Hélène d'Udekem, la sœur de la Reine, monte sur les planches: "Vu mon caractère et mon parcours, c'est un revirement à 180 degrés"
La première scène de "Rollekebol" s'ouvre sur un monologue de la comédienne Hélène d'Udekem qui incarne donc une mère de famille dépressive et suicidaire.
- Publié le 29-06-2024 à 16h12
- Mis à jour le 23-07-2024 à 16h06
La comédie dramatique 100 % belge Rollekebol évoque l'histoire d'un père gravement malade, d'une mère déprimée, d'un fils à la dérive et d'une fille en quête d'indépendance, et de leurs chat et chien qui assistent impuissants au spectacle de leur déchirement. Pour les trente ans du fils, cette petite famille se réunit autour des parents divorcés. Ils sont incapables de s'aimer… Et, surprise, le rôle de cette mère instable et dépressive à la tête d'une famille dysfonctionnelle est interprété par Hélène d'Udekem, la sœur de la reine Mathilde. Pour sa première montée sur les planches, la comédienne et metteuse en scène se produira au Théâtre Episcène du 29 juin au 21 juillet lors du Festival d'Avignon.

Critique de la pièce
C'est la première pièce de théâtre écrite par Nicolas Godart. Cet artiste talentueux de 27 ans, originaire de Léglise, s'est fait connaître du grand public au travers de son premier grand rôle dans la mini-série "Anthracite" diffusée sur Netflix. Ce projet théâtral 100 % belge, dont la mise en scène est assurée par Clément Croiseaux, a été présenté début juin au théâtre le Fou Rire à Ixelles. Auteur de cette pièce, et acteur qui incarne le fils, Nicolas Godart étincelle dans les habits de son personnage à la fois incontrôlable, désespérant, émouvant et puissant. Le rôle de la sœur est quant à lui magnifiquement interprété par une autre jeune comédienne belge, Lily Moreau.
La première scène s'ouvre sur un monologue de la comédienne Hélène d'Udekem qui incarne donc une mère de famille dépressive et suicidaire. C'est la toute première fois qu'Hélène d'Udekem, diplômée du cours Florent, monte sur les planches en incarnant son tout premier personnage sans retenue. Complètement déboussolée, la mère de famille en robe de nuit s'emporte sur ses enfants, se vautre dans un fauteuil, se recroqueville dans un drap et cherche son chat avant de manger ses croquettes. Cette scène inattendue s'avère vite aussi drôle que tragique. Le mélange d'émotion est efficace. Pour sa première apparition sur scène en public, Hélène d'Udekem impressionne par sa grande présence, sa vivacité et les émotions qu'elle partage.
Tout au long de la pièce, le jeu des comédiens touche unanimement le public par le naturel qui s'en dégage. Rien n'est poussif, tout semble si naturel. Seul bémol, deux scènes un peu longues et accessoires où les animaux domestiques, un chat et un chien, partagent leur vision de la famille.
Lors des premières représentations à Ixelles, une poignée d'amies d'Hélène d'Udekem s'étaient donné rendez-vous pour ne pas manquer le grand saut de leur amie. Elles s'impatientaient d'enfin la voir sur scène après tant d'années au cours Florent et en ateliers. "C'était devenu le monstre du Loch Ness, elle en parlait souvent, mais on ne la voyait jamais," nous confiera l'une d'elle. Sa sœur, Elisabeth d'Udekem nous avouera avoir déjà vu la pièce : "A la demande d'Hélène, j'étais venue la voir à la répétition générale pour la rassurer. Elle a toujours été très discrète sur cette passion pour le théâtre. Je suis très étonnée de la voir incarner un personnage dépressif et suicidaire, alors qu'elle est toujours enthousiaste, optimiste et survoltée dans la vie. Un vrai rôle de composition."

Rencontre avec Hélène d'Udekem
Comment est née votre passion pour le théâtre ?
