Va-t-il disparaître avec le printemps? Peut-il survivre sur certaines surfaces et combien de temps? Le coronavirus en dix questions
Les autorités belges ont annoncé de nouvelles mesures pour freiner la propagation du virus. Certains rassemblements vont être interdits. On fait le point en 10 questions sur ce que l'on sait à propos du Covid-19 et les zones d'ombre qui demeurent.
- Publié le 13-03-2020 à 19h28
- Mis à jour le 15-03-2020 à 17h33

Les autorités belges ont annoncé de nouvelles mesures pour freiner la propagation du virus. Certains rassemblements vont être interdits. Le point sur ce que l'on sait à propos du Covid-19 et les zones d'ombre qui demeurent.
1. Comment et pourquoi le nord de l'Italie est-il devenu un foyer ?
Les autorités sanitaires n'ont pas pu repérer le fameux "patient zéro" qui a initié la propagation du coronavirus à l'intérieur des frontières italiennes. Cette inconnue a entraîné une diffusion rapide du virus, étant donné que les premiers malades n'ont pas été identifiés.
Dans la foulée de ces retards de diagnostics, la gestion sanitaire de cette crise a quelque peu tangué. Un manque de coordination entre les régions (notamment la Lombardie et la Vénétie), du personnel soignant infecté (au nord, jusqu'à 10 % de l'ensemble des malades en font partie), ou encore une organisation confuse constituent des éléments ayant accéléré la propagation du coronavirus.
2. En quoi le Sras-CoV-2 est-il un coronavirus particulier, voire plus dangereux qu'un autre ?
S'ils partagent les mêmes symptômes (fièvre, fatigue, toux, nez bouché, maux de gorge…), plusieurs critères distinguent la Covid-19 (*) de la grippe saisonnière. Avec un taux de létalité de 3,4 %, le nouveau coronavirus est plus mortel que la grippe saisonnière dont le taux de létalité en Belgique oscille entre 0,1 et 0,3 %. Toutefois, il est beaucoup moins mortel que le Sras de 2002 (13 % de taux de létalité) ou que le virus Ebola (25 %). Soulignons cependant que si le nouveau coronavirus a entraîné jusqu'à présent plus de 4 000 décès, la grippe saisonnière est pour sa part responsable de 290 000 à 650 000 décès par an dans le monde. Le nouveau coronavirus est aussi plus contagieux. Chaque individu peut contaminer 2,2 personnes en moyenne contre 1,3 personne pour la grippe. Son taux de contagion s'approche donc de celui du Sras de 2002 (3), mais demeure bien en deçà de la rubéole (6).
Le temps d'incubation du coronavirus (délai entre la contamination et les premiers symptômes), se situe autour des cinq jours. Mais cette période peut varier, d'un à quatorze jours selon les cas. Elle est d'un à trois jours pour la grippe. Autrement dit une personne peut transmettre le virus sans s'en apercevoir beaucoup plus longtemps, sans compter les porteurs sains qui, eux, ne déclarent aucun symptôme mais peuvent aussi être contagieux.
S'ils sont infectés, environ 80 % des patients souffrent d'une forme bénigne de la maladie, comme un gros rhume et guérissent sans besoin d'un traitement ; 14 % des cas concernent des formes sévères (pneumonie, difficultés respiratoires…) et plus de 5 % se sont trouvés dans un état critique.
Il n'existe pour le moment ni traitement, ni vaccin contre ce nouveau coronavirus.
3. Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus vulnérables et les jeunes nettement moins ?
Le risque de formes graves ou de décès est très dépendant de l'âge et des comorbidités : quasiment nul chez les enfants et adolescents, beaucoup plus élevé chez les personnes âgées - au-delà de 75 ou 80 ans - souffrant déjà de problèmes respiratoires (insuffisance respiratoire, asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive…).
Sont également plus vulnérables, les personnes qui présentent une maladie cardio-vasculaire (insuffisance cardiaque, antécédent d'AVC ou d'infarctus…), les personnes diabétiques et les patients avec de l'hypertension ou un cancer. Des patients plus jeunes mais affaiblis par un système immunitaire défaillant, sont aussi davantage touchés.
Le virus touche moins les femmes que les hommes (63 % des décès enregistrés). Sans doute à cause de la proportion plus élevée de fumeurs parmi les hommes, le tabac figurant parmi les paramètres qui augmentent le risque de décès.
4. Le coronavirus peut-il survivre sur certaines surfaces ? Lesquelles et combien de temps ?
Il n'existe jusqu'ici que peu de publications scientifiques sur la durée de survie du SARS-CoV-2 dans l'environnement extérieur, mais il existe des données sur d'autres virus de la même famille des coronavirus. La durée maximale mesurée pour les coronavirus humains en l'absence de mesures de nettoyage ou de décontamination est de 9 jours. Les particules virales dans l'environnement vont plus vite se dégrader si les virus sont exposés à la chaleur ou à la lumière - particulièrement les rayons UV, ou dans un environnement sec. L'humidité permet une plus longue survie du virus.
