Olivier Laurent, artiste pro-vaccin et interprétateur de Brel: "Ce Covid a changé ma façon de chanter"
Le Belge Olivier Laurent, célèbre interprétateur de Jacques Brel partout dans le monde, est "au bord du burn-out" suite aux multiples reports de son show qu'il voit "comme un devoir de mémoire". Celui qui a refusé The Voice France affirme s'être fait "vacciné pour sauver tout le métier de l'événementiel au sens large"
- Publié le 11-12-2021 à 16h32

"Je vais me faire des ennemis mais ce n'est pas grave: je suis à 100 % pour le vaccin", balance Olivier Laurent, qui fait partie des artistes belges qui ont dû le plus reporter leurs dates de concert. Il devait jouer ces 11 et 12 décembre à Mons et Liège. Reporté, une fois de plus. Ce sera les 23 mai et 24 mai, la date du 22 mai à Bruxelles est inchangée. "Quand je me suis fait vacciné je n'étais pas genre 'c'est génial, vas y pique moi ' Mais si ça peut sauver la situation, comme cela l'a déjà fait, alors oui. Des antivax, j'en connais plein, malheureusement. Dont un de mes musiciens qui ne peut donc pas continuer la tournée avec moi car c'est impossible sans l'être."
Le célèbre interprète belge de Jacques Brel estime qu'il faut tout faire pour revivre un peu. "S'il faut mettre un masque pour aller au spectacle, et ben tant pis. Et si tu ne veux pas, tu ne viens pas. J'ai des messages tous les jours à ce sujet. 'Je ne peux pas venir te voir car je ne suis pas vacciné'. Ok. Mais si tu ne le fais pas, on va tout refermer. Je suis pour le vaccin. Et si cela doit être obligation, ça le sera. Je le fais pour sauver tout le métier de l'événementiel. J'avais mis de l'argent de côté et puis, voilà... Avec mes enfants aux études, etc., tout a fondu. À un moment donné, tu as les boules… Mais ce n'est pas grave, je garde le sourire !"
Votre show étant international, vous vivez en plus des situations pandémiques différentes dans chaque pays…
"Moralement, c'est dur… D'autant plus que tout allait bien pour moi. Ma prochaine grande date est fin janvier à Dubai, puis à Barcelone. New York était prévu cet été mais il a été annulé car priorité aux Américains en période Covid. Depuis juillet, je n'avais pourtant pas arrêté. J'avais retrouvé cette vie d'artiste entre route, avion et hôtel. Personne de mon équipe n'est malade, or nous avons fait une cinquantaine de dates. Retrouver cette ambiance était incroyable. La scène, c'est ma vie. Que voulez-vous que je vous dise? Que j'ai fait une déprime ? Ça n'a pas été facile, j'étais limite en burn-out. Quand ma femme a vu que je ne prenais plus mon vélo alors que j'en fais 13000 km par an pour me préparer, elle a vu le gros souci. Je n'étais pas bien. J'étais toujours en yoyo avec ses dates reports. Mais je garde la banane."
Pourquoi vous imposez-vous une préparation de titan ?
"Si je ne fais pas ces 13.000 km de vélo, je ne tiens pas le coup. Grimper le Ventoux, c'est plus facile que de faire un spectacle de Brel. J'ai fait le test parce qu'on ne me croyait pas. Je perds 3 kilos par spectacle. On a aussi mis une électrode sur le cœur et le médecin a dit : ok, on ne va plus regarder. Car mon cœur est monté fort. Même si j'ai un cœur de sportif et que je suis préparé, il faut continuer l'entraînement. Et c'est là que tu comprends aussi pourquoi Brel a arrêté. Il ne faut pas aller chercher plus loin. Il se rendait compte que, physiquement, il n'en pouvait plus."
En gardez-vous des séquelles ?
"Oui, je suis toujours comme ça (il montre sa jambe tendue, NdlR.). Mes tendons, à force de taper du pied, sont morts. Je le sens et je ne pourrai jamais me faire opérer. Si je cours, je le sens. Mon corps s'use de faire un spectacle Brel. Quand je monte sur scène, c'est comme si c'était mon dernier jour. C'est ma philosophie, je donne toujours tout dans ce que je fais."
Gardez-vous néanmoins quelque chose de positif de cette période ?
"Le seul truc positif avec ce Covid, et en toute modestie, c'est que je chante encore mieux Brel qu'avant. J'ai appris à mettre encore plus d'émotions. Ma propre femme a chialé en me voyant ! Cette pandémie m'a mis dans un tel état d'émotion… Ce Covid a changé ma façon de chanter."
Une manière de chanter le grand Jacques, validé par la famille Brel.
"Oui. J'aimerais d'ailleurs que ce spectacle se joue dans les écoles. Pas forcément moi mais j'ai envie de faire un devoir de mémoire. Mettre des textes de Brel dans les écoles, puis en faire un spectacle derrière et les gens viennent voir le show. C'est la transmission. Un retour à analyser les textes car on apprend beaucoup de Brel. C'est un de mes objectifs."
Comme le cinéma ?
"Le cinéma, par rapport au chant, je dirais tout de suite oui. Le théâtre, peut-être moins. Récemment, j'ai d'ailleurs été contacté pour jouer dans le clip de Zaz, Imagine, où je joue le Don Quichotte. Pourquoi ? Mettez la tête du vrai Brel à côté, c'est bluffant de ressemblance. J'ai adoré jouer ce rôle."
Celui qui a "refusé The Voice France" sera aussi Cyrano de Bergerac dans Roxane
"On a joué Roxane 40/50 fois cet été sur le port de Nice, une belle aventure", se réjouit Olivier Laurent, qui espère bientôt pouvoir venir présenter cette comédie musicale -avec des anciens de The Voice- en 2022 en Belgique. "Ma priorité reste Brel (il rêve de faire un duo sur Ces gens-là avec Stromae, NdlR.) mais entrer dans le personnage de Cyrano, c'est waouw ! Ils cherchaient quelqu'un qui arrivait à dégager beaucoup d'émotions vu que Cyrano est assez mélancolique, triste et meurt à la fin. Ils avaient besoin que les gens pleurent. Et quand ils m'ont vu faire Brel, ils ont dit ok." Olivier Laurent ne nous "cache pas non plus que chanter avec ma propre voix, ce n'est pas ce que je préfère. Je reçois des propositions pour faire des albums mais je n'ai pas envie… car je suis tellement heureux de ce que je fais. Je suis comme un acteur je pense, j'aime rentrer dans un personnage. Quand je mets ce costume de Brel, je ne m'en rends pas compte mais je suis quelqu'un d'autre." C'est pourquoi le Belge n'ira jamais à The Voice France. "On m'a contacté mais j'ai refusé. Ce n'est pas mon truc. Je ne veux pas être chanteur donc je ne vois pas l'intérêt."
