La dernière heure de l'IPTV a-t-elle sonné ?
Une nouvelle alliance mondiale a vu le jour pour mettre fin aux agissements qualifiés de criminels des pirates.

- Publié le 27-12-2022 à 16h07
- Mis à jour le 27-12-2022 à 17h47

Paradis all-inclusive du binge-watcher et cauchemar des opérateurs télé payants et producteurs de contenus, les jours de l'IPTV sont-ils comptés ? Les initiatives pour mettre fin au piratage à grande échelle se multiplient. Une nouvelle coalition mondiale a vu le jour autour d'une organisation à but non lucratif (CERTAL) en Amérique du Sud : le Pacto Global Antipirateria (Gobal Anti-Piracy Pact en anglais).
Celle-ci regroupe une vingtaine d'acteurs : des entreprises du divertissement, des régulateurs et des représentants gouvernementaux, tous bien décidés à mettre fin aux agissements des pirates qualifiés d'organisations criminelles. Ils entendent mettre en commun leurs forces pour frapper là où ça fait mal. Conjointement, ils ont la conviction d'être plus forts qu'à travers des actions isolées.
Le sport diffusé en direct
Ce n'est pas la première démarche du genre à voir le jour. Depuis 2017, la création de l'Alliance for Creativity and Enternainment (ACE), principale coalition mondiale dédiée à la protection des contenus créatifs, a conduit à la fermeture de nombreux sites d'IPTV. L'un de ses derniers succès remonte au mois de novembre et au démantèlement d'un important réseau au Maroc. Il diffusait gratuitement des matchs de football en direct. Il totalisait plus de 20 millions de visites par mois.
Un des pires fléaux pour les opérateurs dont les programmes sont "repris" via l'IPTV, c'est le sport. Surtout les programmes diffusés en direct. Parce que pour intervenir, il faut pouvoir le faire très rapidement. C'est pourquoi, le Pacto Global Antipirateria insiste sur la mise en place de procédures de blocage administratif. Celles-ci permettent d'agir immédiatement auprès de fournisseurs d'accès à Internet via une intervention judiciaire limitée. Les gouvernements vont donc devoir adapter leur arsenal pour disposer de tels outils. "(Les gouvernements doivent) garantir une voie accélérée par le biais d'entités spécialisées pour ordonner le blocage des fournisseurs de services Internet dans leurs pays respectifs. (FAI) de retransmissions de contenus illégaux sur Internet, que ce soit à la demande ou en direct", indiquent les missions de cette nouvelle alliance.
Parmi les autres procédés pour couper court au piratage figure la "démonétisation" des services proposés par les pirates. Autrement dit, la possibilité, grâce à des mécanismes précis, de rendre inopérante la publicité sur les sites d'IPTV, le paiement d'abonnements et la vente de matériel préconfiguré permettant d'accéder aux contenus piratés.
Un traçage des contenus est aussi préconisé à travers le "filigranage" ou des services similaires au watermarking. Le but est de pouvoir tracer les programmes jusqu'à la source qui les émet. En Amérique du Sud, il semble que le procédé est sous-utilisé.
Plus d'un milliard d'euros dans les poches des pirates
Selon une étude menée en 2022 par l'Alliance audiovisuelle contre la piraterie (APAA), l'IPTV a rapporté aux pirates l'an dernier 1,06 milliard d'euros rien qu'avec les abonnements. C'est plus qu'en 2020. Dans le même temps, le système en a fait perdre 3,2 milliards aux ayants droit des contenus détournés.
En moyenne, les internautes dépensent 5 euros par mois pour accéder à ces services illégaux.
C'est en France (2,4 millions d'utilisateurs) et au Royaume-Uni (3 millions) que l'IPTV fait recette en Europe. Il convient d'ajouter les Pays-Bas car si le nombre total d'utilisateurs est inférieur à ceux cités ci-dessus, on compte tout de même 8,2 % de la population qui y a recours. C'est le chiffre le plus élevé selon l'étude de l'Alliance audiovisuelle contre la piraterie.