Andrew Garfield, le Spiderman qui fuit la célébrité: "Je me revois me planquer dans les toilettes, juste pour m'asseoir et pleurer"
En 2012 et 2014, il a incarné l'homme-araignée dans la saga signée Marvel et les studios Sony. Il apparaît aussi dans Spiderman : no way home, en 2021.
- Publié le 10-04-2022 à 14h08
- Mis à jour le 10-04-2022 à 14h09

Au fil des ans, il est devenu l'une des valeurs sûres d'Hollywood. Un acteur versatile sur lequel on peut compter. L'ex-Spiderman a eu pourtant du mal à tisser sa toile dans ce trompe-l'œil que l'on appelle Hollywood. Mais sa pugnacité et son indéniable talent ont permis à Andrew Garfield de se faire une place au soleil.
Les derniers Spiderman avec Tom Holland ont rapporté des centaines de millions de dollars aux quatre coins du monde. Vous avez déclaré récemment que si vous aviez, jadis, incarné Peter Parker, c'est parce que vous étiez fauché ?
"C'est vrai. J'avais 24 ans, j'étais un acteur qui galérait, je ne voulais plus revivre cette époque où, quand j'avais 17-18 ans, je tournais en Espagne une pub pour la marque Doritos (Les Doritos sont des triangles de maïs frits et aromatisés, NdlR). En ce temps-là, je pensais sincèrement que j'étais au sommet de ma carrière, il faut croire que je me suis trompé. Par la suite, j'ai fait des trucs que j'aime mais ça ne me rapportait pas un kopeck. Lorsqu'on m'a proposé de jouer Spidey, j'ai dû probablement signer sans lire le scénario tant j'étais dans le pétrin. Ce rôle, il me fallait. Le premier costume d'Halloween que ma mère m'avait confectionné quand j'avais trois ans, c'était le costume de ce super-héros, c'était comme un signe pour moi. J'ai accepté le job à un moment où je me cherchais encore. Et puis, très vite, j'ai compris que je n'étais pas fait pour être exposé dans les réseaux sociaux, les selfies avec les gens qui me demandaient invariablement de poser façon Spiderman."
C'était à ce point…
"J'avais l'impression d'être en voyage sous acide quand, sur le set, je devais me battre contre des monstres et des fous virtuels. Je sentais également que cela commençait à affecter ma créativité. Je voulais enfin que soit bien délimitée cette frontière entre ma vie professionnelle et ma vie privée. Ne plus sourire quand je n'en avais pas envie, ne plus en être en représentation permanente. Je voulais aussi approfondir la mythologie du personnage que j'aimais sincèrement depuis mon enfance. J'avais proposé de jouer un Peter Parker plus dans le questionnement, mais il y avait beaucoup d'argent à gagner pour le studio qui voulait un film différent de celui que j'avais en tête. Le montage final ne reflétait vraiment pas mon travail. J'avais nourri un véritable espoir que les jeunes puissent se reconnaître dans cette franchise et ne pas y voir juste un produit commercial. J'ai dû beaucoup me battre pour ma liberté durant la production de ces films, cela m'a souvent apporté des ennuis car je disais parfois des choses que je n'aurais pas dû dire. Un acteur, par définition, par essence même, ça donne beaucoup. J'étais arrivé à un moment de ma carrière où j'avais peut-être trop donné de ma personne. Après Spiderman, je me suis fixé des limites. Autant je n'ai aucun problème pour parler de mon travail, de ma carrière, autant je me bats pour rester un gars ordinaire. Dans ma vie perso, je revendique le droit de merder, de foirer ce que j'entreprends, de me tromper, d'être stupide, etc. Bref, j'ai le droit d'être humain, tout simplement."
À part la pub pour les Doritos, comment avez-vous gagné votre vie pendant la période vache maigre ?
"J'ai travaillé dans un supermarché dans la banlieue peu glamour de Londres. J'ai aussi bossé en tant qu'assistant d'un professeur de… cricket ! Et j'ai été serveur chez Starbucks. Je garde un très mauvais souvenir de cette époque où, pour remplir le frigo, j'étais télévendeur dans une boîte de marketing. C'était l'enfer parce que c'était aussi au moment où je venais de rompre avec mon premier amour. Je me revois me planquer dans les chiottes, juste pour m'asseoir et pleurer."
Dans la vraie vie, vous est-il déjà arrivé de faire preuve d'héroïsme ?
"Comme tout le monde, j'ai dû sauver quelques chiots et chatons de la noyade. (rires)"
Vous avez déclaré un jour que vous étiez toujours tiraillé entre deux pays, deux patries, deux mentalités différentes. C'est-à-dire ?
