Musique Cinquante ans après l’événement qui a façonné sa vie, Marc Ysaye voit naître une nouvelle conscience collective héritée de Woodstock, celle qui se préoccupe du climat.

Figure incontournable de la radio et de la scène rock belge, Marc Ysaye confesse sans surprise que Woodstock représente tout pour lui. Le festival, il ne l’a pas découvert dans les journaux de l’époque qui, en 1969, ont à peine consacré deux lignes à l’événement. C’est la sortie du disque et du film l’année suivante qui ont fait entrer le festival dans la légende. Le batteur de Machiavel et ex-directeur et fondateur de Classic 21 a alors 16 ans. "Je suis allé le voir par hasard, raconte-t-il, et ça m’a marqué au point de le revoir cinq jours de suite. Ce moment de ma vie a été fondateur de ce que je suis devenu aujourd’hui. J’ai découvert une musique formidable que je ne connaissais pas bien : le rock. Et ce qui m’a touché, c’est que je me suis reconnu et retrouvé dans la démarche, le look, les attitudes, la musique et l’ambiance de Woodstock alors que j’habitais à 10 000 km de là et que je parlais à peine l’anglais. Petit Belge, j’étais aussi très engagé contre la guerre au Vietnam, même si je savais à peine situer le pays sur une carte. Il y avait quelque chose de fédérateur contre cette guerre qui était rejetée par la jeunesse mondiale. Ça m’a embarqué dans quelque chose dont je ne suis quasiment jamais sorti."

Imaginiez-vous qu’on parlerait encore de ce festival 50 ans plus tard comme d’un événement historique ?

À ce moment-là, non. Il ne faut pas oublier qu’au moment où il a lieu, les médias ne retiennent qu’une seule chose : c’est la désorganisation totale. L’événement a provoqué les plus grands embouteillages de l’histoire des États-Unis et paralysé l’État de New York. J’ai rencontré au moins la moitié des artistes qui se sont produits ces jours-là et tous en ont gardé de ce moment un souvenir épouvantable. Il a plu tout le temps et c’était le bordel. Ils sont nombreux à avoir donné des concerts tellement mauvais qu’ils ont refusé d’apparaître sur le disque et dans le film. C’est le cas de Mountain, de Creedence Clearwater Revival et du Grateful Dead qui a fait une prestation catastrophique. Par manque de protection des instruments, des arcs électriques auraient pu tuer des gens… Le festival qui doit se terminer le dimanche soir à 22 heures par le concert de Jimi Hendrix - c’était lui la tête d’affiche, par contrat - s’est en réalité achevé le lundi matin. Hendrix a joué à 9 heures le lendemain tellement il y avait du retard !