Saint-Nikody déboule dans vos cheminées: "Un Saint Nicolas black ? Pourquoi pas!"
En se mettant dans la peau du célèbre grand barbu, Saint Ni-Kody casse les codes.
- Publié le 01-12-2018 à 09h30
- Mis à jour le 01-12-2018 à 10h26

En se mettant dans la peau du célèbre grand barbu, Saint Ni-Kody casse les codes. "Je suis habitué à incarner des personnalités qui sont loin de mon apparence physique, constate Kody, habitué des déguisements dans le Grand Cactus de la RTBF, en parlant du grand patron des écoliers. Alors un Saint-Nicolas black, pourquoi pas ? Il y a bien un bourgmestre black (Pierre Kompany, père du Diable Rouge Vincent Kompany, bourgmestre de Ganshoren, NdlR) ! C'est l'évolution et c'est une bonne chose."
Aviez-vous déjà porté le costume du Saint patron ?
"Je n'ai jamais fait Père Fouettard mais une fois Saint Nicolas oui, lorsque j'étais à l'école Cardinal Mercier en rhéto. Ici, c'est ma deuxième fois et à mon avis ma dernière (rire) ! Non mais peut-être que je le referai pour le Grand Cactus ou pour ma fille quand elle sera plus grande. Ça peut être marrant !"
Quels sont vos souvenirs marquants de cette fête ?
"À l'école, dès qu'il y a des cadeaux à prendre, il ne fallait pas leur en demander beaucoup aux enfants ! Je me souviens quand on allait faire les courses avec les parents, on voulait tous aller voir saint Nicolas."
En aviez-vous peur ?
"Oh oui ! À 4, 5 ans, je hurlais. Mes parents voulaient que je fasse une photo sur ses genoux et je hurlais en disant : Non, non ! Et j'allais chez Père Fouettard pensant que c'était un oncle à moi, parce qu'ils avaient pris un noir ! Un vrai noir (sourire) ! La différence est que moi je ne me fais pas de 'white face' pour faire saint Nicolas, contrairement à ceux qui se maquillent en noir pour faire Père Fouettard. J'encourage donc vivement à faire un Père Fouettard blanc, joué par des blancs et un saint Nicolas noir joué par des noirs (sourires) ! Il y avait d'ailleurs une réplique que je disais dans un spectacle avec Jérôme de Warzée où les seuls pères qui font peur aux enfants, ce ne sont pas des pères noirs avec des tatanes mais des pères blancs avec des soutanes (sourire) ."
Que pensez-vous, justement, de cette polémique sur Père Fouettard que l'on veut sortir du folklore ?
"Même si j'ai des origines congolaises, j'ai grandi ici en Belgique, je suis né à Bruxelles. J'ai donc toujours connu Père Fouettard à l'école car il accompagnait saint Nicolas. Mais quand t'es un enfant et que tu vois le mec arriver... tu sens que c'est le méchant. Tu n'as en tout cas pas le sentiment que c'est un gentil. Peut-être qu'il a donc installé un drôle de sentiment, ce sentiment bizarre où tu n'as pas envie de t'identifier au méchant. Tu préfères le gentil avec la grande barbe et qui donne des cadeaux plutôt que celui qui fouette ! Après, cela reste du folklore. Mais ce qui est parfois un peu triste c'est ce phénomène de 'black face' qui s'est installé. Moi je ne me suis jamais senti proche de Père Fouettard. Ni même de saint Nicolas. Un vieux saint qui a une croix et qui aime les enfants ? Ça fait penser à des mauvaises blagues (sourires) !"
Ou cela entraîne certaines personnes à devenir racistes ...
"Oui, c'est triste et bien dommage. Parfois, je deviens même le porte drapeau de certains noirs... mais ça me gêne car cela n'a jamais été mon but. Je désamorce plutôt le truc en disant dans mes spectacles que je n'ai rien contre les racistes. Et je dis même que je les encourage à faire du racisme équitable comme moi. A chaque blague raciste, cinq centimes sont reversés à un producteur d'oignons à Cuba (sourires) !"
Kody était-il un enfant sage ? Quel a été votre meilleur et pire cadeau de Saint-Nicolas ?
"Comme j'étais un enfant souvent malade, j'étais asthmatique, je me suis même brûlé et j'allais donc souvent à l'hôpital. J'ai donc été un enfant très gâté. Mon meilleur cadeau était une voiture électrique et mon pire une flûte… alors que je n'en joue pas du tout (sourire) !"
Jusque quand y avez-vous cru ?
"Ça a disparu rapidement… À force de voir un mec différent, un avec des yeux bleus puis l'autre non, tu as des doutes. Puis tu repères les cadeaux dans le coffre de la voiture de tes parents… tu te dis, tiens?, c'est bizarre. À mon avis, ils collaborent avec saint Nico ! Mais je trouve que quoiqu'il arrive, il est important de perpétuer ce genre de traditions."

