Son ambition ? Faire de l'IAG – l'intelligence artificielle générale – une réalité.
Pour l'heure, DeepSeek a créé un agent conversationnel (chatbot). Et l'outil, déjà qualifié de "ChatGPT chinois", impressionne. Depuis quelques jours, DeepSeek s'est d'ailleurs hissé en tête des téléchargements de logiciels sur l'App Store d'Apple, surprenant les analystes par sa capacité à égaler les performances de ses principaux concurrents américains (OpenAI, Google, Meta, Amazon…).
De l'IA performante et frugale
Disponible en application ou sur ordinateur, DeepSeek offre de nombreuses fonctionnalités similaires à celles de ses concurrents. Le chatbot peut communiquer dans plusieurs langues (même si, d'après l'AFP, il maîtrise surtout l'anglais et le chinois). Il partage toutefois les limites de nombreux chatbots chinois : lorsqu'il est interrogé sur des sujets sensibles, comme par exemple le président Xi Jinping, il préfère éviter le sujet et propose de "parler d'autre chose"…
Malgré cela, ses performances, qu'il s'agisse de rédiger du code complexe ou de résoudre des problèmes mathématiques difficiles, ont surpris les experts. "Ce que nous avons constaté, c'est que DeepSeek […] est soit le meilleur, soit au niveau des meilleurs modèles américains", a déclaré Alexandr Wang, fondateur et CEO de l'entreprise américaine Scale AI, à la chaîne de télé américaine CNBC.
Cette réussite est d'autant plus étonnante au vu des moyens utilisés. Selon un article détaillant son développement, le modèle de DeepSeek n'a été entraîné qu'avec une fraction des puces utilisées par ses concurrents occidentaux. Comme ces derniers (tels que ChatGPT, Llama ou Claude), DeepSeek s'appuie sur un grand modèle de langage (LLM), formé à partir d'immenses quantités de textes, pour maîtriser les subtilités du langage naturel. Mais contrairement à ces rivaux, qui développent des modèles propriétaires, DeepSeek est en code source ouvert ("open source"). Cela signifie que le code de l'application est accessible à tous, permettant de comprendre son fonctionnement et de le modifier.
Marchés boursiers : Nvidia et d'autres boivent la tasse
Nombre d'analystes pensaient, jusqu'ici, que l'avantage des États-Unis en matière de production de puces à hautes performances, ainsi que leur capacité à limiter l'accès de la Chine à cette technologie, garantirait leur domination en matière d'IA. Pourtant, DeepSeek a déclaré n'avoir dépensé que 5,6 millions de dollars pour développer son modèle, une somme dérisoire comparée aux milliards investis par les géants américains.
Depuis vendredi et le lancement de Deepseek R1, les actions de plusieurs grandes entreprises technologiques aux États-Unis et au Japon s'inscrivent en forte baisse face aux informations révélant le succès de DeepSeek. Nvidia, leader mondial des composants et logiciels pour l'IA, avait déjà vu son cours baisser de plus de 3 % vendredi, à Wall Street. Ce lundi, avant même l'ouverture de Wall Street à 15h30 (heure de Bruxelles), la chute de Nvidia s'accélérait avec une baisse supérieure à 10 %. Les puces de Nvidia étaient considérées comme essentielles pour le développement de l'intelligence artificielle, mais DeepSeek remet aujourd'hui cette idée en question.
Le géant japonais SoftBank, un investisseur clé aux côtés d'Oracle et OpenAI dans le projet américain de 500 milliards de dollars annoncé la semaine dernière par Donald Trump pour développer des infrastructures en IA, a perdu lundi plus de 8 % sur les marchés asiatiques. En Europe, la société néerlandaise ASML Holding a été la grande perdante, avec une perte de cours allant jusqu'à 12 %.
Sur le Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques de New York, les transactions électroniques ont été trois fois supérieures à la moyenne, lundi matin. Avant même l'ouverture de la séance à Wall Street, l'agence Bloomberg a estimé qu'une valeur boursière de 1 200 milliards de dollars (environ 1 140 milliards d'euros) serait déjà partie en fumée parmi les valeurs technologiques du monde entier.
Un moment "Spoutnik" pour l'IA ?
Marc Andreessen, un investisseur de renom dans la Silicon Valley et proche conseiller du président américain Donald Trump, a qualifié DeepSeek de tournant pour l'IA, comme l'était "Spoutnik", en référence au lancement du satellite soviétique qui avait déclenché la course à l'espace durant la Guerre froide. "DeepSeek R1 est l'une des percées les plus incroyables que j'aie jamais vues", a-t-il écrit sur X.
Le lancement de DeepSeek vient en tout cas nous rappeler aux Occidentaux que la Chine ambitionne, depuis quelques années de devenir le leader mondial de l'intelligence artificielle d'ici 2030, avec des investissements prévus de plusieurs dizaines de milliards d'euros dans ce domaine au cours des prochaines années.