La Fraternité Pie X sur le banc des accusés
- Publié le 23-10-2017 à 19h12

Coup de théâtre, règlements de compte et explosion de petits secrets hier à la cour d'appel On avait laissé l'abbé Frédéric A. en janvier dernier à la suite d'un spectaculaire rebondissement devant la cour d'appel de Bruxelles. La fin de l'audience, tenue hier après-midi, a été électrique. Le 16 janvier, ce Suisse de 37 ans comparaissait devant la cour après son acquittement en première instance du chef d'attentats à la pudeur avec violence ou menace sur trois mineurs de la Fraternité Pie X, au sein de l'école Notre-Dame, entre 2010 et 2011. Le parquet avait fait appel de la décision, tout comme la famille d'une jeune victime.
En janvier, l'abbé Benoît Wailliez, l'ex-supérieur hiérarchique du prévenu était monté à la barre, en tant que témoin, en brandissant une clé USB contenant l'enregistrement de leur conversation, vieille de six ans ! Incident et renvoi de l'affaire dix mois plus tard.
Hier, Mes Amaury de Terwangne et Dimitri de Béco, avocats des parents d'une jeune victime, se sont servis de cet enregistrement qui contient des passages dévastateurs pour Frédéric A. "Je tombe des nues, mais maintenant… pas tant que ça", y dit l'abbé. Plus loin : "J'ai été trouver Mgr Fellay (NdlR : supérieur général de la Fraternité). Depuis cette affaire de 2006, c'est comme si ça avait déclenché en moi, euh… j'ai des tentations." Plus loin, ce qui peut ressembler à un aveu, au sujet d'un des trois jeunes : "Il est possible qu'il se soit passé des choses."
L'abbé Frédéric A. avait déjà été jugé par un tribunal canonique et interdit d'approcher des mineurs pendant dix ans pour des faits commis en Argentine, en 2006. Interdiction qui n'a été respectée, ni par lui ni par ses autorités. "On peut se poser des questions", soupire Me de Béco.
L'avocat général Stéphane Lempereur a embrayé avec vigueur. "La Fraternité Pie X aurait dû se trouver sur le banc. Leur responsabilité est terriblement importante. On ne peut pas tout le temps étouffer les affaires et laisser un prédateur auprès des enfants", tonne-t-il, en requérant une peine de prison avec sursis contre le prêtre.
Pour la défense de Frédéric A., Me Laurent Kennes a maintenu sa position et demande l'acquittement. Il a qualifié l'abbé Wailliez, auteur de l'enregistrement miracle de "gars tout à fait droit, un peu fourbe… un jésuite. Il enregistre, garde ça pendant six ans et n'en parle pas à un seul moment", lâche-t-il, déclarant aussi que rien dans la conversation enregistrée "n'est très clair".
L'entièreté du dossier a démontré un lourd dysfonctionnement au sein de la Fraternité Pie X. Son avocat, Me Henri Laquay, a voulu rééquilibrer le débat en rappelant qu'à la révélation des faits, il les a dénoncés et a déplacé Frédéric A. en 24 heures.
Julien Balboni