Un patron de brasserie a décidé de bloquer les appels des clients indélicats. Et de partager les numéros avec ses confrères.

C’est à la fois un coup de gueule et un cri de victoire. Régulièrement victime du "no show", ce comportement qui consiste à réserver une table dans un restaurant et à ne pas s’y présenter, sans prévenir, Guy Barbiaux peste, mais pense avoir trouvé une solution.

Patron à Namur de L’Estaminet du Bistro belgo belge (le BBB), il a décidé d’investir vingt euros par mois dans un central téléphonique.

Intérêt ? "Opter pour un central plutôt qu’une simple ligne fixe va nous permettre d’enfin empêcher les numéros de téléphone indésirables d’encore nous appeler", tranche ce restaurateur au caractère bien trempé. "Désormais, le numéro d’appel de toute personne qui n’aura pas honoré une réservation sera encodé et bloqué", dit-il, avant d’enfoncer le clou : "L’idée est même de créer un groupe fermé sur Facebook entre restaurateurs du Namurois et de s’y échanger les numéros de téléphone indésirables." Guy Barbiaux en est convaincu : l’intérêt des patrons de restaurant est vif.


Avant d’en arriver à cette mesure extrême, "dont je sais qu’elle n’empêchera pas le ‘no show’ mais bien la récidive", le Namurois de 52 ans a essayé d’autres méthodes. La communication et la sensibilisation, notamment sur les réseaux sociaux, mais aussi la pro activité. "Mon personnel est formé et drillé. À chaque réservation, nous prenons bonne note du nom et du numéro d’appel du client. Dès qu’on observe un retard de 20 minutes, on appelle le client. S’il est en retard ou s’il nous dit avoir un empêchement imprévu, on comprend, ça peut évidemment arriver."

Mais Guy Barbiaux est moins clément avec les vrais "no show". "Ceux qui ne répondent pas quand on les appelle ou qui nous prennent pour des imbéciles. Samedi, par exemple, on contacte une dame qui avait réservé une table pour quatre couverts. Elle ne répond pas mais nous rappelle machinalement quelques minutes plus tard. ‘Bistro belgo belge bonjour’, dit mon employé en décrochant. Et elle répond : ‘Oh excusez-moi, c’est une erreur.’ Sauf qu’on sait que c’est une cliente qui nous a fait faux bond."

Quatre à cinq tables par semaine concernées

S’il est en colère, c’est parce que ces clients fantômes, sans mettre un pied au restaurant, laissent une ardoise. "Entre 6 000 et 8 000 euros par an, en ce qui me concerne, à raison de quatre à cinq tables par semaine", estime-t-il, sans parler de l’énergie et du temps perdus à rappeler les absents ou à refuser de nouveaux clients parce que la table inoccupée est réservée.

Pourtant, Guy Barbiaux sait qu’il n’est pas le plus à plaindre : "Le BBB, c’est une brasserie, située au centre-ville. Mais imaginez le manque à gagner pour un gastronomique situé à la campagne : impossible pour lui de limiter les dégâts avec une clientèle de passage comme celle dont on bénéficie, ici."

Dans le métier depuis 30 ans, le Namurois espère, avec son groupe Facebook et les numéros bloqués, donner un coup de frein à cette pratique du "no show" qu’il estime en plein essor, "depuis quatre, cinq ans".