"Je suis né à Los Angeles, d'un père américain et d'une mère anglaise. Quand j'avais deux ans et demi ma mère à dit à mon père : 'Je n'en peux plus de Marina del Rey. J'ai pris la décision de revenir à la maison", sous-entendu, au Royaume-Uni. Puis, elle a précisé à mon père : 'Soit tu viens avec nous, soit sans nous. Je veux pouvoir élever nos garçons près de leurs grands-parents'. J'ai donc été élevé en Grande-Bretagne par mes parents. Quand j'atterris, à Los Angeles, je suis tout de suite infecté par ce virus qui consiste à parler de box-office et à lire les revues spécialisées qui parlent des films qui ont rapporté le plus d'argent dans la semaine et ceux qui sont en production. Je suis en mode 'business'. Mais Hollywood est un endroit bizarre pour moi. Je me sens souvent comme un poisson hors de l'eau dans cette industrie. Je me sens comme un étranger et j'aime ça. Je n'aime pas me sentir au centre des choses, être le point de convergence et de toutes les attentions. Je rejette l'idée d'être une célébrité car ce n'est pas ce je suis et ce n'est pas quelque chose que j'ai recherché. Quand je suis dans ma magnifique maison de Californie, je ne peux pas m'empêcher non plus de me dire que je suis un sacré chanceux, moi, qui ait été conçu dans un Holiday Inn de New York (rires).""
C'est votre papa qui vous a transmis l'amour du cinéma ?
"Mon père est cinéphile, il l'a toujours été. Il aime toutes sortes de films, y compris ceux avec Steven Seagal. J'ai été initié à un large éventail de cultures. Ma mère était, en revanche, anglaise à 100 %. Elle était issue de classe ouvrière et était plutôt versée dans la musique, la poésie, la nature et l'art. Quand j'avais 12 ans, mon père a fait faillite et du coup, nous passions plus de temps à la maison à regarder des films. On se réfugiait un peu dans cet univers-là. Cette faillite, ce fut la meilleure chose qui pouvait arriver à notre famille et à mon père. Il a compris que toutes les personnes qu'il aimait étaient toujours là pour le soutenir : sa femme, ses enfants, ses amis. Il s'est agenouillé, totalement humilié, puis il s'est ressaisi. Il a compris qu'il fallait arrêter de vivre dans l'illusion. Il a fini par se reconvertir en devenant entraîneur de natation dans un club local. Cette épreuve a été l'une des plus importantes leçons de ma vie. J'ai découvert que ce qui était essentiel, c'est de se concentrer sur ce qui en vaut vraiment la peine. Et la famille fait partie de ces priorités !"
Comme une grande majorité des Britanniques, buvez-vous des pintes de bière en regardant des matches de football de la League Cup dans des pubs bondés ou sortez-vous du lot ?
"Je ne soutiens aucune équipe de football comme je ne soutiens aucune équipe de basket aux États-Unis. Cela ne m'empêche pas d'aimer le sport. Quant à la bière, ce n'est pas mon truc. Quand je suis en Angleterre, je me sens terriblement seul. Tout le monde pense en effet que je suis un extraterrestre parce que je ne bois pas de bière et que je ne regarde aucun match de foot ou de rugby…"
Vous êtes donc plus proche du sportif sur canapé que celui qui se dépense vraiment ! Étonnant pour quelqu'un qui a souvent été très… physique dans ses rôles…
"Pas du tout, j'ai toujours été un sportif mais je n'ai pas persévéré comme je le voulais. Car, même si j'avais des ambitions d'athlète, tout est tombé à l'eau. J'ai connu un retard de croissance à un moment. Tous mes potes continuaient de grandir, pas moi. En prime, j'ai été blessé trois fois en jouant au rugby, au niveau de la toise. J'étais un peu coincé jusqu'à ce Dame nature s'intéresse de nouveau à moi et me redonne un petit coup de fouet. Soudainement, j'ai connu une énorme poussée de croissance et j'ai rattrapé mon 'handicap'."
J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas quelqu'un qui aime les sorties mondaines…
"Je déteste les mondanités. Les Premières, je m'y rends uniquement si je n'ai pas d'autre choix. Les galas de charité, il faut vraiment que la cause défendue soit bonne. Il y a des acteurs et des actrices qui, comme les lucioles, se trouvent attirées par les sunlights et les caméras, moi, c'est l'effet inverse. Je déteste m'exposer et encore plus me surexposer."
On a l'impression que, à un moment de votre vie, vous avez mis votre carrière un peu entre parenthèses ?
"J'ai compris à partir de 2018 que ne pas travailler, ne pas tourner, cela n'avait rien de honteux. Il y a eu effectivement un moment où j'ai eu envie de faire une pause, rénover ma maison à Londres, apprendre à façonner le bois, transformer le sous-sol en chambre zen hyper-minimaliste. Quand j'ai perdu ma mère (en 2019, d'un cancer du pancréas, NdlR.), j'ai voulu faire du tri dans ma tête, apprécier les choses autrement, réorganiser et réécrire ma vie. Mais quand j'y songe, ce désir de 'réinitialisatio'me titillait depuis 2013. Je venais juste de tourner mon deuxième Spiderman lorsque je me suis rendu compte que j'avais atteint un point de rupture. Tout était excessif : l'argent, la renommée, l'attention. Il était évident que je me devais d'avoir urgemment les pieds bien ancrés au sol. Je me revois louer une voiture et conduire sur une route au milieu de désert. Il n'y avait plus de connexion avec le téléphone mais cela ne m'a pas empêché de trouver mon chemin. Pendant six mois, j'ai décidé de participer une sorte de boot-camp avec 90 mecs, des purs et durs qui se foutaient complètement de ma célébrité. Cela à donné un sens à ma vie. J'ai finalement compris qu'avoir une démarche spirituelle l'emportait sur tout. La mort de ma maman n'a fait que révéler cette conviction. J'ai, depuis, une conscience aiguë de la nature éphémère des choses."