"J'ai reçu des menaces de mort" : Sacha Ferra, l'humoriste belge qui rigole du "seum" et adore tacler nos voisins français (Vidéos)
Sacha Ferra, gagnant de la Scène Déc'ouverte du Festival du Rire de Liège en 2023 où il y présente son spectacle "Plat Pays" ce samedi, fait partie de la nouvelle génération montante de l'humour made in Belgium. Son credo ? Rigoler de son pays et de la guéguerre avec nos amis français.
- Publié le 18-10-2024 à 17h59

"Si je n'étais pas devenu humoriste, j'aurais probablement fait un truc dans la com', que je n'aurais pas eu envie de faire mais que je me serais forcé pour gagner ma vie", confesse le Bruxellois de 24 ans qui a fait l'Ihecs pendant trois ans avant d'arrêter pour se lancer dans l'humour. Il est aujourd'hui chroniqueur sur Tipik, en pleine tournée avec le What The Fun, et a vient de jouer dans la série "Oui" de Nico en vrai. "Aujourd'hui, on est une vingtaine de jeunes humoristes d'un niveau similaire qui se côtoient régulièrement, affirme celui qui cartonne avec ses vidéos tout en autodérision sur son plat pays, le "seum" ou la guéguerre franco-belge. La compétition n'est pas malsaine, au contraire, elle nous tire vers le haut".
Révélé en 2023 lors de la scène Déc'ouverte du Festival International du Rire de Liège, Sacha Ferra va présenter le concours ce samedi, à 16 heures, juste avant de jouer son propre spectacle "Plat Pays" au centre culturel Les Chiroux.
Y aurait-il eu avant et un après Festival du Rire de Liège ?
"Cela ne s'est pas fait tout de suite car c'était ma troisième tentative. Mais oui, il y a vraiment eu un changement. Ce concours m'a permis d'aller à Montreux, de connaître des artistes là-bas et de m'ouvrir d'autres portes. Mais ma vidéo Montreux n'a pas fait un effet Paul Mirabel. Il y a tellement d'humoristes aujourd'hui, que ça devient très compliqué de vraiment sortir du lot et de faire un buzz énorme. Mais ce n'était pas le but recherché non plus. Plutôt de réaliser un rêve de gamin."
La suite, c'est Paris ?
"Pour l'instant, il n'y a rien en France. Pas avec ce spectacle-là, en tout cas. Je pense que le spectacle est trop belge. Même si je l'ai quand même joué une fois à Paris. Ça s'est super bien passé mais tu entends que les rires ne sont pas les mêmes. En Belgique, quand on rigole, c'est parce qu'on s'identifie. En France, c'est plus montrer du doigt : regarde comment ils sont. Mon objectif personnel est de terminer mon spectacle Plat Pays au Cirque Royal."
Vous faites en effet partie des humoristes belges les plus suivis sur les réseaux sociaux. Quel a été le déclic ?
"Ma rencontre avec GuiHome vous détend. On a commencé à travailler ensemble et il est devenu mon producteur. Il m'a fait un petit discours en mode : vas-y, tu as du talent, maintenant, il faut mettre le pied à l'étrier et travailler. Et avec les vidéos, on ne se rend pas compte de la chance qu'on a de nos jours. Il y a plein de côtés négatifs : le harcèlement, les mauvais commentaires, le côté humain ou de gens qui se permettent des choses incroyables et même des vidéos qu'on n'est pas censé voir… Mais il y a aussi plein de trucs positifs. Il y a 30 ans, les gens devaient passer par la télé. Aujourd'hui, tu as un téléphone, tu peux créer ce que tu veux. Tu peux devenir quelqu'un directement si tu en as envie. C'est fou !"
"Il est possible de vivre de l'humour en Belgique"
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui veulent se lancer comme vous ?
"Il ne faut jamais lâcher. C'est la troisième année que j'ai gagné ce concours. Je n'ai jamais gagné le Next Prince of Comedy. Après, les concours d'humour, c'est toujours subjectif. Mais ils peuvent créer des choix d'opportunités. Et même si tu ne gagnes pas, il ne faut pas se relâcher. Aujourd'hui, je gagne ma vie. J'ai une société à mon nom et j'arrive à générer un chiffre d'affaires assez conséquent pour pouvoir en vivre. Mais bon… Pendant 5 ans, je n'ai rien gagné. J'avais juste la chance d'être étudiant et de ne rien avoir à payer. J'ai arrêté mes études au moment où j'ai commencé à rentrer de l'argent dans le portefeuille."
Ressentez-vous une réelle patte belge ?
"Oui, clairement. À Paris, les très bons humoristes sont tous connus car ils font quelque chose de différent. Mais, en dessous, il y a un peloton de presque 200 humoristes où ça se ressemble très fort. Les sujets sont similaires. Donc oui, il y a une patte belge, un truc qui se dégage dans la mentalité, dans la façon d'être qui est différente. Même dans l'écriture."
"J'ai remarqué qu'avec le foot, les gens sont vraiment cons"
Le Belge a-t-il toujours la cote en France ?
"Pas autant qu'eux quand ils viennent chez nous. Quand un humoriste français vient jouer en Belgique, les programmateurs vont super bien les accueillir. Mais quand nous, on va en France, s'ils ne te connaissent pas, tu vas attendre comme tout le monde. 'Reviens dans 3 mois. J'ai un créneau à 17 heures, si tu veux, devant 4 personnes. Et si là, t'es marrant, tu peux revenir 3 mois après… peut-être !' Donc, ce n'est pas vraiment la même chose. Quand t'as fait Montreux, c'est plus facile même si cela reste compliqué…"
Dans vos vidéos, vous n'hésitez d'ailleurs pas à taquiner sur cette guéguerre franco-belge… Au risque de vous faire allumer ?
"J'ai carrément dû faire une pause des réseaux sociaux pendant trois semaines après l'Euro. J'ai remarqué qu'avec le foot, les gens sont vraiment cons. Déjà, les gens sur les réseaux sociaux qui commentent des trucs négatifs ne sont pas les plus intelligents. Mais ceux qui commentent sur le foot, ce sont les pires. J'ai reçu des menaces de mort, des tartines d'insultes ou des gens qui me souhaitent des maladies. Je recevais une centaine de commentaires par jour et une vingtaine de messages privés. Je n'ai pas réussi à avoir les épaules pour. J'ai fait le choix d'être transparent et de faire une vidéo en expliquant aux gens qu'il y a trop de commentaires, que j'en ai marre et que je me casse pendant trois semaines. Je suis revenu en me disant : je ne lis même plus les commentaires… et j'ai surtout arrêté d'y répondre."