Espérance de vie : pourra-t-on un jour vivre au-delà de 150 ans ?
Le débat continue : l'être humain peut-il encore allonger sa vie, repousser les limites ou les a-t-il déjà quasi atteintes ? (partie I)
- Publié le 14-05-2022 à 12h11

Jusqu'à preuve du contraire, la vie est un cycle. L'être humain naît, grandit, vieillit puis meurt. Des records comme celui de Jeanne Calment – super-centenaire qui, en 1997, s'est éteinte à 122 ans – laissaient à penser que l'homme n'avait pas fini d'augmenter son espérance de vie. Mais une étude sur le vieillissement, publiée en mai 2021 dans Nature Communications, est venue briser pour certains l'espoir d'une vie éternelle. Andrei Gudkov, son coauteur, cofondateur de Genome Protection – une entreprise de biotechnologie spécialisée dans les thérapies anti-âge – estime que notre limite biologique ne pourrait pas aller au-delà de 120 à 150 ans.
C'est inscrit dans nos gènes. Depuis l'exploit de Jeanne Calment, les chercheurs observent une stagnation voire une régression dans les pays qui présentaient pourtant des records d'espérance de vie. "Ce sont là les signes d'un épuisement, nous perdons notre capacité à progresser," estime Juliana Antero-Jacquemin, chercheuse à l'Insep.
Depuis toujours, l'organisme progresse jusqu'à atteindre un pic, pour ensuite entrer dans une phase de dégénérescence. "C'est inscrit dans notre patrimoine biologique, poursuit-elle. De ce fait, nous sommes intrinsèquement limités."
Parmi ces facteurs inéluctables se trouve la vieillesse. Au fil du temps, le système immunitaire perd de son efficacité, des modifications génomiques ou épigénétiques surviennent et notre organisme voit son nombre de cellules souches décroître. "Notre corps a même un nombre à peu près défini de battements cardiaques tout au long de sa vie, surenchérit la chercheuse. Telle une machine, notre organisme est programmé et devient un peu moins performant avec l'âge."
Percer le secret de l'environnement le plus favorable. Pour Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm/France), la découverte à retenir des trente dernières années est la plasticité absolument incroyable des phénomènes biologiques.
"Tout est en interaction !", assure-t-il. L'une de ces interactions retient particulièrement son attention : celle qui réside entre un organisme et son environnement. À savoir, une certaine température, une certaine humidité, une certaine qualité de l'air ou encore une certaine alimentation. Jean-Marie Robine voit cette interaction comme un jeu de ping-pong. "Depuis la fin du XIXe siècle, l'espérance de vie a considérablement augmenté, et encore plus massivement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. "Et sans que l'on fasse aucune découverte fondamentale en biologie," ajoute l'expert.
"Si nos connaissances en biologie sont plus grandes qu'autrefois, notre organisme n'a pas pour autant changé biologiquement, qu'il s'agisse du fonctionnement de nos cellules ou de leur taux de vieillissement." Comment expliquer alors qu'en 1750 l'espérance de vie était d'environ 22 ans, qu'elle est passée à 60-65 ans en 1946, et qu'elle a aujourd'hui dépassé les 85 ans chez la femme, 80 ans chez l'homme ? " "On a observé une amélioration de l'environnement, répond Jean-Marie Robine. Preuve qu'il existe un poids de l'environnement sur notre longévité." (A suivre, la semaine prochaine).
(Notre illustration: Soeur Andrée (Lucile Randon), une Française de 118 ans, est aujourd'hui la doyenne de l'Humanité. )