Gatsby pas si magnifique

Patrick Laurent
Gatsby pas si magnifique
©dr

Le mercredi, c'est le jour des sorties! Et en plus, c'est le début du Festival de Cannes. Un petit tour dans les salles obscures s'impose donc

BRUXELLES Comme chaque année à pareille époque c'est la fête du cinéma à Cannes.

Chez nous, le soleil ne brille pas. Il est donc toujours temps de se réfugier dans les salles obscures. Et pour éviter les mauvaises surprises, voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

Gatsby le Magnifique: 6/10

Résumé

Devenu alcoolique et dépressif, Nick Carraway (Tobey Maguire) n’arrive pas à exprimer à son psy les raisons exactes de son mal-être. Celui-ci lui propose donc de les coucher sur papier. Commence alors un récit incroyable, celui de la passion de son richissime voisin, Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio), pour sa cousine, Daisy (Carey Mulligan), hélas mariée à l’un des héritiers les plus riches des USA, Tom Buchanan (Joel Edgertion). Pour séduire celle qui devait l’épouser au moment de partir à la guerre, rien n’est trop beau ni trop cher ou trop manipulateur. Mais l’amour est sans doute la seule chose qu’il ne puisse pas s’acheter.

Notre avis

C’est l’événement du jour. Baz Luhrmann ouvre le festival de Cannes avec son adaptation du roman de F. Scott Fitzgerald, à charge pour Leonardo DiCaprio de faire oublier Robert Redford dans un de ses rôles les plus mythiques. Un objectif souvent atteint. Charmeur en diable, plus souriant qu’une pub pour dentifrice et très élégant, le roi Leo la joue moins romantique que son prédécesseur et plus effrayant lorsqu’un coin du voile se lève sur le passé de Gatsby le Magnifique. Tobey Maguire, lui, apporte une note de candeur assez rafraîchissante, tandis que Carey Mulligan n’est peut-être pas aussi fascinante que devrait l’être Daisy.

Alternant les musiques des années 20 et le hip-hop moderne, mais aussi les chorégraphies très actuelles dans des décors de rêve proches du Xanadu de Citizen Kane. Et pourtant, tout en séduisant, ce drame romantique n’emballe pas totalement. Sans doute parce qu’on n’arrête pas de penser à un autre film de Baz Luhrmann, Moulin Rouge. Aussi bien dans le choix narratif (l’histoire racontée par un écrivain) que dans les développements scénaristiques, les longs mouvements de caméra pour plonger dans New York ou sa banlieue chic ou les décalages musicaux, Baz Luhrmann utilise les trucs et techniques qui ont fait son succès. C’est visuellement et musicalement impressionnant, mais cela sent un peu le déjà vu. Comme le récit est, par essence, classique, on attendait peut-être un peu plus de folie dans la forme. Même si, encore une fois, le résultat séduit et renvoie une vision assez intéressante de la célébrité ou de la richesse, deux des miroirs aux alouettes qui fascinent tant aujourd’hui.

Les papys grogneurs: 0/10

Résumé

Bien que proche de la retraite, Gaspard Dassonville (Pierre Arditi) continue de jouer les jeunes premiers à la télé et les jolis coeurs devant tout ce qui porte jupon. Sans grand succès. Sur le plan privé, la seule personne qu’il ramène chez lui, c’est son père (Jean-Pierre Marielle), un vieux râleur ignoble avec toutes les aide-soignantes (“Vous avez un truc, là, du dentifrice ou de la barbe…”). Professionnellement, ce n’est guère plus réjouissant. Pour redresser les audiences, la direction lui impose un jeune loup qui estime que “les vieux ont laissé le chômage, le réchauffement climatique, la dette : merci !” Bref, c’est la galère. Juste éclairée par l’arrivée de Mme Kotnic, dont père et fils tombent amoureux.

Notre avis

En cherchant bien, on ne trouve que deux qualités à cette comédie vraiment ringarde. Pierre Arditi et Jean-Pierre Marielle parviennent, par moments, à sauver le film du désastre par leur sens de la réplique qui fait mouche. Ensuite, La fleur de l’âge ne dure que 83 minutes. Voilà, c’est tout.

Pour le reste, on peut tirer l’échelle. Loin de nous l’envie de vouloir tirer sur une chaise roulante, mais le scénario est juste catastrophique. Voici 50 ans, il devait déjà paraître poussiéreux. Les stéréotypes s’enchaînent à un rythme, navrant, de sénateur endormi. Tout y passe, des papys grogneurs, plus prompts à se plaindre de tout haut et fort qu’à passer de la parole aux actes, au vieux beau incapable d’assumer ses cheveux gris, en passant par le jeune patron arrogant incapable d’apprécier la valeur de l’expérience ou les clandestins qui fabriquent de fausses chaussures de sport.

Aucun élément de surprise ne vient égayer la grisaille. À charge pour les deux interprètes principaux d’en faire des tonnes (voire parfois beaucoup trop, surtout dans le chef de Jean-Pierre Marielle) pour tenter de donner à ce récit informe un petit air de comédie. Cela fait mal de voir deux acteurs aussi talentueux se débattre de la sorte. Quel naufrage.


© La Dernière Heure 2013


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