North Sea Chefs: "La plupart des gens ne connaissent que cinq variétés de poissons"
Le collectif North Sea Chefs a été co-fondé en 2011 par les chefs Filip Claeys (De Jonkman**, Bruges) et Rudi Van Beylen (Hof ten Damme, Beveren). "Nous devons manger ce que le pêcheur attrape", est sa devise.
- Publié le 24-10-2026 à 18h20

"Nous n'aurons mené à bien notre mission que lorsque l'offre et la demande de poissons pêchés en Belgique auront augmenté chez les fournisseurs, dans le secteur de la restauration et dans les supermarchés", scande Filip Claeys, qui a eu l'idée de lancer North Sea Chefs alors qu'il était en quête d'identité pour son restaurant ouvert en 2006. "J'utilisais des produits des quatre coins du monde et je me suis rendu compte que je n'arrivais pas à avoir du thon de grande qualité, comme celui que j'avais goûté au Japon. J'ai rencontré quelqu'un qui faisait partie d'une association de pêcheurs belges et c'est là que tout a commencé. J'ai alors petit à petit remplacé le thon et le saumon par des poissons moins connus de la mer du Nord… Au début, j'ai perdu pas mal de clients, mais je voyais les difficultés qu'avaient nos pêcheurs. Beaucoup de poissons étaient rejetés à la mer parce qu'il n'y avait pas de marché… Ils ne gagnaient pas suffisamment d'argent. Alors, j'ai eu l'idée de contacter quinze chefs belges et de créer des histoires autour de chaque poisson de chez nous moins connus. C'est comme ça que tout a commencé", raconte le chef flamand, qui s'est intéressé aux différentes problématiques que doivent affronter les pêcheurs.
"Lorsqu'on pêche 1 kg de sole, il y a 40 kg de pêche accessoire : du tacaud, de la plie, du carlin, de la petite roussette… Des poissons qui ont moins de valeur sur le marché parce qu'ils sont moins connus, tout simplement. Aujourd'hui, avec le réchauffement climatique, la pêche est aussi en train de changer. Le cabillaud part au nord et on n'en pêche presque plus. Donc les clients doivent s'adapter ! Il y a de plus en plus de seiches, de poulpes, de calamars… Cet été, on a même pêché une nouvelle sorte de calamar qu'on n'avait jamais vue avant !", explique Filip Claeys.
Actions de sensibilisation
Pour sensibiliser à la consommation des poissons de la mer du Nord, North Sea Chefs agit à différents niveaux. "Il y a l'équipe de recherche : 30 chefs ont été sélectionnés dans tout le pays. Ils recevront deux fois par an une Blue Box qui leur permettra de découvrir des poissons de chez nous pour les inciter à les mettre à leur carte. C'est très important pour les restaurateurs eux-mêmes, car travailler avec des poissons de prises accessoires c'est aussi travailler avec des poissons moins chers. Ils peuvent donc faire des économies. C'est important dans le contexte horeca actuel. Nous allons aussi dans les écoles hôtelières en Flandre, à l'EHPN à Namur pour apprendre aux élèves comment fonctionne la pêche, comment nettoyer les poissons, les techniques de découpe, de cuisson… Ce sont eux qui ont en main le futur de nos assiettes !", détaille fièrement le chef flamand.
"On sait que la plupart des gens ne connaissent que cinq variétés de poissons. Il est donc aussi important d'agir au niveau des supermarchés. Je sais que Carrefour travaille avec la criée de Zeebruges. Cet été, nous avons visité la criée avec Delhaize et son fournisseur de poissons Gadus… Les choses semblent enfin bouger pour qu'on puisse consommer plus de poissons de chez nous", se réjouit Filip Claeys. Lequel insiste sur le fait que depuis la création du collectif en 2011, un poisson comme le tacaud, qui n'avait aucune valeur et était autrefois rejeté à la mer, est enfin trié au poids sur les criées belges. C'est déjà une belle réussite !
Infos : www.northseachefs.be/fr