La communauté LGBT reste peu représentée au cinéma
Les personnages transgenres sont, eux, complètement absents des grosses productions.
- Publié le 22-07-2020 à 15h54

Sur les 118 plus grands films américains de l'année 2019, 22 d'entre eux contiennent des personnages issus de la communauté LGBTQ+. Un chiffre encourageant et en augmentation par rapport aux données de l'année précédente. Il s'agit même du plus haut taux de représentation jamais atteint, comme le fait remarquer l'association Glaad, attentive aux attaques et discriminations des personnes LGBT dans les médias.
Celle-ci a donc analysé la quantité, la qualité et la diversité des personnages lesbiens, gays, bisexuels, transgenres et queer dans les films diffusés par huit majors du cinéma, de Paramount à Warner Bros. en passant par Walt Disney. L'objectif étant d'établir un état des lieux sur l'intégration de ces différentes identités. Si un record a été atteint en termes de chiffres, il reste encore beaucoup de travail à faire concernant la qualité de ces représentations.
Beaucoup de personnages restent encore uniquement définis par leur genre ou leur orientation sexuelle et sont encore très secondaires. Ils n'apparaissent également que très peu de temps à l'écran, seulement neuf films leur accordent plus de 10 minutes. Plus de la moitié n'a que trois minutes de présence dans les longs-métrages. Parmi les bonnes mentions, on retrouve le film Rocketman où Taron Egerton interprète Elton John, Douleur et gloire de Pedro Almodovar avec Antonio Banderas et Booksmart avec Kaitlyn Dever dans le rôle d'Amy. Du côté des mauvais élèves, on compte notamment les blockbusters Avengers : Endgame, Star Wars : The Rise of Skywalker ou encore J ohn Wick Parabellum.
Le rapport alerte sur l'absence totale des personnages transgenres pour la troisième année consécutive dans les grosses productions. La question concernant les acteurs qui jouent ce type de rôle est aussi remise sur le devant de la scène ces derniers jours. Après avoir annoncé qu'elle allait endosser le rôle d'un homme transgenre dans un prochain film, Halle Berry a dû affronter un flot de critiques. L'actrice est finalement revenue sur sa décision et s'est excusée d'avoir considéré ce rôle. "La communauté transgenre devrait incontestablement avoir la possibilité de raconter ses propres histoires" , écrit-elle sur Twitter.
"Le cinéma a le pouvoir d'éduquer, d'éclairer et de divertir le public du monde entier et, dans le climat politique et culturel qui divise aujourd'hui, nous devons donner la priorité à raconter des histoires LGBTQ et les histoires de toutes les personnes marginalisées", déclare Sarah Kate Ellis, présidente et directrice de GLAAD. Elle précise également que l'industrie a encore "un long chemin à parcourir en termes de représentation juste et précise de la communauté LGBTQ". Elle ajoute que si les studios de cinéma veulent rester pertinents pour le public d'aujourd'hui, ils doivent "inverser le cours de la représentation décroissant des femmes et des personnes de couleur LGBTQ, ainsi que l'absence totale de personnages transgenres".
Vera, dans Scooby-Doo, aurait dû être lesbienne
C'est James Gunn lui-même, scénariste de Scooby-Doo, qui l'a affirmé dans un tweet : Vera (Velma, dans sa version française), l'intello à lunettes et pull orange, aurait dû être lesbienne. " J'ai essayé ! En 2001, Velma était clairement lesbienne dans mon script initial", répond-il à une question posée par une internaute. Il affirme même que les scènes ont, dans un premier temps, été modifiées durant le tournage pour, ensuite, disparaître tout simplement au montage. Et Vera de devenir hétérosexuelle dans le film qui a suivi, en 2004. "On a toujours imaginé Velma un peu gauche lorsqu'elle sortait avec Sammy, car cette relation n'est pas bonne pour elle et elle avait du mal à exprimer pourquoi", ajoute quant à lui Tony Cervone, coproducteur de la série Scooby-Doo, Mystères associés. Les studios Warner, qui ont produit les deux films, ont préféré ne pas prendre le "risque" de voir Vera et Daphné s'embrasser, comme cela aurait dû se faire…
Un documentaire Netflix pour mieux comprendre les obstacles rencontrés par les acteurs transgenres
Sorti récemment sur la plateforme de streaming, le documentaire Disclosure revient sur la place des personnes transgenres dans les sphères médiatiques et artistiques américaines. Si plus de visibilité leur est aujourd'hui accordée, celle-ci reste encore très minime. Produit par Laverne Cox, la formidable actrice transgenre de la série Orange Is The New Black, et réalisé par Sam Feder, le film d'1 h 40 nous plonge dans les relations complexes entre Hollywood et la communauté transgenre. Le fil de l'histoire est remonté à l'aide d'extraits de films anciens et récents, ainsi que des témoignages poignants de personnes qui se sont longtemps senties exclues. Celles-ci évoquent leur transidentité, dénoncent les stéréotypes associés et l'invisibilisation de leur communauté. L'objectif de la réalisation du long-métrage était également d'en faire un projet inclusif, de nombreuses personnes transgenres ont été embauchées pour travailler dessus.