Complètement par hasard. Pour être sincère, je détestais parler en public, cette seule perspective me tétanisait. J'ai toujours été admirative face à celles et ceux qui avaient cette aisance. Mais, en 2018, un ami m'a poussée à suivre un stage au cours Florent à Bruxelles pour apprendre à vaincre cette peur. J'y ai fait des rencontres exceptionnelles et j'ai réalisé à quel point les textes et les mots pouvaient nous nourrir au plus profond de nous.
Et pourtant, vous voilà à l'affiche au Festival d'Avignon…
La scène a tout de suite été une révélation qui ne m'a plus quittée depuis. Le théâtre est un art qui peut apporter beaucoup de choses et qu'il faut encourager auprès des jeunes non seulement pour vaincre leur timidité mais aussi pour apprendre à exprimer leur ressenti, à traverser leurs émotions. Vu mon caractère et mon parcours, c'est un revirement à 180 degrés. Je n'ai absolument pas fait le cours Florent dans une optique théâtrale et encore moins dans l'ambition de monter sur scène. Après mon cursus au cours Florent, j'y suis restée en tant qu'assistante puis professeure. Au trimestre dernier, j'ai notamment eu l'occasion d'y organiser un atelier de lecture publique autour du livre écrit par mon amie la romancière Alia Cardyn "La Traversée de Jim". Il s'agit d'un roman jeunesse qui suit un ado à travers le cancer et sa guérison. La thématique du cancer y est abordée de manière lumineuse, absolument pas dramatique. Cet atelier fut un grand succès et nous allons tenter de le faire tourner dans les écoles, surtout celles qui ont un élève touché par la maladie.
C'est un sujet qui vous touche à titre personnel ?
Oui mais heureusement, tout cela est derrière nous. Cela nous a permis de réaliser tout le travail à faire pour la recherche en oncologie pédiatrique. J'ai d'ailleurs rejoint le conseil d'administration de la Fondation Kick Cancer créée par mon amie Delphine Heenen qui fait un travail exceptionnel dans ce domaine.
Qu'est-ce qui vous a séduit dans le théâtre ?
Je suis toujours impressionnée par les conclusions que tirent les jeunes après un stage de théâtre où ils ont osé se mettre à nu. Ils en ressortent avec une plus grande confiance en eux.
Quelles sont vos attentes avec "Rollekebol" ?
Notre troupe veut ramener les gens au théâtre. Nous espérons dès lors que la pièce fonctionne à Avignon, qu'elle touche le public et qu'elle parle aux gens comme elle parle à toute notre équipe. Le théâtre est un art vivant qui touche les gens autrement que les écrans, à travers un contact direct avec les comédiens. On leur parle sincèrement et directement. Le théâtre offre cet accès direct, sans filet. Il en ressort que tous les soirs et chaque représentation est unique.
Qu'est-ce qui vous plaît en particulier dans ce rendez-vous ?
Je suis une habituée du festival d'Avignon. J'adore son effervescence magique. Il est possible d'y voir 5 à 6 spectacles par jour. Il y a autant de choix que de possibilités de rencontres et d'inspirations. Nous avons sauté sur l'opportunité d'y aller avec Rollekebol. Cette pièce s'est construite très vite, ce n'est peut-être pas raisonnable comme projet (rires). Avignon n'était pas une fin en soi. On espère que la pièce rebondisse ailleurs. Mais, une chose à la fois.
Votre troupe n'a pas encore de nom, mais qui rassemble-t-elle ?
Elle n'est pas encore totalement constituée, mais les comédiens sont des élèves du cours Florent, fruit de nos rencontres, même si personne ne vient de la même promo. Une troupe qui rassemble plein de talents, à commencer par les deux acteurs qui jouent mes enfants, Nicolas Godart et Lily Moreau, mais aussi François Hoffmann qui joue mon ex-mari, et Camille Malnory. On y trouve beaucoup de bienveillance, de la générosité avec le public et suffisamment de curiosité pour ne jamais proposer deux fois la même chose. Pour ces comédiens, la scène n'est pas une envie, mais un besoin ! En tant que professeure, ce besoin se voit. Cet engagement total me fait penser à celui de certains sportifs.
