Eva Green: "Cela ne m'amuse pas d'être dans le plus strict appareil"
Eva Green, fille de Marlène Jobert, s'est fait un nom à Hollywood, mais reste très attachée à l'Europe. Entretien.
- Publié le 13-11-2016 à 13h14
- Mis à jour le 13-11-2016 à 13h20

Eva Green, fille de Marlène Jobert, s'est fait un nom à Hollywood, mais reste très attachée à l'Europe. On l'a découverte en James Bond girl aux yeux revolver dans Casino Royale aux côtés d'un Daniel Craig tout émoustillé. On l'a vue en vampirette aux prises avec un Johnny Depp qui n'en ratissait pas large. Le film s'intitulait Dark Shadow et était signé Tim Burton. Aujourd'hui, elle retrouve ce dernier grâce à Miss Peregrine. Entre deux tournages, Eva Green, sexy progéniture de Marlène Jobert, n'en finit pas de scotcher avec son talent et sa beauté particulière la communauté hollywoodienne. Mais dans la vraie vie qui est vraiment cette trentenaire au look gothique ?
À force de jouer des rôles sombres, des filles allumées, vous n'avez pas peur que l'on vous enferme dans une boîte ? Ou pire… qu'on vous envoie un de ces quatre à l'asile ?
"Vous savez, c'est comme lorsqu'on me colle l'étiquette de femme fatale ou gothique. Entre nous, je suis tellement loin de ça ! J'ajoute que sombre, je ne suis pas sûre de comprendre que cela signifie vraiment ! Maintenant, il est clair que je n'ai pas envie que l'on m'enferme dans une boîte ou dans un type de rôle donné. D'ailleurs, pour vous prouver que ce n'est pas le cas, je viens de terminer le tournage d'un film avec Alicia Vikander. Je peux vous assurer que dans ce rôle, je ne suis pas sexy, mais alors vraiment pas ! Je ne souhaite pas être une façade ou me cantonner dans des rôles que vous attendez. J'espère que je n'ai pas l'air méchante non plus dans la vraie vie. C'est vrai que, dernièrement, on m'a proposé pas mal de rôles de garces dans des grosses productions. Mais entre nous, je trouve cela beaucoup plus intéressant que le rôle de l'éternelle petite amie."
Vous avez tourné Miss Peregrine et les enfants particuliers en Belgique. Avec la ligne que vous avez, vous n'avez pas dû manger beaucoup de frites !
(rires) "J'ai adoré tourner à Anvers. C'est vraiment une ville très cool. Une ville pour artiste. Cela m'a fait du bien de tourner dans un décor réel, dans cette maison, et non devant un fond vert ! J'ai particulièrement aimé le jardin qui me faisait songer au film Edward aux mains d'argent . Tous ces buissons taillés en dinosaure, en centaure, en éléphants, existent vraiment ! J'ai trouvé en Belgique des restaurants éthiopiens merveilleux. Je suis végétalienne et les Éthiopiens font des plats qui me conviennent parfaitement !"
Vous trouvez que les Américains sont trop conservateurs ?
"Indéniablement ! Ils ne censurent pas la violence, mais ils censurent l'affiche de Sin City jugée trop sexy. De plus, j'avais un pistolet dans les mains sur l'affiche, mais ça, voyez-vous… ça ne les dérangeait pas ! Encore une fois l'Amérique et ses paradoxes ! Quand on m'a proposé le rôle, j'ai dit à la production : OK, je vais mettre un corset et un soutien-gorge et ça va le faire ! Robert Rodriguez, le réalisateur m'a alors répondu : T u sais Eva, ça rendrait vraiment bien à l'image si tu étais complètement nue ! D'autant que c'est une des spécificités d'Ava Lord ! Ça fait partie du personnage. (rires) Et ils avaient raison. Cette femme se sert de son corps comme d'une arme. C'est vicieux. Je ne voulais pas pour autant d'une nudité réaliste ! En attendant, quand nous avons tourné les scènes que je qualifierais de charnelles, j'ai eu envie de mourir. J'ai été en effet embauchée pour ce film une semaine avant le début du tournage et pour être franche, je n'avais pas eu le temps de faire de régime ! (rires) Il a bien fallu à un moment que je me lance et quand on se lance, quand on rentre vraiment dans le rôle, on oublie qu'on est nue. Comme les maquilleuses m'avaient en plus couvert le corps de maquillage, cela m'a aidée. C'était un peu comme une armure. Mais vous savez, cela ne m'amuse pas particulièrement d'être dans le plus simple appareil !"
