La foire de Liège ouvre ses portes
- Publié le 06-10-2002 à 05h00

La République Libre d'Outremeuse et l'Amérique l'honneur
LIÈGE La pluie détrempe déjà le terrain de la foire en son premier jour. Ciel gris et bas, mais n'empêche, sans qu'il y ait cohue, c'était malgré tout la foule: il est vrai que l'événement de cette ouverture était la traversée du fleuve par la République Libre d'Outremeuse qui fêtera jusqu'à la fin de l'année son 75e anniversaire.
Les édiles républicains, son président Léon Mormont en tête, avec son mayeur et son secrétaire, avaient daigné quitter leur île, accompagnés par la fanfare outremeusienne et les deux géants Tchantchès et Nanesse, pour aller inaugurer une foire sur laquelle le plus vieux citoyen d'Outremeuse n'avait pas encore mis le pied.
L'Amérique partout
On le reçut donc, ce Tchantchès, en toute simplicité mais avec honneurs: un gâteau représentant un carrousel et une baraque, en chocolat et pain d'épices, qu'on fit flamber et qu'on partagea ensuite. Il avait été réalisé par l'équipe boulangère de Jean-Luc Leburton. Mais le cadeau surprise fut un superbe cheval, qui change du traditionnel costume remis à Tchantchès: une réplique du galopant tenu à présent par Franz Robine, sculpteur à ses heures, et qui a créé cette sculpture en bois coloré.
Le reste s'ensuivit normalement: un petit tour sur les carrousels et puis s'en vont. Avec du retard, bien entendu puisque les municipaux se perdirent, dixit Léon Mormont, dans... le train fantôme.
Tenu par un membre de la famille Bodet, ce Devil Manor, est sans cesse modernisé. Cette année, il montre une fort belle façade en bois, dans le style de ces ghost town américaines perdues dans l'Ouest. C'est vraiment l'un des fleurons de la foire liégeoise. On pouvait se demander d'ailleurs si l'Amérique n'avait pas franchi l'océan pour se retrouver amon nos autes ! En effet, les appellations des métiers laissent, en effet, pantois: Malibu, Copacabana, The Golden Gate, Las Vegas, Coney Island, Reno (tout cela en jeux), et puis encore Geronimo tir à l'arc, on s'en serait douté), American Shot Guns (tir rapide), on en passe. Hommage tacite rendu au 11 septembre? Tel le patron du Route 66 qui, chaque année, passe plusieurs mois aux States.
Embouteillage
Autre hommage, à la République d'Outremeuse cette fois: c'est Tchantchès qui protège l'auvent des Marrons Chauds devant un décor de la place du Marché.
Le reste est, forcément, du traditionnel. On retrouve sur le champ un incroyable nombre de casinos, dans lesquels on espère toujours décrocher, à défaut de la lune, la montre en toc ou le bracelet scintillant des rêves d'enfant, mais encore les métiers où priment les jeux d'adresse, que ce soit les tirs - il en est, à présent, de toutes sortes, à la cabine, au pistolet et même à la mitraillette -, ou des manèges à sensations.
Ceux-ci semblent avoir la faveur du public qui s'attroupe devant les entrées pour observer les réactions des risque-tout qui ont osé tester le parachute, le hula-hop ou les propulseurs électriques, si pas le rotor où l'on est plaqué au mur par la force centrifuge.
Un petit incident: la traversée Charlemagne fut bloquée pendant vingt minutes au moins, créant un parfait embouteillage des deux côtés du boulevard.
En cause: deux femmes policières chargées de laisser passer les édiles qui s'étaient attardés.
A part cela, et comme l'annonce une enseigne: Get your kick on route 66 !
| Portrait d'un grand patron LIÈGE Les gens de la foire, c'est une grande famille, avec toutes les amours et toutes les dissensions possibles, comme partout ailleurs. Mais la foire, c'est surtout la tradition de quelques grandes familles qui, de génération en génération, se sont transmis leur passion. Ainsi en est-il allé de Jef Bodet, l'un de ceux qu'on pouvait appeler patron de la foire. Jef Bodet: huit générations de forains, apparenté aux plus grands noms des gens du voyage: Adler (la boxe), De Jonghe (le cirque), et même... Jean Gabin ! |
Enfant de la balle, il était né en 1929. Ses grands-parents montraient des ours sur les marchés. Son arrière-grand-père avait acheté à des marins une bête à écailles, dont il faisait croire qu'elle détroussait les cadavres de France ! En réalité, la bestiole ne mangeait que des fourmis ! Le jeune Bodet aura donc de qui tenir.
Variétés, illusions
Il eut sa première baraque en 1959, mais il comptait déjà des années de métier. Il présentait des variétés: la femme-araignée, la femme-crocodile, l'homme-éléphant sans jambes, le dresseur de mygales ou encore un cracheur de feu cannibale, qui était un Blanc maquillé et faillit, un soir, prendre feu avec sa torche. Mangeur de feu, fakirs, dresseurs de fauves, danseuses prétendument nues, frères siamois, femme à deux têtes ou danseuse naine qui tient dans la main, phénomènes divers et même un strip teaseur que Bodet devait forcer à se laver tous les jours tant il était sale, Bodet jouait sur l'étonnement du public. Il avait tout tenté, tout essayé, pour le fun car c'était un bon vivant, joyeux drille, compagnon de java mais travailleur acharné qui basait tout sur l'illusion, pour le bonheur des badauds.
Jef Bodet, trop tôt disparu, en 1991, a laissé trois garçons et une fille pour prendre la relève d'une famille vraiment pas comme les autres.
