Les excès de Jacques Mercier

LIVRE

L'alcool et les femmes : l'ex-animateur de la RTBF se livre sans tabou dans un roman aux accents autobiographiques

BRUXELLES Il ne s'en est jamais caché. Sous ses airs de monsieur bien tranquille, Jacques Mercier n'a pas toujours été un ange. Sa part de démon a parfois pris le dessus. Assagi depuis longtemps, aux côtés de sa seconde épouse, l'ancien animateur de La semaine infernale a choisi d'évoquer, entre les lignes, cette partie de sa vie dans un roman audacieux dont le titre, Excès, résume parfaitement l'histoire. Celle d'un homme qui a vécu tous les excès, entre beuveries et tromperies, avant de finalement retrouver le chemin de la raison et de l'amour…

Alors, roman ou autobiographie ?

"La réponse, c'est les deux évidemment ! On sait que j'ai eu moi-même une période d'excès, dont mes camardes à l'antenne ont beaucoup ri d'ailleurs. Je n'ai jamais eu peur d'en parler. Et puis c'est clair que lorsqu'on écrit un roman à la première personne, on rentre dans le personnage. Même si ce n'est pas ma vie que je raconte, j'ai puisé dans mon expérience. Il y a des choses vraies, des choses exagérées et d'autres inventées."

Pourquoi ne pas avoir fait une vraie autobiographie plutôt qu'un livre entre les deux, où on se demande sans cesse quelle est la part de réalité ?

"Ça aurait pu être une confession, un témoignage. Mais je me suis rendu compte que ce n'était pas ce que je voulais faire. J'ai souhaité partir de mon expérience, qui n'est pas aussi extrême, et je me suis laissé porter par l'écriture. Je me suis mis dans la peau du personnage et je lui ai fait vivre des choses plus intenses que moi. Mais c'est vrai, c'est aussi une façon de dire qu'on peut avoir vécu ça et se relever, cicatriser ses blessures. Des lectrices m'ont écrit en me disant que si leur mari leur avait dit ce qu'ils ressentaient, comme le personnage du livre, elles ne l'auraient peut-être pas quitté."

Votre vie d'excès à vous, c'était quoi exactement ?

"L'alcool et le sexe. À partir du moment où la boisson me rendait moins timide et que j'ai trompé ma première épouse une première fois, je me suis dit pourquoi pas une deuxième fois, puis une troisième… J'ai essayé de mener deux vies. Il y avait d'un côté le show-biz avec tous les excès des années 60 et 70, et de l'autre la vie de famille. C'est devenu plus excessif vers la fin et j'en suis sorti grâce à un coup de foudre…"

C'est aussi la fin du livre. Vous écrivez : "Les anges ont balisé ma route jusqu'à la femme de ma vie"…

"À la fin, soit le personnage se suicidait, soit il trouvait l'amour. J'ai pris la seconde option."

Le langage est très cru, notamment dans la description des scènes de sexe…

"J'avais envie d'utiliser tous les termes, quels qu'ils soient. D'habitude, dans mes romans, je fais attention. Là, je voulais me laisser aller complètement, comme lorsqu'on fait une grande confession. C'est en lisant Philippe Sollers que j'ai vu que c'était possible pour un écrivain de ne plus se surveiller."

Vous avez eu des réactions de personnes choquées ?

"Mon éditeur précédent a refusé de le publier car il estimait que ça allait casser mon image. Quand j'en ai parlé à Amélie Nothomb, elle était furieuse du jugement moral émis par mon éditeur. Mais c'est vrai que lorsque je me suis relu, j'ai eu des chocs ! Je me suis demandé si j'allais le publier. J'ai donné le livre à ma femme et elle m'a dit de ne rien changer. Et à l'arrivée, j'ai eu peu de réactions de lecteurs choqués. Les gens comprennent que ce n'est pas gratuit."

Interview > Frédéric Seront

Excès. J. Mercier. Ed. La Muette.

Jacques Mercier reconnaît qu'il a puisé en partie dans ses propres excès pour écrire ce livre…

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...