Ne plus mourir du cancer, est-ce pour demain ? "Nous avançons vers un avenir où chaque patient bénéficiera d'un traitement adapté et personnalisé"
À la veille de la Journée mondiale contre le cancer, la recherche franchit un cap décisif. Vaccins thérapeutiques, intelligence artificielle, immunothérapie… La médecine de précision ouvre des perspectives inédites.

- Publié le 05-02-2025 à 11h56

À l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, ce mardi 4 février, la Fondation contre le Cancer pose une question essentielle : parviendrons-nous un jour à vaincre totalement cette maladie ?
La réponse repose sur l'immense potentiel de la recherche scientifique, véritable moteur de la lutte contre le cancer. Mais derrière ces espoirs se dressent des défis colossaux : financiers, humains, politiques.
En 2024, année de son centenaire, la Fondation contre le Cancer a réaffirmé son engagement en allouant un montant record de 35 millions d'euros à 68 projets de recherche, soit 10 millions d'euros de plus qu'en 2022.
Une ambition forte pour accélérer les avancées qui se résume en trois objectifs clés : "mieux dépister pour agir plus tôt, mieux traiter pour guérir plus efficacement, et surtout, améliorer la qualité de vie des patients", souligne le Dr Véronique Le Ray, Directrice médicale et porte-parole, Fondation contre le Cancer, qui insiste sur le fait que la recherche en oncologie est à l'aube d'une révolution.
Côté traitement, la médecine de prédiction progresse à grands pas"
Grâce au soutien de la Fondation contre le Cancer, des projets prometteurs émergent, capables de transformer l'avenir des traitements. De l'optimisation des thérapies existantes au développement d'innovations de rupture, ces avancées ouvrent la voie à de meilleures chances de guérison et à une qualité de vie améliorée pour les patients. Parmi elles, plusieurs initiatives pionnières se démarquent.
L'IA comme accélérateur extraordinaire pour la recherche
"L'intelligence artificielle est par exemple un accélérateur extraordinaire pour la recherche en oncologie. Elle permet d'analyser un volume colossal de données à une vitesse phénoménale, améliorant ainsi notre compréhension des mécanismes qui conduisent au cancer, poursuit Véronique Le Ray. On la retrouve partout : dans l'imagerie médicale, où elle aide à détecter précocement les rechutes, mais aussi dans l'identification rapide de nouvelles cibles thérapeutiques prometteuses. Côté traitement, la médecine de prédiction progresse à grands pas. Grâce aux thérapies ciblées et personnalisées, nous avançons vers un avenir où chaque patient bénéficiera d'un traitement adapté à son profil unique."
Un domaine en plein essor est l'analyse moléculaire de plus en plus fine, qui permet de caractériser les tumeurs et d'identifier leurs sous-types avec précision. Cette avancée ouvre la voie à des traitements toujours plus personnalisés, notamment grâce aux vaccins thérapeutiques, dont le développement progresse rapidement.
L'innovation touche également les approches thérapeutiques : les anticorps médicamenteux conjugués, l'imagerie médicale dopée par l'IA, la robotique ou encore la radiothérapie connaissent des avancées majeures, plaçant la Belgique à l'avant-garde dans plusieurs de ces domaines.
Au-delà de l'efficacité des traitements, l'amélioration de la qualité de vie des patients devient un enjeu central. Aujourd'hui, 25 % des thérapies sont administrées par voie orale, permettant aux patients de se soigner à domicile, contre 0 % il y a quelques années. L'objectif est également de réduire l'intensité des traitements lorsque cela est possible, une démarche connue sous le nom de désescalade thérapeutique.
Nous posons aujourd'hui les bases d'un essai clinique qui pourrait, demain, sauver des vies"
La promesse des vaccins thérapeutiques
Els Decoster, PhD, responsable du département Grants à la Fondation contre le Cancer, souligne le potentiel des vaccins thérapeutiques pour révolutionner le traitement du cancer.
"L'objectif est d'améliorer l'efficacité des traitements, en particulier pour les patients qui ne répondent pas aux thérapies actuelles. Cette approche de pointe repose sur une technologie sur mesure, combinée à l'immunothérapie, pour stimuler au mieux la réponse du système immunitaire contre les cellules cancéreuses", explique-t-elle.
Parmi les projets soutenus, l'un d'eux vise à développer un vaccin personnalisé à partir de l'ARN pour traiter le cancer du foie à un stade avancé.
Ce projet de recherche ambitieux, mené par les professeurs Diether Lambrechts (KU Leuven), Jeroen Dekervel (UZ Leuven) et Bart Vandenkerckhove (UZ Gent), pourrait transformer la prise en charge du cancer du foie avancé. Leur objectif : développer un vaccin à ARN messager sur mesure, capable d'améliorer l'efficacité des traitements, notamment pour les patients résistants aux thérapies actuelles.
Le cancer du foie reste l'un des plus meurtriers au monde, avec une réponse limitée à l'immunothérapie (seulement 25 % des patients). Grâce à une technologie de pointe, l'équipe associe l'analyse des antigènes tumoraux – des protéines spécifiques aux tumeurs – à une approche innovante combinant vaccin personnalisé et immunothérapie.
"Ce projet ouvre la voie à une médecine véritablement personnalisée", affirme le professeur Lambrechts. "Nous posons aujourd'hui les bases d'un essai clinique qui pourrait, demain, sauver des vies".
La recherche en oncologie connaît donc une accélération sans précédent, ouvrant la voie à des traitements plus précis, efficaces et mieux tolérés. Grâce à ces avancées, l'espoir grandit : mieux soigner, prolonger la survie et améliorer la qualité de vie des patients.
Ce mardi 4 février, à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, la Fondation contre le Cancer donne d'ailleurs rendez-vous à tous sur la Grand-Place de Bruxelles à 20h00 pour célébrer ces progrès et l'espoir d'un avenir meilleur pour toutes les personnes touchées par la maladie. Au programme : une projection inspirante mettant en lumière les avancées de la recherche et un concert gratuit du célèbre DJ belge The Magician.