"C'est arrogant! Et ce n'était pas le moment": les professionnels de l'Horeca furax contre le patron de Belfius
Pour Marc Raisière, la crise et les faillites peuvent mener à "assainir" le secteur. Un appel au boycott de la banque est lancé.
- Publié le 18-01-2021 à 07h29
- Mis à jour le 18-01-2021 à 22h14

C'est la grenade de la semaine. Elle est dégoupillée par Marc Raisière dans Trends-Tendances. Le patron de Belfius y évoque la possible vague de faillites dans le secteur Horeca en 2021. Et ses propos ont enflammé la Toile sur fond de colère et d'appels au boycott. "Nous ne nous sentons plus à notre place en tant que clients de cette banque" a réagi le Collectif Wallonie Horeca. "Nous demandons aux autres banques belges de nous faire une proposition adaptée à l'Horeca pour que nous changions de banque."
Les raisons de la colère ? Ces propos de Marc Raisière : "Bien sûr qu'il y aura des faillites ! Mais n'avions-nous pas trop de cafés et de restau rants en Belgique ? Étaient-ils tous rentables […] sans avoir recours au noir ? […] Les économies ont de temps à autre besoin d'une vague d'assainissements. Les entreprises zombies (ces entreprises dont les actifs ne couvrent pas les dettes, NdlR) vont disparaître. Est-ce grave ? Pour leur propriétaire et leur personnel, certainement, mais pas pour l'économie. D'autres naîtront sur leurs cendres."
Stupeur et tremblements ! Parmi les innombrables réactions couroucées des professionnels du secteur, celle de Philippe Limbourg, consultant en gastronomie, sur son mur Facebook : "Je ne sais pas dans quels restaurants ce brave homme compte aller manger à la réouverture. Je lui souhaite de trouver une adresse 'saine' comme il les définit. En Belgique, on a plus injecté de l'argent public pour sauver des banques mal gérées que pour l'Horeca. Pour paraphraser son joli discours, je lui dirai que sur les cendres des managers de banque inhumains, d'autres viendront tenir des discours plus sains."
Pour Thierry Neyens, président de la Fédération Horeca Wallonie, cette sortie est "brutale, violente". Mais elle n'en pose pas moins des questions de fond. "Il est vrai que le secteur souffre d'un problème structurel, hors crise. Par rapport à la densité de population, il y a deux fois plus d'établissements en Belgique qu'en Allemagne et autant qu'au Pays-Bas qui compte six millions d'habitants en plus. Certains ouvrent trop facilement, en manquant de rigueur et de compétences. 'J'ai perdu mon emploi. Avec mes indemnités, j'ouvre un snack mais pas avec du fait maison, sans plus-value'. Noyés par les charges et les taxes, des patrons tarifient en dessous du coût vérité pour ne pas perdre de clientèle. Une situation qui stigmatise le secteur aux yeux des banques."

Un mal pour un bien
Dans ce contexte-là, Marc Raisière estime que la crise pourrait être un mal pour un bien, une opportunité pour "épurer" le secteur de ses professionnels les plus fragiles.
Face à de tels propos, Thierry Neyens est tiraillé. "J'aurais envie de valider, mais je ne valide pas. Dit ainsi, c'est trop dur à accepter. Je préfère dire que cette crise peut servir d'électrochoc. Jusqu'ici, certaines entreprises se sont peut-être focalisées sur leur technique et leur savoir-faire au détriment de la gestion. Cette crise peut inciter les patrons à revoir à l'avenir leur business plan, à trouver des solutions pour réduire leurs coûts par exemple. Mais elle doit aussi conduire à une remise en question des politiques en matière d'accompagnement mais aussi en allégeant les taxes, les charges, les normes à respecter…"
Par rapport à l'appel au boycott de Belfius, Thierry Neyens fait, lui, un appel au calme. "Marc Raisière est quelqu'un qui ne se cache pas. Quelque part, ses propos sont courageux. Il dit tout haut ce que les autres banques pensent tout bas. Je comprends que la réaction du secteur soit à fleur de peau. Mais, au moment de choisir une banque, il faut rester pragmatique."
"C'est arrogant! Et ce n'était pas le moment"
La colère du sommelier Éric Boschman : "Raisière a des problèmes de mémoire."
"Dénué de vergogne, le vrai visage arrogant d'un employé de banque durant une crise", Voici comment réagit le sommelier Éric Boschman, contacté par nos soins, à la lecture des propos de Marc Raisière. "Belfius est une banque appartenant majoritairement à l'État belge. Son CEO n'a probablement jamais risqué le moindre centime personnel autrement qu'en Bourse. Il a en plus de sacrés problèmes de mémoire. Il oublie que grâce aux manœuvres de ses coreligionnaires les banques belges furent sauvées à coups de milliards après la crise de 2008. Et que même si les autres banques ne valent guère mieux, au moins leurs CEO ont la décence de ne pas répandre leur mépris dans la presse. Une banque, c'est un marchand de parapluies impossibles à ouvrir qui ne se vendent que lorsqu'il fait soleil. D'accord, il y a peut-être trop de restos. mais ce n'était pas le moment de sortir ça alors que d'innombrables professionnels sont aux abois. Il aurait été plus judicieux de mettre ces points sur la table une fois la crise passée, lorsque tout sera à nouveau ouvert."
