Faut-il être gêné d'être en couple ? Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes s'interrogent
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes s'emparent d'un article du magazine britannique Vogue. Être en couple serait-il devenu un sujet sensible ? On vous explique cette tendance avec une sexologue.

- Publié le 09-11-2025 à 08h15

Le magazine de référence mode, Vogue édition britannique, a publié récemment un article sur "Is Having A Boyfriend Embarrassing Now ?", traduit en français par "Avoir un petit copain, est-ce embarrassant aujourd'hui ?". Ce sujet a fait le tour des réseaux sociaux et a suscité de nombreuses réactions, notamment sur TikTok. Des utilisatrices ont participé à la tendance en publiant des vidéos où elles se réjouissent de l'intitulé de l'article et en revendiquant leur célibat.
Pour réaliser cet article, Vogue est parti du constat que, sur les réseaux sociaux, les femmes hétérosexuelles n'affichent plus ouvertement leur relation amoureuse mais privilégient plutôt des signes subtils. Pour le média britannique, ce comportement est "le résultat d'une volonté des femmes de concilier deux mondes : d'un côté, profiter des avantages sociaux d'une relation amoureuse, mais de l'autre, éviter de paraître obsédées par leur petit ami et de passer pour des ratées". En effet, les femmes ne souhaiteraient plus être perçues comme des personnes dévouées à leurs compagnons, mais souhaiteraient garder en même temps les côtés positifs d'une relation amoureuse.
Pour approfondir le sujet, un sondage a également été lancé via les réseaux sociaux. Parmi les réponses, certaines femmes expliquent qu'elles ont peur du "mauvais œil", en pensant que leur bonheur susciterait de la jalousie chez autrui, tandis que d'autres femmes s'inquiètent plutôt d'une rupture et de photos publiées avec leurs ex. Le magazine conclut son article de la sorte : "ce phénomène s'accompagne d'une vague de femmes qui se réapproprient et idéalisent leur célibat. Alors qu'être célibataire était autrefois perçu comme une mise en garde".
Pourquoi une telle "honte" ?
Laurane Wattecamps, sexologue, a pu remarquer ce phénomène auprès de sa patientèle. "Les femmes ont tendance à venir toutes seules au premier rendez-vous avec cette volonté de travailler sur elles-mêmes en solo avant même de penser au fait d'intégrer un partenaire dans le cadre des relations hétéros", explique-t-elle. Le fait de moins en moins "assumer" le côté romantique dans la relation s'explique, selon la spécialiste, par le fait que les femmes veulent de plus en plus affirmer leur autonomie et indépendance. "On a tendance à minimiser nos émotions et à dire que ça peut nous laisser paraître faible. Se dire amoureuse pourrait être ressenti comme quelque chose de gênant, qu'il faut donc cacher, comme si on avait honte d'être humains et d'éprouver des sentiments", observe-t-elle.
"Pendant longtemps, avoir un partenaire était une forme de validation sociale, un peu comme les cases à cocher dans une vie, comme être en couple, se marier, avoir des enfants ou acheter une maison", décrit la sexologue. Alors qu'aujourd'hui, elle explique que "les femmes ne veulent plus être réduites à la fonction de partenaire, de femme dans le couple ou d'épouse, et qu'on préserve aussi la relation en dehors des réseaux sociaux". Pour Laurane Wattecamps, ce n'est pas une honte en soi, mais un désir de rééquilibrer un "pouvoir symbolique" dans les relations hétérosexuelles et de garder son individualité.
Le célibat est plus assumé
Ces dernières années, sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications mettent ainsi en avant les points positifs du célibat. Alors qu'au début d'Instagram, nous avions eu l'habitude de voir des photos, sous le hashtag #couplegoal, de couples "parfaits", il y a désormais une saturation. "On a beaucoup été assommés d'une grande romantisation de relations amoureuses, surtout avec ce prisme de montrer uniquement ce qui se passe bien, que tout est beau, tout est rose", détaille Laurane Wattecamps.
Cette affirmation du célibat est un changement. "À l'époque, il y avait l'idée de la folle aux chats qui restait célibataire toute sa vie, ce qui était vu comme honteux. Alors qu'aujourd'hui, une tendance tend à renverser ce côté-là et à dire qu'une femme n'a pas forcément besoin d'un homme à nouveau dans les relations hétéros pour être heureuse, pour être épanouie et que la relation n'est pas forcément nécessaire", conclut-elle.