Toni Servillo touché par "La grazia"
Primé à la Mostra de Venise, l'acteur offre à son complice Paolo Sorrentino une de ses plus belles prestations. À l'affiche d'un grand film politique sur l'Italie dans la lignée de "La Grande bellezza". À voir dès ce mercredi en salles.
- Publié le 28-01-2026 à 15h59

Pour la huitième fois depuis L'Homme en plus, son premier film en 2001, Paolo Sorrentino retrouve son acteur fétiche Toni Servillo, à qui il offre dans La Grazia un grand rôle à la démesure de son immense talent, celui de Mariano De Santis, président de la République d'Italie.
Son film, Sorrentino l'ouvre sur l'article 87 de la Constitution italienne, qui liste les prérogatives du chef de l'État, garant de l'unité du pays, même s'il exerce le pouvoir dans l'ombre du président du conseil. Installé depuis sept ans au Palais du Quirinal, De Santis entre dans les six derniers mois de son mandat. Il ne peut plus dissoudre le parlement, ni déclarer de guerre. Mais il peut toujours accorder des grâces et signer les lois.
Fidèle collaboratrice et aussi grande juriste que lui, sa fille Dorothea (Anna Ferzetti) le presse de signer la loi sur la légalisation de l'euthanasie, ainsi que d'accorder son pardon à une femme condamnée pour le meurtre de son mari violent et à un homme qui a mis fin aux souffrances de sa femme, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mais l'illustre représentant de la Démocratie chrétienne, que l'on surnomme dans son dos "Béton armé", hésite, repousse sans cesse, refusant de prendre de telles décisions à la hâte…
Retour à Rome
Retrouvant Rome après deux films dans sa ville natale de Naples (le décevant Parthenope et le magnifique La main de Dieu), Sorrentino revient ici à la profondeur qui caractérisait La grande Bellezza en 2013.
Créateur d'images fortes, le cinéaste dresse, à travers le portrait de ce vieil homme en quête de vérité inconsolable de la mort de sa femme, celui de son pays. De Rome à Turin, en passant par Milan ou le Vatican (avec un pape noir à dreadlocks), Sorrentino interroge l'état de l'Italie, enfermée dans sa riche Histoire et ses traditions, peinant à s'ouvrir à l'avenir.
Ne faisant aucun écho direct à la politique contemporaine, La grazia n'est pas un film directement politique. C'est l'œuvre d'un cinéaste sans cesse en quête de légèreté pour aborder des sujets profonds et graves. Ce que ne parvient jamais à faire son protagoniste.

Un immense acteur
Ce n'est pas la première fois que Sorrentino confie le rôle d'un politicien à Servillo — il campait un autre monument de la Démocratie chrétienne, Giulio Andreotti, dans Il divo en 2008 et Berlusconi dans Silvio et les autres en 2018. Mais la tonalité est tout autre ici. Les questions sont plus universelles, plus intérieures.
Au sommet de son talent, le comédien napolitain de 66 ans est à nouveau impérial. Il excelle autant dans le registre comique — on peut le voir rapper une chanson du rappeur italien Guè — que dramatique. Quand, en un seul regard face caméra, il fait passer toute la détresse et la solitude existentielle de son personnage.
Mis en scène avec un talent insolent, multipliant les scènes visuellement époustouflantes, reposant sur des dialogues merveilleusement écrits, incarnés par une galerie d'acteurs impeccable, La grazia est un film touché par la grâce.


La Grazia
Fable italienne Scénario et réalisation Paolo Sorrentino Photographie Daria D'Antonio Montage Cristiano Travaglioli Avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano… Durée 2h13