Sorties cinéma : un film social primé à Cannes signé par les frères Dardenne ou une comédie française originale, faites votre choix
"Jeunes mères" a reçu le prix du scénario à Cannes, "Le répondeur" devrait, lui, distraire les amateurs de comédies bien écrites.

- Publié le 03-06-2025 à 13h12
- Mis à jour le 03-06-2025 à 13h21

Pas d'inquiétude à avoir au box-office pour Lilo & Stitch ou Mission : Impossible – The Final Reckoning. Les sorties ciné de la semaine s'adressent avant tout aux cinéphiles en manque de drames sociaux et aux amateurs de comédies françaises.
"Jeunes mères" : un film choral misérabiliste des frères Dardenne qui ne prend ni aux tripes ni au cœur
Avec Luc et Jean-Pierre Dardenne, on sait exactement ce qu'on va voir : du cinéma social, destiné à faire réfléchir sur le monde et ses injustices, sans la moindre concession au divertissement. Sans surprise, Jeunes mères ne déroge pas à la règle. Les frères liégeois suivent au plus près cinq adolescentes en détresse, désespérément seules, qui ne peuvent compter que sur le personnel d'une maison de maternité pour les aider à s'occuper de leur nouveau-né. Les (jeunes) pères, plus préoccupés à jouer avec les copains ou à ne pas gâcher leur avenir avec un bébé dont ils ne veulent pas, brillent quasiment toujours par leur absence. Tout comme les familles. Et lorsqu'une grand-mère se montre disponible, elle traîne un lourd passif d'alcoolisme et de violence conjugale derrière elle.
Un miroir brisé
Fidèles à eux-mêmes, les Dardenne appuient là où ça fait mal, en mettant en lumière des situations qu'on préfère ignorer. Mais au lieu de s'attarder sur le travail extraordinaire réalisé par les assistantes maternelles et leur dévouement inouï, ils diluent le propos avec cinq portraits un peu trop superficiels, cinq tranches de vie misérabilistes qui, mises ensemble, ne forment pas une histoire, mais un miroir brisé d'une petite partie notre société. Plutôt étonnant pour un film couronné du prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes.
Au lieu d'enrichir les descriptions et les situations par de la diversité, les récits se recoupent sans cesse, utilisent les mêmes ressorts relatifs à la pauvreté, la solitude et le désespoir. Toutes les jeunes filles, en décrochage scolaire, se retrouvent livrées à elles-mêmes, quasiment personne dans leur entourage ne travaille et elles semblent toutes issues du même milieu. Dans ce contexte déprimant, les trop rares bouffées d'optimisme parviennent à sonner faux. À part la scène d'ouverture, quasiment rien ne vient contrebalancer les cris de rage, les situations dramatiques, les dialogues déprimants ou ce sentiment de tourner en rond.
Pas le temps de s'attacher
En tentant l'expérience du film choral, les frères Dardenne passent à côté de ce qui faisait leur force, cette capacité de susciter l'empathie, ces émotions qui vous sautent à la gorge, ces mille et une nuances de personnalités confrontées au pire de l'humanité. Ici, on n'a pas vraiment le temps de s'attacher tant les évocations, succinctes, manquent de cet élément essentiel : l'universalité. Ces cas particuliers, très proches les uns des autres, ne suscitent aucun questionnement sur notre monde, ses valeurs, les changements qu'il faudrait opérer. On voit cinq jeunes filles se débattre et l'aide qu'elles reçoivent des institutions, mais ça ne va pas plus loin.
À la fin du film, un sentiment l'emporte : le regret de ne pas avoir vu un documentaire sur le même thème, plus touchant et interpellant. Plus authentique, tout simplement. Ce sujet-là méritait mieux.
"Le répondeur" : une comédie pleine de fraîcheur, la bonne surprise de la semaine
Elles sont plutôt rares les comédies françaises originales, basées sur une situation incongrue et des dialogues bien écrits plutôt que sur la franchouillardise de quelques balourds en manque de neurones. Heureusement, Le répondeur entre dans la première catégorie.
Romancier à succès, Pierre Chozène (Denis Podalydès) est confronté à un problème que nous connaissons pour la plupart : son smartphone n'arrête pas de sonner. Au point de l'empêcher d'écrire l'autobiographie dont il rêve. Il suffirait d'éteindre l'appareil, évidemment, mais c'est plus fort que lui, il ne peut pas s'empêcher de consulter au moindre message. Alors, une solution radicale s'impose à lui : faire appel à un jeune imitateur doté d'un solide sens de l'humour, Baptiste Mendy (Salif Cissé), pour tenir son rôle au téléphone et improviser des réponses sans le tenir au courant. Un pari à hauts risques, aux répercussions inattendues sur l'entourage de l'écrivain.
Après Une place sur Terre et Nos vies formidables, Fabienne Godet surprend à nouveau par son mélange d'humour et d'humanité, la finesse de ses dialogues et sa façon de déjouer les clichés sur le monde artistique. Ce job, Baptiste n'en rêve pas. Ne pas se prendre les pieds dans le tapis de ses mensonges relève de l'exercice de haut vol. Mais il faut bien gagner sa vie. Quant à Pierre Chozène, la liberté que lui procure l'absence des réseaux sociaux lui donne des ailes. Plus dans le domaine privé que sur le plan littéraire.
Sur cette trame se greffent des histoires d'amour et d'amitié, des choix artistiques ou de vie, des réflexions pleines de bon sens sur notre mode de vie. C'est joli, touchant, amusant, frais ; une bonne surprise.