Comment décrire le personnage que vous incarnez ?
Je joue la mère d'une famille en décomposition. Les rôles principaux sont tenus par les deux enfants. Les parents illustrent ici surtout les dégâts qu'ils ont faits sur leurs enfants. Ce qui me plaisait dans ce rôle de la mère, c'est le poids et le brouillard qui s'abat sur elle lorsque ses enfants et son mari quittent la maison. Elle perd pied et doit même être internée. C'est le portrait d'une mère et une femme seule face au vide. Y a un côté sacrificiel à avoir dédié toute sa vie à son époux et ses enfants.
Vous étiez avocate avant ce virage…
En effet, j'étais d'abord avocate puis juriste dans un holding financier. Et je me suis retrouvé dans le théâtre. J'en retiens que rien n'est prédéterminé dans la vie. Tout peut changer. On doit se laisser traverser par les rencontres et se laisser porter par les hasards de la vie. Il y a dix ans, je n'aurais jamais imaginé être sur scène. J'aurais ri, ce n'était tellement pas mon intuition et ni mon envie.

Votre sœur, la reine Mathilde, est devenue une personnalité publique du jour au lendemain…
Soyons honnêtes, je n'aurais jamais pu faire ce que ma sœur fait. Je suis beaucoup trop timide pour être toujours dans la lumière. Lors des fiançailles et du mariage de ma sœur, j'avais 19 ans, mais j'ai détesté la présence des caméras et le regard des autres, car je n'étais pas du tout à l'aise. Je suis pleine d'admiration de voir la capacité naturelle de Mathilde à être à l'aise et à se raisonner dans ce qu'elle fait, sans impulsion. C'est une vraie aînée de famille.
Que retenez-vous des jours qui ont suivi les fiançailles de Philippe et Mathilde ?
La grande médiatisation des fiançailles de ma sœur m'a obligée à ne plus frôler les murs. Je n'avais plus le choix, je me devais d'aller vers les autres, vu que beaucoup de gens n'osaient plus forcément venir vers moi.
Cet épisode vous a confrontée aux attentes des médias ?
Oui, et j'en avais peur. Peu après l'annonce de la première grossesse de ma sœur Mathilde, j'ai eu la mauvaise idée de décrocher le téléphone fixe de la maison. À l'autre bout du fil, il y avait un journaliste qui voulait avoir des informations et notre réaction. Je n'ai cessé de répondre, à toutes ses questions, que je ne voulais pas faire de commentaire. Je n'ai pas répondu à la moindre question mais, le lendemain, dans le journal, il y avait une interview avec des réponses que je n'avais jamais données. Il n'y avait pas mort d'homme, mais j'ai trouvé ce procédé très étonnant. Cela m'a sidéré et rendue très prudente par rapport à la presse.
Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts.
En effet, la pression médiatique sur la famille s'est concentrée sur les fiançailles, le mariage et la naissance de ma nièce Elisabeth. Heureusement, tout cela s'est calmé.
Votre époux, Nicolas Janssen, est député wallon, aussi un poste médiatisé.
Sa responsabilité ne m'impose pas des apparitions publiques, même locales, mais j'essaie de le soutenir au mieux. Lors de la campagne électorale, je participais à la distribution de tracts. L'exercice est à la fois sympathique et intéressant, car on écoute les gens, leurs priorités, leurs énervements et leurs engagements. J'aime entendre les électeurs s'exprimer face aux élus. L'exercice est plus simple pour moi que pour celui qui se représente. Cela donne plus de distance. Aider son mari dans sa carrière, est une opportunité assez rare dans la vie professionnelle.