L'impact psychologique de la crise Covid décrypté: "Nos autorités doivent faire attention à ne pas verser dans le cliché bons vaccinés VS mauvais non-vaccinés"
Olivier Luminet estime que les psychologues ne sont pas assez écoutés par les instances décisionnelles.
- Publié le 17-11-2021 à 19h54
- Mis à jour le 18-11-2021 à 17h48

O livier Luminet est professeur de psychologie de la santé à l'UCLouvain. Il fait partie du groupe d'experts "psychologie et corona", en charge notamment du "Baromètre de la motivation" dont la 36e édition sortait ce mercredi. "Plus la crise avance, plus la dimension psychologique gagne en importance", soutient-il. Le professeur n'a pourtant pas l'impression que les psychologues soient assez écoutés par les instances décisionnelles.
La Belgique fait face à une quatrième vague. Le monde politique se réunissait lors du 22e Comité de concertation et malgré des efforts consentis par la population depuis bientôt deux ans. Les Belges sont-ils encore prêts à suivre les mesures ?
"Durant les travaux du dernier baromètre, nous avons exploré la question de l'adhésion à certaines mesures et à leur renforcement. Il ressort de nos enquêtes que les gens sont prêts à de nouveaux efforts mais seulement sur certains types de mesures. Nous observons une distinction entre les mesures qui ont peu d'impact sur la vie sociale des citoyens, et celles qui vont modifier les relations humaines. En ce sens, la population semble prête à respecter des mesures telles que la ventilation, puisqu'elle n'a pas vraiment d'impact sur la vie sociale. À l'inverse, le retour à la bulle, ou les réductions d'invités dans la sphère familiale ne trouverait aucun soutien."
Restreindre l'accès à certains événements aux seuls vaccinés afin de motiver les récalcitrants est une démarche crédible ?
"Les informations autour de la vaccination circulent depuis plusieurs mois. On peut toujours espérer convaincre une partie des personnes qui ne sont pas vaccinées, mais vu la polarisation de la population, il vaut mieux rester sur le principe du CST car il laisse encore une liberté aux gens qui refusent toujours la vaccination. Parmi eux, il n'y a pas que des complotistes. Certains sont prudents ou ressentent encore certaines craintes. Leur interdire l'accès total à certaines activités me semble très risqué. Garantir l'autonomie de décision des personnes est essentiel."
Depuis plusieurs jours, le monde politique pousse le débat autour de la vaccination obligatoire. La population belge est-elle prête à le mener ?
"Lancer un tel débat en pleine urgence épidémiologique ne me semble pas une bonne idée. Il faudrait au contraire le mener de façon sereine. En menant ce débat maintenant, on focalise l'attention sur un seul sujet, qui plus est un sujet ultra-polarisant. À mon sens, cela s'avère problématique car on court le risque de donner aux vaccinés l'impression d'être invincibles et aux non-vaccinés d'être des moutons noirs."
La situation sanitaire belge est pire que dans d'autres pays européens qui présentent un taux de vaccination inférieur au nôtre. Les Belges sont-ils plus rétifs à suivre les règles sanitaires ?
"Cela est difficile à dire car les causes qui peuvent expliquer la situation sanitaire sont multiples. Le comportement de la population intervient mais il faut aussi tenir compte du climat, des politiques mises en place, etc. Par contre, un point important à analyser concerne la constance et la prévisibilité des mesures. Cela fait défaut aujourd'hui et conduit à démotiver la population. Si on veut garder l'adhésion de la population, il faudrait présenter un plan hiver qui guiderait l'action durant cette saison particulièrement difficile."