"Losers Revolution", "De Gaulle", "Un fils", "Les Parfums" : le retour des critiques ciné !
Découvrez les critiques des films de la semaine.

- Publié le 01-07-2020 à 10h23
- Mis à jour le 01-07-2020 à 20h45

Découvrez les critiques des films de la semaine:
Les parfums
Tout en retenue, Emmanuelle Devos et Grégory Montel se jouent joliment des clichés.
À deux mètres de distance, rien qu'à l'odorat, Anne Walberg (Emmanuelle Devos) peut déterminer la marque de cigarettes de son chauffeur ou le parfum utilisé par une serveuse. Elle peut même déterminer d'où viennent le tabac et les ingrédients de la fragrance. Par contre, elle serait bien incapable de déterminer si le chauffeur et la serveuse sont blonds ou bruns. Non pas qu'elle souffre d'un problème de vue. Elle ne les regarde tout simplement pas. Et ne leur parle pas non plus. Toute la journée, elle reste dans sa bulle, solitaire, à humer tout ce qui l'entoure.
Voici quelques années, Anne Walberg était une star dans sa profession. Mais une "panne de nez" a ruiné sa réputation. Depuis, son agent se charge de lui trouver des petits boulots, comme éliminer l'odeur désagréable d'un sac en cuir, reproduire les senteurs d'une grotte préhistorique pour une reconstitution à l'identique destinée au public ou faire en sorte que les échappements nauséabonds d'une usine n'incommodent plus les habitants du coin. Et, pour tout ça, elle a besoin d'un chauffeur. Avec tous les précédents, cela s'est terminé en dispute. Avec Guillaume Favre (Grégory Montel), on ne peut pas dire que le courant passe particulièrement, mais lui a absolument besoin de ce job pour pouvoir obtenir la garde à mi-temps de sa fille.
La suite coule de source ? Détrompez-vous. Subtilement, sans avoir l'air d'y toucher, le réalisateur Grégory Magne emprunte des chemins très balisés tout en se contentant de juste flirter avec les clichés du genre. La relation entre les protagonistes se révèle bien plus fine et délicate que l'intrigue ne le laisserait imaginer. Tout en retenue, Emmanuelle Devos (sans doute une des plus grandes comédiennes françaises actuelles) et Grégory Montel (parfait en loser attendrissant fort différent de son rôle d'agent dans Dix pour cent) misent sur l'humanité tendre plutôt que sur les exagérations comiques ou les hurlements dramatiques. Tout, dans leur jeu, sonne juste.
Sans être bouleversant, ce feel good movie sur la face cachée de la célébrité se révèle souvent touchant, attendrissant. Un bon choix, donc, pour retrouver le chemin des cinémas tout en douceur et en sourires.
Un fils
Un film simple, interpellant, captivant. Une belle découverte.
L'absence de blockbusters pour la réouverture des salles de cinéma pourrait inciter les amoureux du 7e art à s'aventurer sur de nouveaux chemins. Et découvrir, pourquoi pas, Un fils de Mehdi M. Barsaoui. Son histoire simple, universelle, possède bien des atouts pour faire vibrer les cordes sensibles.
À l'occasion d'une visite dans son usine tunisienne en grève, Fares (Sami Bouajila) emmène son épouse, Meriem (Najla Ben Abdallah), et leur fils, Aziz (Youssef Khemiri), hors de France. Un retour joyeux aux racines qui vire au drame lors d'une embuscade tendue par des islamistes. Victime d'une balle perdue, Aziz s'effondre. Son diagnostic vital est engagé. Pour le sauver, une greffe du foie s'impose. Mais la mère ne possède pas le même groupe sanguin et tout le monde découvre, stupéfait, que Fares n'est pas le père biologique.
Pour Meriem, la seule solution consiste à retrouver le "vrai" père. Pour Fares, qui en veut à mort à son épouse mais n'entend pas abandonner son fils, l'argent pourrait peut-être lui ouvrir d'autres portes.
Jusqu'où irait-on pour sauver son enfant ? Qu'est-on prêt à accepter pour préserver une vie de rêve qui vient de voler en éclats ? Comment réagirait-on face à un tel drame ? Voilà autant de questions auxquelles le cinéaste nous invite à tenter de répondre en nous impliquant dans son histoire. Pas de grand discours, de belles théories ou de philosophie sur l'existence : ici, le temps est compté et seuls les actes ont de l'importance. Mais encore faut-il poser les bons.
