"La venue de l'avenir" : le retour vers le futur tendre et profondément humain de Cédric Klapisch
Avec ce film, le cinéaste de 63 ans livre une synthèse remarquable de son œuvre.

- Publié le 18-06-2025 à 12h21

Depuis 33 ans, Cédric Klapisch explore ses thèmes de prédilection : la famille, les liens sociaux indéfectibles et le temps qui passe. Trois fils conducteurs qu'il noue ensemble avec un film en forme de résumé de son œuvre, La venue de l'avenir. Dans une petite ville de Normandie, un notaire a réuni une trentaine de personnes. Toutes descendantes d'une certaine Adèle (Suzanne Lindon), qui a quitté sa région natale en 1895 pour retrouver à Paris la mère qu'elle n'a jamais connue. Pour raser sa maison abandonnée depuis une éternité, la commune a besoin de l'accord de tous les héritiers. Ceux-ci vont donc mandater quatre d'entre eux pour vider les lieux et découvrir les trésors familiaux qu'elle pourrait contenir.
Comme souvent avec le réalisateur de L'auberge espagnole, la mise en place s'effectue en douceur, avec la découverte des quatre représentants : une dirigeante speedée (Julia Piaton), un réalisateur de clips inventif (Abraham Wapler), un écolo bobo (Vincent Macaigne) et un prof de français (Zinedine Soualem). Quatre personnalités très différentes, bien décidées, pour la plupart, à expédier l'affaire rapidement pour retourner à leur vie habituelle. Mais la demeure regorge de surprises. De quoi leur donner envie d'en savoir plus sur leur aïeule, dont l'existence paraît plus mouvementée et mystérieuse qu'il ne l'avait imaginé. Car en route vers la capitale, Adèle a fait la connaissance d'un peintre et d'un photographe. Qui vont l'amener à découvrir le côté artistique de Paris, entre autres.
Un film impressionniste
La venue de l'avenir fait presque figure de film testament pour le cinéaste de 63 ans. Il y dévoile en effet sa passion pour l'impressionnisme, dont il a plus d'une fois appliqué les techniques au cinéma. Ses films, et celui-ci tout particulièrement, se découvrent par petites touches de couleur, avec luminosité et légèreté. Rien n'est jamais dévoilé d'un trait, il faut prendre le temps d'observer, de s'immerger dans l'image pour dénicher les mille et une nuances qu'elle renferme.

Son œuvre ne se contente pas de rendre hommage à ses modèles, le peintre Monet et le photographe Nadar, elle explore aussi un regard amusé les effets du temps. Les ancêtres sont en effet incarnés par des comédiens plus jeunes que leurs descendants ! Un choix un peu déroutant dans un premier temps, mais finalement plein de saveur. D'autant que la liberté n'est pas nécessairement associée à l'époque à laquelle on penserait.
Les époques se répondent l'une à l'autre
Tournée sur un tempo assez lent, cette comédie dramatique de 2 h 06 se savoure tranquillement, sans prise de tête, au gré des époques, chacune répondant à l'autre à sa manière. C'est subtil, tendre, plein d'humanité, révélateur des écarts qui ont toujours existé entre les aspirations profondes et les arrangements avec la réalité. Les cinéphiles patients ne regretteront pas ces deux heures de douce mélancolie.