Les Magritte ont perdu 91 % d'audience et les salles de cinéma 25 % de spectateurs en six ans à peine
Après avoir fait la fête, le 7e art noir-jaune-rouge se réveille avec la gueule de bois.

- Publié le 25-02-2025 à 10h12

Après avoir fait la fête samedi soir, le cinéma belge se réveille avec la gueule de bois. La cérémonie des Magritte, pourtant menée de main de maîtresse par Charline Vanhoenacker, a connu un nouveau record de désamour ce week-end. À peine 15 220 personnes se sont branchées sur Auvio pour assister au triomphe de La nuit se traîne. Un résultat encore pire que les 19 480 téléspectateurs de l'an dernier. Or ce score catastrophique avait poussé la RTBF à abandonner la retransmission télévisée sur une de ses trois chaînes pour une diffusion uniquement sur l'Internet, sous l'étrange prétexte d'une adaptation aux évolutions technologiques et au goût du public. On voit ce que cela a donné…
La tendance est claire : la fête du cinéma belge n'intéresse à peu près plus personne en dehors des professionnels du secteur. En 2023, elle avait légèrement fait illusion en attirant 43 817 téléspectateurs, soit une augmentation par rapport à 2022 (26 880 personnes). Mais on restait très loin des 140 112 amoureux du cinéma de 2020 et encore plus des 169 363 de 2019 (en direct à la télévision…). En six ans à peine, l'audience a donc fondu de 91 %. Évoquer une catastrophe tiendrait tout simplement de l'euphémisme.
Les doutes de la Fondation Magritte
Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, la RTBF annonce que "l'exécuteur testamentaire de René Magritte ne voudrait plus associer le nom du célèbre peintre à cette manifestation." Les prises de position politiques affichées par de nombreux participants à l'encontre du gouvernement et plus spécialement du MR auraient profondément déplu à la Fondation Magritte. Même si ce n'est qu'au "stade de la réflexion", un retrait de sa part porterait un sacré coup à la fête du cinéma belge. Pour ne rien arranger, Patrick Quinet a présenté sa démission de la présidence de l'Académie Delvaux, en charge de l'organisation, et aucun candidat à sa succession ne se serait manifesté pour l'instant.
Cela sent tout doucement le sapin pour cette cérémonie. Et cela pourrait se révéler bénéfique, si elle décidait de quitter sa forme actuelle (un copier-coller des César/Oscars) pour se transformer en vraie célébration de notre cinéma, sans cet esprit de compétition dépourvu de sens dans le milieu artistique.
La fréquentation des salles en chute libre
Comme si cela ne suffisait pas, le petit monde du 7e art noir-jaune-rouge a pu reprendre une double dose d'aspirine et d'antidépresseurs en découvrant les chiffres d'audience globaux dans les salles en 2024. Tout le monde s'attendait à une nouvelle hausse, grâce au retour des blockbusters américains (pas des films belges : les deux œuvres les plus "Magrittées", à savoir La nuit se traîne et Il pleut dans la maison, ont attiré respectivement 38 745 et 7 816 cinéphiles), mais l'an dernier, selon les estimations de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, 14,9 millions de tickets de cinéma ont été vendus chez nous. Soit une baisse de plus de 10 % par rapport aux 16,7 millions de 2023.
Plus inquiétant encore, par rapport à 2019, un cinéphile sur quatre ne se rend plus dans les multiplexes et autres cinémas de quartier. À l'époque, 19,8 millions de Belges se goinfraient de pellicules. La pandémie de covid-19 est passée par là, tout comme l'avènement des plateformes de streaming. En dépit des grandes soirées glamour à venir, dont les audiences posent elles aussi question (les César et les Oscars, c'est pour vendredi et lundi), l'ambiance n'est vraiment plus à la fête pour le cinéma.