Sorties ciné de la semaine: une chasse au trésor littéraire avec Fabrice Luchini et Camille Cottin
Le mystère Henri Pick : Fabrice Luchini et Camille Cottin enquêtent sur un best-seller écrit par un pizzaïolo décédé.
- Publié le 05-03-2019 à 18h20
- Mis à jour le 05-03-2019 à 18h39

Le mystère Henri Pick : Fabrice Luchini et Camille Cottin enquêtent sur un best-seller écrit par un pizzaïolo décédé. Le destin se révèle souvent facétieux. Et parfois cruel. Alors que Frédéric Koska pleure en Bretagne l'échec commercial de son premier roman, La Baignoire, sa compagne, jeune éditrice, découvre miraculeusement un petit chef-d'œuvre dans une improbable bibliothèque des livres refusés. En soi, c'est déjà incroyable. Mais le plus fabuleux reste à venir. À savoir l'identité de l'auteur, Henri Pick. Entre deux services de plats italiens, dans un bureau minuscule, le pizzaïolo que son épouse considérait incapable d'écrire autre chose qu'une liste de courses avec des fautes d'orthographe a tapé dans un style brillant Les Dernières Heures d'une histoire d'amour. Sans que qui que ce soit ne s'en rende compte.
La presse fait ses choux gras de cette histoire extraordinaire, les ventes explosent pour dépasser rapidement les 400 000 exemplaires, l'enthousiasme s'empare de la France entière. Seul Jean-Michel Rouche, critique littéraire snobinard, pompeux, aigri et méprisant, y reste insensible. Qu'un pizzaïolo de province puisse pondre une telle œuvre dépasse son entendement. Pour lui, le doute n'est pas permis, c'est une supercherie. Et il entend le démontrer, malgré toutes les évidences. Et avec l'aide de la fille d'Henri Pick, encore bien. Car si elle n'aime pas cet homme prétentieux, elle veut avoir la certitude que les pages magnifiques sont bien de la main de son père.
En adaptant le best-seller de David Foenkinos, Rémi Bezançon s'est offert la Rolls Royce des comédiens pour incarner avec une saveur inégalée la caricature même des critiques littéraires parisiens : Fabrice Luchini. Dans sa bouche, la moindre remarque, la plus petite pointe de démonstration "rationnelle" de ses théories se transforme en dézingage en règle de tous ceux qui ne sont pas de son monde. Un condensé parisianiste de perfidie délicieusement antipathique. Chacun de ses mots semble constituer une insulte au petit peuple incapable d'accéder à sa hauteur de pensée.
Face à lui, Camille Cottin démontre une fois de plus sa capacité à apporter mille et une nuances émotionnelles à un personnage bien plus riche qu'il n'y paraît au début. Joséphine Pick n'a pas demandé toute cette publicité, croit sa mère persuadée que ce roman est le reflet de sa propre vie, ne supporte pas qu'on salisse l'image de son défunt papa. La gloire et l'argent ne l'intéressent pas : elle veut juste savoir pourquoi son père n'a jamais évoqué ce roman ou pourquoi quelqu'un se sert de lui au lieu de publier cette merveille sous son propre nom.
Le duo, tout en contrastes et en retenue, fonctionne à merveille et transforme Le Mystère Henri Pick en une sorte de chasse au trésor dans le monde de l'édition. L'habileté du récit de David Foenkinos fait le reste : c'est avec un plaisir fou qu'on suit l'intrigue à travers ses multiples détours, détails étranges, raisonnements foireux et faux-semblants. Impossible de ne pas se transformer en enquêteur, de ne pas échafauder des théories complotistes ou en faveur du cuisinier, comme lors de la lecture d'un bon vieux roman d'Agatha Christie.
Jusqu'au bout, Le Mystère Henri Pick fait vivre en souriant une montagne russe de conclusions plus abracadabrantes les unes que les autres. Même si, à chaque fois, dans un coin de notre tête, on se rend compte qu'un petit quelque chose cloche.
Bien que dépourvu d'audace formelle, voilà (enfin !) un film français qui va vous faire passer un excellent moment. Un régal, conclu magistralement. Après ça, on n'a plus qu'une envie : se rendre dans une bibliothèque pour déguster un bon bouquin.
Notre avis: Top
On the basis of sex: L'égalité hommes-femmes devant la justice
Dans le domaine des films de procès, les Américains restent les champions incontestés. Et Mimi Leder en apporte une nouvelle démonstration avec On The Basis of Sex (Une femme d'exception en français). Soit l'histoire de Ruth Bader Ginsburg, étudiante brillante à Harvard qui ne trouve aucun boulot digne de ce nom en raison du sexisme ambiant dans les années 50. Se contentant d'un rôle de prof pendant plus d'une décennie, elle se saisit d'un cas hautement symbolique pour attaquer les discriminations, celui d'un père privé d'aide familiale parce que c'est un homme. La force de Mimi Leder, c'est de rendre son héroïne humaine, attachante dans ses colères et son acharnement, puis de susciter un doute quant à l'issue du procès alors qu'on sait tous comment se terminent les divertissements hollywoodiens. C'est efficace, divertissant, drôle, touchant et très révélateur de l'absurdité de certaines règles et du peu d'avancées, finalement, dans le domaine de l'égalité hommes-femmes. À voir.
Notre avis: Bien
Reine d'un été: Gentillet et naïf
Délaissée par sa seule amie, Léa renonce à partir en colonie de vacances cet été. Pour mieux traîner dans le village, discuter avec un vieux musicien excentrique en train de se prélasser dans une baignoire placée à l'extérieur de sa maison, faire du vélo pour aller chercher du lait, observer les autres. Notamment une bande de garçons lancée dans la construction d'un radeau à partir de vieux bidons dérobés assez peu discrètement. Ils ont l'air de bien s'amuser dans toutes leurs activités, y compris l'espionnage d'un pompier au comportement étrange. Faire partie de leur groupe, ce serait chouette. Mais ils n'acceptent pas les filles. À Léa de leur prouver qu'ils ont tort. Cette petite production allemande fort naïve et lente s'adresse avant tout aux plus petits. Eux seuls trouveront du charme aux aventures banales de Léa. Les parents, eux, auront l'impression de regarder une fiction peu inspirée et gentillette tournée voici un demi-siècle. Pas de quoi justifier un ticket de cinéma, donc.
Notre avis: Bof
Celle que vous croyez: Une relation amoureuse virtuelle
La cinquantaine joyeuse mais quelque peu jalouse, Claire (Juliette Binoche) entreprend de découvrir les secrets de son jeune amant en devenant proche, sur les réseaux sociaux, de son meilleur ami. Une tentative vouée à l'échec. Sauf si elle se fait passer pour une top-model de 24 ans. Et ça marche. Ce que n'avait pas envisagé Claire, c'est qu'ils mordraient tous les deux à l'hameçon et prendraient de plus en plus de plaisir dans cette relation virtuellement amoureuse mais mensongère dans la réalité. Pas franchement novateur à la base, le sujet s'enlise rapidement dans la monotonie. Tout y tourne en rond. Safy Nebbou ne trouve pas d'idée de rebondissement crédible ou accrocheuse. Elle compte juste sur la présence, toujours lumineuse, de Juliette Binoche pour sauver un jeu de faux-semblants cousu de fil blanc. Tout y est archiprévisible. Et pas du tout divertissant. Donc ennuyeux. Jusqu'au bout, on attend l'étincelle qui rendrait cela symbolique et interpellant. En vain. C'est juste cliché.
Notre avis: Nul