Votre maman (Marlène Jobert) a été, dans les années 70, un sex-symbol. Vous a-t-elle briefée sur les hommes et sur leurs attentes ?
(rires) "Non, ma mère ne m'a jamais fait un topo sur les hommes. Et c'est tant mieux. Déjà parce que j'ai aimé découvrir ces choses-là par moi-même, ensuite parce que je ne supporte pas ces mères qui la jouent les copines avec leurs filles. Ma mère a arrêté de tourner quand elle avait une quarantaine d'années. Avant ça, elle était constamment devant les caméras ou sur un set ! Et puis, à un moment de sa vie, elle a trouvé que le monde du cinéma était en train de devenir fou. Elle a voulu se consacrer alors à ma sœur et à moi. Je crois qu'au fond, elle ne supportait plus le regard des autres et d'être jugée. J'espère sincèrement qu'elle tournera à nouveau car elle était si merveilleuse, si unique au cinéma !"
On vous voit de plus en plus dans de grosses productions américaines. À telle enseigne que les Américains pensent que vous êtes une de leurs compatriotes…
"Je ne sais pas ! Je me sens très française vous savez. Je suis basée à Londres mais mon cœur, lui, est à Paris. J'aime le fait de pouvoir faire des films à gros budgets, ça me donne l'opportunité de tourner aussi dans de petits films indépendants où je trouve plus de sens. Au fond, je me sens très européenne. J'allais même dire viscéralement européenne ! Ne me parlez surtout pas du Brexit ! C'est l'horreur."
"Ma mère ne m'a jamais pistonnée !"
Est-ce que c'est votre mère, l'actrice Marlène Jobert, qui vous a inspirée depuis le début ? Pouvez-vous nous parler d'elle ?
"Ma mère est tellement spontanée et intuitive. Un jour, je suis allée au Cinématic, ils passaient Nous ne vieillirons pas ensemble. C'était incroyable de la revoir sur le grand écran. Elle est tellement douée. Je me sens nulle à côté d'elle. Elle est tout ce que j'aimerais être. Tellement dans l'instinct. Moi, j'ai tendance à être trop dans ma tête. Elle est merveilleuse et totalement charmante."
J'imagine que votre mère a dû être enchantée quand vous avez décroché le job de James Bond Girl dans Casino Royale ? Il y avait 2.000 candidates, je crois !
"Très ! Mais elle m'a aussi mise en garde contre les pièges qu'on me tendrait. Le principal conseil qu'elle m'ait donné, c'est Fais ton boulot le plus sérieusement possible ! Mais ne te prends jamais au sérieux ! Les acteurs évoluent dans un monde cruel où tous les coups sont permis. Y compris celui de vous jeter après vous avoir encensée. Ce métier, je vais vous dire, il est interdépendant du désir des autres. En d'autres termes, soit vous êtes hot, soit vous ne l'êtes pas ou plus. C'est aussi simple que ça ! Récemment, ma mère m'a d'ailleurs suggéré de tourner des rôles moins déjantés et plus light . D'ordinaire, je n'amène jamais ma mère sur les tournages car elle me fait toujours des remarques sur mes cheveux ou sur autre chose ! (rires) Du coup, je lui dis de ne pas venir ! D'un autre côté, elle me demande toujours si je vais bien. Elle veut toujours s'assurer que je ne perds pas pied dans ce métier !"
Maman vous a-t-elle déjà pistonnée ?
"Jamais ! J'ai toujours dû lui prouver et me prouver que je savais jouer. Par contre, elle a longtemps répondu présente lorsqu'il s'agissait de me faire réviser mon texte. Elle est d'ailleurs très patiente avec moi. Je ne vous cache pas non plus qu'elle est vraiment effrayée par mon orientation de carrière. Elle sait à quel point le monde du cinéma peut être cruel !"