"Les poussières de diamant" étaient de la drogue

- Publié le 02-01-2019 à 20h51

Sept Bruxelloises ont voyagé tous frais payés. Étaient-elles si naïves pour ignorer la drogue dans les bagages ? Est-il possible de confondre de la poudre de diamant avec des drogues, comme la cocaïne ou des métamphétamines ? À en croire des prévenus, poursuivis pour organisation criminelle et trafic de stupéfiants, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, la réponse est positive. Une recherche rapide sur Internet montre pourtant que la poudre de diamant est inutilisable en joaillerie et ne se négocie qu'à un prix dérisoire.
Si elles ont été abusées comme elles l'ont prétendu, sept jeunes Bruxelloises l'ont sans doute longuement médité dans leur cellule. Séparément en 2011, elles ont été arrêtées, à leur descente d'avion au Japon ou à Dubaï, ou alors qu'elles s'apprêtaient à embarquer à Londres. Leurs bagages renfermaient plusieurs kilos de cocaïne ou de métamphétamines. Les dernières ont pu quitter les geôles japonaises l'année dernière.
Celles qui ont pu rentrer en Belgique ou ceux qui les avaient recrutées n'ont pas purgé de longs mois de prison. Leur dossier a été évoqué mercredi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Certains auront du mal à plaider leur bonne foi devant le tribunal.
Cela concerne en premier lieu Bouchra, 44 ans, qui a fait défaut et contre qui dix ans de prison ont été requis. Elle est désignée par les autres prévenus comme étant au sommet de la pyramide. Ce serait elle qui aurait eu les contacts à Londres pour recruter des "mules" qui devaient transporter la drogue, vers Londres ou le Japon. Ces jeunes femmes, plutôt fragiles et connaissant des difficultés financières étaient choisies pour prendre livraison de la marchandise, au Brésil, à Dubai ou encore au Sierra Leone.
Bouchra, à entendre d'autres prévenus, avait un grand pouvoir de persuasion : "On ne refusait rien à Madame."
Celui qui lui fut le plus proche, Saïd, a recruté des mules. "Dans ma tête, c'était des poussières de diamant", a-t-il répété, précisant qu'il aurait dû recevoir 1 000 euros par personne recrutée.
Face à la juge qui lui demandait s'il n'aurait pas été préférable d'utiliser un service comme DHL, il a maintenu que ce mode de transport ne l'a pas intrigué. Ce qu'a plaidé son avocat, Me Yannick De Vlaemynck, en faisant référence aux écoutes entre Bouchra et Saïd.
Un gérant de trois magasins, qui a recruté des mules dit que, lui aussi, "n'a pas vu malice" quand il a recommandé des jeunes femmes à Bouchra.
Celles-ci effectuaient ces voyages tous frais payés. Parmi celles-ci, Touria était présente sur le banc des prévenus. En 2011, elle a fait un voyage entre le Brésil et Londres pour le compte de la filière. "Ce n'était alors qu'une péronnelle de 24 ans d'une naïveté totale", a relevé son avocat, Me Henri Laquay. Passeport à l'appui, il souligne qu'elle n'a effectué qu'un voyage, renonçant à ramener quoi que ce soit quand elle a compris sur place ce que l'on attendait d'elle. Il a demandé son acquittement. Jugement le 30 janvier.
J. La.