"J'ai vécu des choses assez lourdes durant l'enfance": Tamara Payne (Grand Cactus) monte seule sur scène et se confie sur son passé "compliqué"
Réputée pour son personnage de barakie carolo "Stacy Star", Tamara Payne se lance en solo avec "Ringarde". "J'ai essayé de cacher ma laideur pendant très longtemps"
- Publié le 28-05-2026 à 15h56

"Mon déclic pour monter seule sur scène, pour être honnête, est venu du patron de la SPA (Tamara Payne est marraine de l'aile louviéroise de la société protectrice des animaux, NdlR), nous confie la comédienne du Grand Cactus (qui sera bientôt sur scène). Il voulait faire des vidéos sur les réseaux sociaux et il avait peur que ça ne fonctionne pas. Je lui ai alors dit : 'si la peur est le seul frein, ça ne doit pas être une réponse'. Je suis rentrée chez moi avec cette phrase, en me disant : 'mais enfin retourne toi ma grande, la seule raison pour laquelle tu ne fais pas de spectacle… c'est juste la trouille de te retrouver face à plein de gens, toute seule, pendant 1 h 30. Donc fais un effort' (sourire) !"
Et celle qui a propulsé son personnage de barakie carolo au rang de star − Stacy Star − de poursuivre sur ce show Ringarde qui part en tournée dès le 10 octobre (infos sur tamarapayne.be). "On n'a qu'une seule vie, c'était maintenant qu'il faut le faire, assure celle qui avait récemment confessé son impossibilité d'avoir des enfants ("mon horloge biologique a été achetée sur Tému et elle est restée coincée à la douane de Chine" balance-t-elle dans son spectacle). J'ai 38 balais, donc avant les 40, c'est bien !"
Pourquoi cette crainte ?
"Moi, je viens du théâtre (elle a été prof, NdlR) donc, déjà, il y a l'idée de la troupe. Et se retrouver seule sur une scène, c'est comme si c'était un peu trop présomptueux pour moi. Un peu trop gros pour moi. Et puis le Grand Cactus a été tellement une bonne école : tu dois te lancer seule dans une arène par moments. Si je suis capable de faire ça et d'apprendre un texte en 2 jours, d'incarner un personnage et de le faire devant la Belgique entière, bah vas-y, lance-toi !"
Mais ce ne sera pas que du "Stacy Star show" ?
"Non, pas du tout. Au départ même, je comptais ne lui faire que quelques petites incursions dans le spectacle. Au final, elle occupera quand même une belle partie. Parce qu'elle est demandée par le public, dans 95 % des cas. Elle a dépassé la frontière carolo. Moins à Bruxelles, étrangement, mais toute la Wallonie et le Hainaut et le nord de la France. C'est un peu comme les Tuche. On s'en fout un peu d'où ils viennent, c'est juste très terroir. On a tous un oncle, une tante, des grands-parents qui ont des accents, des aspérités et des expressions. Fabrizio du Grand Cactus c'est 'Mes couilles ti !' et Stacy c'est 'Mes Ovaires ti !' Et puis ma Cara pils me suit partout (sourire) !"
"Petite, personne ne voulait jouer avec moi et, maintenant, tout le monde veut"
D'où ce titre de spectacle "Ringarde" qui cacherait… un mal-être ?
"Oui, car j'ai eu besoin de me cacher derrière le personnage de Stacy. Je me suis souvent trouvée assez laide… J'en parle dans mon spectacle mais j'avais un cache sur l'œil et j'avais les dents de Freddie Mercury. J'ai fait 60 centimètres pendant très longtemps. Je ne me trouvais pas adaptée. Personne ne voulait jouer avec moi et maintenant, tout le monde veut jouer avec moi. C'est un peu pour ça qu'on fait ce métier."
Serait-ce une revanche sur la vie ?
Cela l'a été, oui. Je pense que d'être au Grand Cactus, d'être estampillée comédienne, humoriste… oui. Je ne suis pas quelqu'un de revanchard. Mais j'avais besoin de ça pour me reconstruire aussi. Je n'existais plus vraiment."
Vous avez en effet subi des violences et des abus durant votre enfance, au point de devenir alcoolique (elle a arrêté l'alcool il y a 3 ans)…
"Oui, j'ai eu un passé assez compliqué (voir son coup de gueule en vidéo sur ses réseaux et en bas de cette page où elle évoque ces abus, ndlr.) . On doit passer obligatoirement par quelqu'un d'autre. C'est pour ça que j'ai toujours voulu me costumer. J'ai toujours voulu du rire. Le rire cache les larmes. Stacy a vraiment été une vraie bouée de sauvetage pour échapper à tout ça. Car oui, j'ai vécu des choses assez lourdes pendant l'enfance. Un parcours psychologique et psychiatrique qui a duré très longtemps. Médicamenteux aussi. Il est très compliqué aussi de venir de Charleroi et de dire qu'on a subi ce genre de truc parce que tout de suite, on estampille une région. On vient de la région de Marc Dutroux."
"J'avais un cache sur l'œil et les dents de Freddie Mercury"
Les Carolos seraient-ils sans cesse stigmatisés ?
"Complètement. C'est la ville la plus moche du monde et on doit se défendre de ça tout le temps. Pendant mes années de conservatoire et même un petit peu avant, j'avais pris le pli de ne pas dire que j'étais carolo. Je le voyais vraiment comme quelque chose de honteux. Jusqu'à ce que je fasse ce personnage où je me dis qu'il faut en rire comme du reste ! Oui, on peut rire des abus, de la violence, de l'alcoolisme ou encore le fait que je ne pourrai pas avoir d'enfants. Maintenant, des années plus tard, je pense que c'est même un devoir."
Et des années plus tard, vous êtes même limite devenue influenceuse sur les réseaux sociaux.
"Complètement. Maintenant, je vends presque de la beauté alors que j'ai essayé de cacher ma laideur pendant très longtemps. Mais c'est aussi un personnage. Autant que Stacy n'est pas moi. Je suis moi quand je suis dans mon canapé le soir. Je ne bois plus, donc je ne sors plus. Je suis quelqu'un d'hyper simple. Je suis avec mes animaux dans le canapé avec un petit feu qui crépite dans la cheminée. Là, je suis moi, avec une grosse paire de chaussettes et les cheveux attachés (sourire)."
