Ce jour où Fabian Le Castel a été censuré pour une blague sur Patrick Bruel: "Ils l'ont enlevé car sa prod a menacé qu'il ne viendrait pas chanter"
Fabian Le Castel (Grand Cactus), suite aux plaintes récentes de viol et d'agressions sexuelles par Patrick Bruel, a dû revoir la copie de son spectacle "Les 4 sans voix" qui se jouera notamment ce 22 avril au centre culturel d'Auderghem à Bruxelles.
- Publié le 19-04-2026 à 14h48

Quatre imitateurs caméléons, quatre nationalités et plus de 400 voix : bienvenue dans l'univers déjanté des "4 sans voix" porté ici par le Belge Fabian Le Castel entouré de Yann Lambiel, le virtuose suisse, Laurent Chandemerle et sa gouaille française ou encore le puissant ténor à l'humour décapant, le Québécois Steeve Diamond.
"Cela fait treize ans qu'on se connaît; on est vraiment quatre gamins", nous confie d'emblée le comédien du Grand Cactus (il rendra hommage à Claudio Capéo dans le numéro de ce jeudi soir sur Tipik) au sujet de leur tournée au plat pays et qui passe notamment par Auderghem (Bruxelles) ce 22 avril ou le Festival du Rire de Rochefort le 30 avril prochain avant de revenir en février 2027 à Wavre et Liège.
"Avec tout ce qu'il se passe aujourd'hui, les gens n'ont toutefois plus d'argent, déplore ensuite l'artiste mouscronnois qui a lancé son Hurlu Comedy Club il y a quatre ans (mais a arrêté l'activité de son Bunny Comedy Club à Barry par faute de temps et diminuant ainsi la qualité de son travail et de la programmation des lieux). Et ce qui trinque en premier, c'est toujours ce qui touche au culturel, au spectacle, etc. Je le vois avec mon café-théâtre. Les gens consomment beaucoup moins. Quand c'est moins connu, c'est plus difficile à remplir. Les gens sont prêts à mettre 400 balles pour aller voir Céline Dion mais pas vingt pour aller découvrir un artiste…"
Votre nouvelle casquette de producteur (il produit notamment la date à la Sucrerie de Wavre en 2027) serait-elle compliquée ?
"Oui car les salles deviennent aussi hors de prix… Sans compter le matos. J'ai l'habitude de prendre des risques en ramenant des artistes coup de cœur dans mon café-théâtre, comme le spectacle sur l'Italie Una Roberta sur lequel j'ai flashé à Avignon, mais il faut penser à plein de choses… J'adore monter sur scène mais j'aime bien m'occuper d'autres artistes aussi. Surtout quand ils sont chouettes et talentueux. C'est toujours plus agréable d'inviter un artiste sympa que Patrick Bruel…"
En parlant de Bruel, n'était-ce pas justement avec lui que vous avez eu des problèmes suite à un sketch ?
"Oui, en effet. C'était après les accusations d'agression sexuelle de masseuses (affaire classée sans suite, NdlR.). J'avais sorti des vannes qui n'étaient même pas méchantes… J'avais dit qu'en fait il jouait la mauvaise foi. En disant qu'il pensait au poker, que ce n'était pas vraiment de la sexualité, il pensait au poker. Elle avait une belle main, il a voulu lui montrer sa paire… en espérant un brelan et puis il a tout mis sur le tapis (sourire) ! Mais cela ne lui a pas plu apparemment…"
"J'ai un style plus piquant à force de côtoyer des gens odieux comme Jérôme de Warzée dans le Grand Cactus (sourire)"
C'est-à-dire? Que s'est-il passé ?
"On était dans le cube de Viva For Life. Sa production est revenue vers la RTBF car, quelques jours après ma chronique, Bruel venait chanter. La prod a donc appelé. Évidemment, comme c'était du live, cela a été diffusé mais il n'y a pas eu la retransmission sur les réseaux ni Auvio. Ils l'ont enlevé parce qu'ils ont menacé qu'il ne viendrait pas chanter. À l'époque, tout le monde savait. Des journalistes étaient même mal à l'aise de le recevoir mais personne n'avait de preuves. Et les victimes, elles avaient honte d'en parler… Quand à moi, à mon petit niveau, je fais une blague et je me fais censurer, imaginez celles et ceux qui l'attaquent ! Le gars, apparemment, a quand même une certaine puissance, qui est dommage d'ailleurs. Mais, heureusement, les impunités sautent de plus en plus. Et c'est tant mieux."
Ces affaires (des enquêtes sont en cours en France et en Belgique à l'encontre du chanteur, toujours présumé innocent) vous empêcheront-elles de l'imiter ou de le caricaturer avec les 4 sans voix ?
"Dans le spectacle, on a un moment où on chante du Patrick Bruel. Mais, dans l'émotion, on l'a enlevé. Parce qu'on ne veut pas lui prêter un bon moment en fait… Par contre, on le vanne à un autre moment. Forcément, oui. Idem dans mon spectacle solo Best of; je fais un speed dating à un moment où je vais draguer une fille du public avec plusieurs personnages. Et je termine par Bruel et, évidemment, maintenant, le sketch a pris une dimension différente. Les gens rigolent deux fois plus fort ! Parce que tout le monde est au courant maintenant. Avant, on me disait que je faisais passer Bruel pour un cochon, aujourd'hui, on ne me fait plus la réflexion."
"Il y a un running gag sur Céline Dion"
Mieux vaut-il en rigoler ?
"Oui, il faut en rire, tout en respectant les victimes. D'autant plus que ce spectacle des 4 sans voix y va encore plus franco que le premier. J'ai quand même beaucoup participé à l'écriture et attrapé un style plus piquant et grinçant à force de côtoyer des gens odieux comme Jérôme de Warzée dans le Grand Cactus (sourire)"
Céline Dion va donc aussi en prendre pour son grade ?
"Elle était déjà pas mal dans notre spectacle parce qu'on a un Canadien dans la bande. Il y a un running gag quand même où il revient à chaque fois sur Céline Dion mais nous, on en a marre. On a l'impression qu'il n'y a que ça au Canada ! Donc, oui, on joue aussi beaucoup sur ce cliché-là de Céline Dion et de Roch Voisine aussi qui se fait couper à chaque fois. Faudra venir voir le spectacle pour savoir pourquoi (sourire) !"

