Fin des packs traditionnels, encore plus de data, et guerre des prix : quel avenir pour les télécoms en Belgique ?
Un an après le lancement de son offre internet et TV, le patron de Base, qui a convaincu "l'équivalent d'un stade Roi Baudouin bien rempli" de souscrire à ces nouveaux produits, fait le point.

- Publié le 23-06-2025 à 11h31

Il y a un an, Base lançait pour la première fois des produits internet et télévision, sur le marché belge. Une métamorphose qui intervenait dans un contexte de concurrence accrue, sur le marché belge des télécoms. Depuis lors, les choses ont encore bougé, notamment avec l'arrivée de Digi. Gérald Demortier, responsable de la marque Base chez Telenet Group, fait le point avec nous sur l'avenir de son secteur. Interview.
Comment est né ce projet d'élargissement de l'offre Base ?
La marque Base est présente depuis plus de 25 ans dans le mobile. Nous avons notre propre réseau, qui a été racheté par Telenet en 2015. Après ce rachat, l'intégration a commencé. Très vite, on a estimé qu'une offre mobile seule n'était plus suffisante : les clients demandaient plus, une solution complète. Nous avons tenté de racheter Voo pour pouvoir proposer une offre fixe à l'échelle nationale, mais c'est finalement Orange qui l'a acquis. Dès lors, on s'est tourné vers d'autres solutions, notamment un accord avec Orange pour utiliser leur réseau. Ce projet a donc connu des hauts et des bas, mais l'objectif a toujours été d'élargir l'offre.
Avez-vous des chiffres à partager sur le nombre de clients ?
Je ne peux pas donner de chiffres précis, car le groupe ne souhaite pas les divulguer. Mais je peux dire que nous sommes au-dessus de nos objectifs. Fin d'année, nous aurons une base solide de clients internet et Télé que l'on peut comparer à un stade roi Baudouin bien rempli (sourire).
Est-ce que ce sont surtout des clients mobiles qui ont élargi leur offre ?
Oui, environ un client sur deux était déjà client mobile. L'autre moitié a souscrit à une offre fixe sans être client mobile. C'est mieux que ce qu'on espérait, on pensait initialement à un ratio 80/20. Ce 50/50 montre la force de la marque.
Le lancement de cette offre visait-il aussi à anticiper l'arrivée du quatrième opérateur, Digi ?
Pas directement. C'était un plan que nous avions avant même la confirmation de l'arrivée de Digi. Mais une fois qu'on a eu une idée du calendrier, nous avons accéléré pour être prêts en juin. Digi a une offre agressive, mais nous ne visons pas la même clientèle. Base mise sur le rapport qualité-prix, avec un service, une app très bien notée (4.7), des conseillers en magasin, etc. On ne souhaite pas entrer dans une guerre des prix, car les investissements nécessaires – en mobile et en fixe – sont énormes. Pour maintenir la qualité, il faut un prix moyen stable, autour de 15 à 17 euros pour un abonnement.
En Belgique, on entend souvent que les prix sont plus élevés qu'en France. Est-ce un mythe ?
Oui, partiellement. En France, il y a eu une guerre des prix il y a plus de 10 ans, mais les services s'en ressentent : pas de 5G partout, des zones mal couvertes,… En Belgique, on investit dans tout le territoire, y compris les zones moins rentables. Cela nécessite des moyens et donc un prix moyen réaliste.
Quel est l'état d'avancement du déploiement de la 5G et de la fibre ?
Nous avons une couverture 5G de 98 %, sauf à Bruxelles où les permis sont plus lents à obtenir, mais on rattrape. Par ailleurs, la 5G est incluse par défaut dans tous nos abonnements. Pour la fibre, on travaille avec deux réseaux : Wire (Telenet + Fluvius) en Flandre et Bruxelles, et également via notre contrat avec Orange. Les projets sont massifs, sur 10 ans. Aujourd'hui, la demande client pour la fibre n'est pas énorme, notre connectivité est adéquate, mais nous suivons cette évolution de près.
Les fameux packs Trio sont-ils encore d'actualité chez Base ?
Nous souhaitons nous différencier des "bundles" classiques. Notre cible, ce sont les clients "value for money" : environ 40 % du marché belge. Ce sont des clients qui veulent de la qualité au juste prix, qui aiment combiner, personnaliser, et contrôler leurs dépenses. S'ils n'ont besoin que d'Internet, ils ne prendront qu'Internet. Ce sont eux que nous visons. Nos offres sont pensées pour cette "génération débrouille". À l'avenir, on pourrait ajouter des services à valeur ajoutée, mais pas de nouveaux packs traditionnels prévus.
Depuis l'arrivée de Digi, la réaction des opérateurs a surtout été d'augmenter le volume de data de leurs abonnements. Mais est-ce encore utile d'augmenter les volumes de data ?
Oui, parce que la consommation augmente de 30 % par an. Le smartphone est devenu le premier écran, devant la télévision, et la data est essentielle. Peut-être qu'on arrivera un jour à un monde sans limite, mais on n'y est pas encore.