Oui, les cours de récré de nos enfants sont sexistes
Les filles reléguées aux bords de la cour, les garçons occupent tout le centre : et si la discrimination commençait déjà durant les pauses, à l'école ? Sociologues et géographes en sont convaincus
- Publié le 10-10-2019 à 16h48
- Mis à jour le 10-10-2019 à 16h49

Les filles reléguées aux bords de la cour, les garçons occupent tout le centre : et si la discrimination commençait déjà durant les pauses, à l'école ? Sociologues et géographes en sont convaincus
Les filles et les garçons sont-ils égaux dans la cour de récréation ? Pas du tout, si l'on en croit les travaux de sociologues et géographes du genre. Edith Maruejouls, une chercheuse française s'est penchée sur la question de l'occupation des cours de récréation en fonction du genre de l'enfant. Pour ce faire, elle a demandé à des élèves, filles et garçons d'indiquer sur un plan le lieu où elles et ils passent la majorité de leur temps pendant les récréations.
Résultat : les filles sont reléguées aux bords de la cour alors que les garçons occupent l'espace central, généralement consacré au football ou au basket.
La chercheuse a également demandé aux filles comment elles se déplaçaient dans la cour. Le résultat est également interpellant : alors que les petits garçons n'hésitent pas à traverser la cour en passant par le centre, les petites filles restent collées au bord, même si ce trajet constitue un détour, pour se rendre aux toilettes par exemple.
Rien n'empêche les petites filles de jouer au football ou au basket et d'occuper également ces espaces, pourrions-nous penser. Mais selon la chercheuse, c'est plus compliqué que ça. Les filles ne se sentent pas légitimes à jouer au foot avec les garçons et on leur fait souvent comprendre qu'elles ne sont pas à leur place sur un terrain de sport. Pire encore, si les filles sont trop nombreuses à pratiquer une activité sportive, celle-ci se dévalorise.
"Si trop de filles se mettent à jouer au foot, le sport sera vu comme une activité de fille et donc moins valorisé", explique Daphné Renders, chargée de mission à la FAPEO (Fédération des Associations des Parents de l'Enseignement Officiel).
"Il arrive que des parents de filles nous contactent parce qu'ils constatent que les filles n'ont pas leur place dans la cour de récréation car tout l'espace est occupé par les garçons", confirme Bernard Hubien de l'UFAPEC (Union des fédérations d'associations de parents de l'enseignement catholique). "Certaines écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui se sont lancées dans des réflexions sur l'organisation de leur cour de récréation mais ce n'est pas encore assez. Il est important de veiller à ce que les garçons n'occupent pas tout l'espace, ça fait partie de l'éducation que les enfants doivent recevoir à l'école si on veut garantir une vraie égalité entre les filles et les garçons. À l'UFAPEC, nous estimons que ce sont des choses qui doivent être évoquées dans le cadre des cours d''EVRAS (Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle)", poursuit-il.