La persistance la plus longue est observée sur des surfaces lisses comme l'acier, les plastiques, ou les céramiques. Le nouveau coronavirus sera inactivé par l'alcool (éthanol 70 %) ou encore l'eau de javel à une concentration adéquate. De façon générale, les solvants polaires (alcools, aldéhydes), les savons et détergents vont détruire l'enveloppe virale et donc inactiver le virus. Jusqu'à présent, aucune étude n'a montré de contamination via la nourriture.
5. Pourquoi faut-il douze mois pour développer un vaccin ?
Pour produire un vaccin contre un pathogène, il faut d'abord connaître celui-ci. Le code génétique du Covid-19 a ainsi été publié le 12 janvier.
Différentes techniques permettent ensuite de ne pas "partir de zéro". Celle de la KU Leuven consiste, par exemple, à prendre ce code génétique, produit par des bactéries, et à le coller dans le vaccin de la fièvre jaune déjà développé. Ce qui a demandé quelques semaines. Viennent ensuite les tests sur les souris (étape actuelle), puis sur d'autres animaux. Enfin, il faudra passer une étape régulatoire et un contrôle qualité par les autorités. Les premières études sur les volontaires humains pourront alors commencer "après quelques mois" , avant d'entamer l'étape finale de production à grande échelle. Tout cela nécessite donc un an au moins, selon Johan Neyts, de la KU Leuven. D'autres approches permettant d'obtenir un candidat vaccin en trois ou quatre mois existent, mais elles seraient en général moins efficaces pour produire un vaccin en grande quantité, selon le microbiologiste Benoît Kabamba-Mukadi (UCLouvain).
6. Peut-on tabler sur le développement de médicaments efficaces contre le virus dans les prochains mois ?
Pour l'heure, le traitement des patients souffrant du coronavirus consiste principalement à soulager les symptômes. Il existe cependant des traitements expérimentaux, testés dans des essais cliniques en Chine pour vérifier leur efficacité contre le coronavirus. Deux ont été utilisés contre le VIH. Un autre, le Remdesivir, suscite en particulier les espoirs.
Cet antiviral - développé par la société Gilead dans le cadre de la lutte contre Ebola - est " le seul médicament dont on pense qu'il puisse avoir une réelle efficacité ", selon l'OMS. Les résultats de l'étude clinique seront connus en avril. D'autres médicaments sont par ailleurs en développement et les substances des médicaments existants sont aussi testées.
7. Faut-il craindre une pénurie des autres types de médicaments ?
Alors que de nombreux médicaments, substances actives et autres ingrédients pharmaceutiques sont produits en Chine, il n'y a, à l'heure actuelle, d'après l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), aucune pénurie de médicaments attendue en Belgique liée à l'épidémie de coronavirus. À plus long terme, cependant, des problèmes de pénuries ou d'approvisionnement en médicaments " ne peuvent pas être exclus ", a indiqué mardi l'Agence européenne du médicament (EMA), tout en précisant qu'à ce stade aucun problème n'avait été signalé.
Pour parer à cette éventualité, l'Agence a commencé un travail d'examen des médicaments à usage humain ou vétérinaire afin d'identifier les plus à risques de pénurie, alors que la grande majorité des principes actifs nécessaires à leur fabrication viennent d'Asie.
8. Quelles sont les conséquences de la décision de la Belgique de limiter les tests de dépistage aux patients admis dans les hôpitaux ?
Compte tenu de problèmes d'approvisionnement de réactifs qui permettent de réaliser les tests de dépistage du coronavirus, les analyses ne seront plus toutes prises en charge par les neuf laboratoires chargés du diagnostic du Covid-19.
Le Centre national de référence a indiqué que la priorité sera désormais accordée aux échantillons les plus urgents en fonction des données cliniques remplies sur le formulaire de demande. Le nombre de cas de coronavirus en Belgique pourrait donc être bien plus élevé que ce que ne relève le bilan officiel. Les personnes porteuses du virus mais qui ne nécessitent pas d'hospitalisation, peuvent faire l'objet d'un diagnostic clinique sans pour autant être testées.
9. Le coronavirus va-t-il disparaître avec le printemps ?
Le SPF Santé publique le rappelle : il n'y a actuellement aucune preuve que le printemps fera ralentir ou disparaître le coronavirus. Il est toutefois possible que ce virus présente une évolution et que sa propagation soit ralentie par les températures plus élevées et par les rayonnements UV. Cependant, même s'il semble disparaître durant plusieurs mois, le virus peut resurgir par la suite.
10. Peut-on être réinfecté par ce virus après en avoir été guéri ?
Quelques cas de "réinfections" auraient été signalés au Japon et en Chine. Toutefois, la question fait débat dans la communauté scientifique. En effet, lorsque l'on est infecté par un virus, notre corps produit une réponse immunitaire qui va tenter de contrer cet hôte indésirable. Ces anticorps vont normalement protéger la personne contre une nouvelle infection.
Cependant, si le virus vient à évoluer, cette réponse immunitaire n'est plus efficace et le patient risquerait d'être réinfecté. On constate aussi ce phénomène avec la grippe. On peut la développer plusieurs fois au cours d'une vie car les souches évoluent régulièrement.
(*) Lorsqu'on parle du virus, il faut parler de SARS-CoV-2. L'appellation Covid-19 désigne "la maladie causée par le coronavirus apparu en 2019".