Psychologiquement, difficile de rester de marbre devant une situation décrite avec tant de simplicité et d'humanité. C'est toute la force de ce film interpellant et captivant malgré sa lenteur et son absence d'action. Une belle découverte.
Losers Revolution
Une comédie délirante sur la téléréalité et les réseaux sociaux.
Thomas Ancora a joué de malchance avec sa comédie bien déjantée. Sortie en salle le 13 mars, celle-ci quittait les écrans deux jours plus tard, en raison de la fermeture des cinémas. Sans avoir eu l'occasion de toucher le public. Et pourtant ce délire potache, politiquement incorrect, montre joyeusement que le cinéma belge ne se cantonne pas aux films sociaux.
En guise de dernière volonté, Juan demande à Fred (Baptiste Sornin), Mehdi (Kody) et Simon (Clément Manuel), ses trois amis d'enfance, de le venger en déversant ses cendres sur les ex-élèves qui ont passé leur scolarité à les humilier et à leur faire subir le sévice de la tête dans les toilettes.
Mais, pour parvenir à se glisser dans une réunion d'anciens de l'école, il leur faut un cheval de Troie. Henry (Thomas Ancora), le frère de Simon, qui fut parmi leurs pires tortionnaires, fera l'affaire. Mais encore faut-il le convaincre de les engager dans son show de téléréalité, Les Alphabelgaboys. "Plutôt sucer papa que de t'avoir dans mon émission", rétorque le bellâtre à son frangin, qu'il compare au "troisième frère Hemsworth". La remarque, filmée, fait un tabac sur Internet. Les voilà donc engagés. Mais le plus difficile commence pour les losers.
La musique de l'émission Strip-tease, en accompagnement du portrait des trois copains, donne le ton de cette œuvre complètement déjantée. Du curé pressé d'assister à son feuilleton (Pablo Andres) au notaire pervers (Alex Vizorek), en passant par les commentaires décalés de Cathy Immelen et Élodie de Selys, l'attaque de braqueuses en bikini ou les ordres dictatoriaux de la productrice du show (Tania Garbarski), tout paraît surréaliste. Les bons mots ("Je suis trop beau pour être écolo.") succèdent aux séquences trash ("Fuck les dauphins !") et aux remarques grinçantes ("Tu me prends pour une paysanne de Charleroi ?" ou "Même l'anniversaire du chien du prince Laurent est plus excitant que ça.").
La mise en scène n'est pas toujours maîtrisée, cela part un peu dans tous les sens, mais cette réflexion aigre-douce sur les stars, la téléréalité ou les réseaux sociaux se révèle au final assez jubilatoire.
De Gaulle
Ce premier biopic qui lui est consacré manque de souffle épique.
Avant de tourner le tout premier biopic consacré au général de Gaulle, Gabriel Le Bomin aurait été inspiré de visionner le Churchill de Jonathan Teplitzky. Le cinéaste australien était parvenu à tracer un portrait fascinant et captivant d'un Premier ministre atypique, bourru, hautain, sûr de lui, dont les convictions ont changé le cours de l'Histoire. Le réalisateur français mélange tout autant vie privée et prises de décisions capitales, mais sans jamais parvenir à insuffler un rythme, une dynamique, une vraie dimension humaine. Un peu comme s'il n'avait pas su choisir entre le documentaire et la fiction, entre les faits et la personnalité.
Son parti pris de départ était pourtant intéressant : montrer l'évolution du colonel de Gaulle à l'homme qui incarne la France à Londres en un mois à peine, de mai à juin 1940. Convaincu que l'Allemagne ne s'impose qu'en raison de "sa supériorité mécanique" (avions, tanks), Charles de Gaulle veut poursuivre la lutte grâce à l'apport des colonies françaises. Point de vue que ne partage pas du tout le maréchal Pétain.
Tiraillé entre son sens du devoir et sa famille, qu'il doit abandonner, il opte finalement pour ses convictions. Un choix qui permettra à la France de figurer dans le camp des vainqueurs, en 1945.
Malgré la prestance de Lambert Wilson, on ne ressent pas ses tiraillements intérieurs, le déchirement que constitue le fait de tourner le dos à sa hiérarchie et de laisser ses proches sur place. Tout est trop simple, superficiel. À aucun moment on n'a l'impression de transpercer la carapace du général, de ressentir la force donnée par sa femme ou ses enfants, d'en apprendre plus sur l'homme. Tout est plat, quasi documentaire, sans saveur, ni souffle épique. L'étincelle ne vient jamais. Même sa verve semble manquer à l'appel.
Ce portrait beaucoup trop classique et lisse se suit sans passion. De Gaulle méritait mieux.