Surtout que le déguisement fait aussi partie de l'une de vos traditions d'humoriste...
"Moi, j'ai toujours été fan de ça. Le déguisement en télé, je trouve cela intéressant. Parce que j'aime jouer des personnages et cela me donne l'occasion de jouer la comédie et de ne jamais refaire la même chose. Jusqu'ici, dans mes spectacles, je n'avais pas de personnages. Toutes les imitations que je fais en télé, je les fais une seule fois et c'est fini. Mais je m'amuse à les faire. J'ai toujours été fan du Saturday Night Live aux Etats-Unis et le déguisement fait partie intégrante des particularités de cette émission. Je trouve ça super drôle car on peut partir dans plein de trucs. J'aime varier les choses, je fais donc ça en télé. Mais sur scène, je fais un truc totalement différent, je n'ai pas de déguisement, pas plus qu'en radio. Aujourd'hui, il y a du cinéma qui arrive aussi (voir ci-contre, NdlR) donc je vais peut-être pouvoir encore me déguiser. Mais en étant moi le moins possible. En essayant de canaliser les émotions et avec un jeu plus interiorisé."
Kody, à la conquête de Paris et des USA
"À Paris, les gens me reconnaissent dans la rue grâce à mes personnages dans le Grand Cactus, confesse l'humoriste de 40 ans qui monte et grand ami de l'acteur Daniel Prévost. C'est marrant de voir comment les choses dépassent les frontières." Kody a aussi joué dans le Fashion Freak Show de Jean-Paul Gaultier récemment. "J'y fais une apparition en Karl Lagarfeld !, sourit celui qui aimerait être une fusion des talents de Louis de Funès et d'Eddy Murphy. L'objectif est d'aller attaquer le marché en France. Je travaille d'ailleurs avec un ancien directeur artistique des Guignols, Yves Le Rolland. Je suis arrivé à le faire rire donc… c'est déjà pas mal (sourire) !"
Même s'il vient de tourner sa toute dernière chronique de Max&Vénus (RTBF), Kody n'en oublie pas pour autant son pays natal. "J'ai joué dans un film franco-belge en septembre et qui s'appelle Music Hole. Un film bien déjanté avec Mourade Zeguendi (Les Barons). J'écris aussi un nouveau spectacle (après Kody My Way et A vendre !, NdlR) et je travaille sur une série et un long-métrage."
"Atlanta est le nouvel Hollywood"
"Là, je reviens de trois semaines à Atlanta, confie également le comédien bruxellois. J'y ai tourné un docu fiction pour Arte et qui sera diffusé en septembre. Atlanta étant devenu aujourd'hui l'épicentre du rap, c'est lui qui donne le 'la'en matière de hip-hop dans le monde, le sujet tourne autour de cela. Tous les rappeurs, mêmes belges et français, font des sonorités proches de ce qui se fait là-bas, la 'trap'. Un docu au cœur de cette Mecque de la musique rap donc et un peu fait à la Borat. J'incarne un personnage qui reçoit une mission du Dieu du rap: sauver la musique. Et pour ça, je dois reformer le groupe Outkast. J'interroge donc des passants, des producteurs et rappeurs. J'ai aussi fait la rencontre avec un des membres d'Outkast, Big Boi ou encore de Dominique Wilkins, un grand joueur de NBA avec qui j'ai même joué au basket !"
Lors du tournage de ce docu-fiction, Kody a rencontré une manageuse américaine avec qui il va peut-être travailler tout bientôt. "Sachant qu'Atlanta est le nouvel Hollywood, explique celui qui a tourné là où tous les Marvel se sont réalisés. La ville est plus accessible que Los Angeles ou New York car les gens s'entraident pas mal. Ce film sera donc peut-être une porte ouverte pour aller jouer aux USA ! Depuis toujours, c'est mon rêve. Et ce que j'aime chez eux, c'est qu'ils n'ont aucune limite. Un peu comme moi (sourire) !"
L'objectif de Kody aujourd'hui est donc Paris et puis l'Amérique. "Un jour, un taximan m'a dit que mon métier était un marathon et non pas un sprint. Et que je suis à 500 mètres de l'arrivée. Et je trouve qu'il n'avait pas tout à fait tort. Je sais que je ne suis pas loin d'un truc mais que je ne suis pas encore là où je voudrais être." Son rêve ultime ? "Avoir un César et un Oscar sur mon étagère, conclut Kody, à moitié plaisantin. Un faux et un vrai mais au moins un des deux vrais (sourire) !"

Retrouvez Kody dans le Grand Cactus, ce jeudi soir à 20h15 sur la Deux (jour de la Saint-Nicolas!) ou encore en spectacle un peu partout en Belgique. Infos et réservations via ses pages Facebook, Twitter et Instagram (Kody Kim).