"Marvel aborde la question d'IA de manière indirecte" : Paul Bettany et James Spader se confient sur son rôle de Vision et d'Ultron dans "VisionQuest"
Depuis le 14 octobre dernier, la série Marvel "VisionQuest" est disponible sur Disney +. Nous avons rencontré Paul Bettany, l'interprète de Vision, James Spader, qui incarne Ultron, ainsi que Terry Matalas, créateur de la fiction.

- Publié le 20-10-2026 à 13h58

Figure incontournable de l'univers Marvel, Vision s'apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire. Avec VisionQuest, disponible depuis le 14 octobre dernier sur Disney +, le célèbre synthézoïde doté d'une intelligence artificielle avancée revient au cœur du récit dans une aventure où il tente de comprendre son existence et sa place dans le monde.
Pour en parler, nous avons rencontré Paul Bettany, James Spader et Terry Matalas, respectivement les interprètes de Vision, de Ultron et le créateur de Visionquest. Ensemble, ils nous dévoilent les coulisses de ce nouveau projet Marvel et les enjeux de cette série qui entend donner une nouvelle dimension à l'un des personnages les plus singuliers de la franchise.
Terry, Vision a une histoire très riche. Était-ce un défi pour vous de créer une série centrée sur ce personnage ?
Terry Matalas : "Je n'ai pas vraiment eu l'impression que c'était un défi. La plupart des personnages, dans n'importe quel type de récit, ont un passé sur lequel on peut s'appuyer. Et lorsqu'ils n'en ont pas, les acteurs s'occupent d'en inventer un. Mais, ce n'était pas si difficile. Pour moi, la série se suffit à elle-même. Bien sûr, on donne les informations liées à l'univers Marvel qu'on pourrait avoir envie de connaître, mais je pense qu'on peut se plonger directement dans la série sans ça. Nous avons assisté à une projection avec la mère d'Henry (Lewis, NdlR.), qui joue le rôle de DUM-E. Elle a plus de 70 ans et n'avait jamais rien vu de Marvel. Pourtant, elle a tout compris, absolument tout, y compris les concepts et les subtilités de l'histoire. Donc, si elle a pu tout comprendre, j'espère que ceux qui n'y connaissent rien à Marvel le pourront aussi. Il faut en tenir compte et garder à l'esprit que Vision possède une histoire très riche. Mais il ne faut pas laisser ce passé prendre le dessus sur la série elle-même."
Terry, vous avez décrit la série comme cérébrale, nostalgique, existentielle et un peu absurde. Comment avez-vous réussi à équilibrer toutes ces caractéristiques avec les attentes liées à une production moderne ?
Terry Matalas : "Surréaliste, probablement, oui. J'adore passer de l'humour au drame, puis à quelque chose d'effrayant ou de palpitant. Je pense que c'est ce qui fait une œuvre complète. C'est le genre de choses vers lesquelles je suis personnellement attiré. J'espère donc que cela fonctionnera. Vous réunissez des scénaristes brillants, un compositeur incroyable et des acteurs formidables, et vous espérez être capable de créer quelque chose de spécial, qui parvienne à mélanger toutes ces idées."
Cette histoire met en scène différents types de personnages dotés d'une intelligence artificielle. Le fait d'avoir travaillé sur cette série, sur cette histoire et sur ces personnages a-t-il, d'une manière ou d'une autre, fait évoluer votre propre regard sur l'intelligence artificielle dans le monde réel ?
Paul Bettany : "Non, pas du tout. Et je ne pense pas que ce soit l'objectif de la série. Je pense que Marvel aborde cette question de manière indirecte depuis des années, notamment en proposant une mauvaise version de l'intelligence artificielle avec Ultron, qui veut soumettre l'humanité, et une bonne version avec Vision, qui, lui, souhaite en quelque sorte… aider l'humanité à s'épanouir. Mais la série ne parle certainement pas de cela. Enfin, pas vraiment… C'est quelque chose que j'ai toujours trouvé intéressant : dans l'univers Marvel, les robots sont généralement ceux qui ont les réactions les plus humaines face aux événements. Donc, je ne peux parler qu'en mon nom, mais, personnellement, non, cela n'a pas changé mon regard sur l'intelligence artificielle."
James, lorsque vous interprétez un personnage comme Ultron, vous appuyez-vous sur votre expérience personnelle de père et de fils pour nourrir votre interprétation ou pensez-vous que ces deux aspects sont complètement distincts ?
James Spader : "Non. Non, ce n'est pas possible. Pour moi, il y avait un parallèle très évident : à un moment donné, Vision découvre qu'il pourrait bien avoir un fils humain, ce qui est bien sûr impossible. Or, mon fils aîné n'est pas mon fils biologique et, pourtant, d'une certaine manière, c'est absolument mon fils. Je ne fais aucune différence entre mes enfants biologiques et mon enfant qui ne l'est pas. Et, d'une certaine façon, il est tout autant mon fils que mes enfants biologiques. Cela m'a vraiment aidé à nourrir mon interprétation dans la série."
Après Wandavision, c'est la deuxième fois que vous interprétez Vision dans une série. Appréciez-vous ce format ? Est-ce que le format change la façon dont vous interprétez votre personnage ?
Paul Bettany : "Pour moi, la différence avec la télévision, c'est que, dans un film, un thriller, par exemple, finit nécessairement par devenir un drame. Dans une série, on dispose de davantage de temps, au fil des épisodes, pour approfondir les choses. J'ai notamment créé une série télévisée sur Ted Kaczynski, surnommé l'Unabomber. Si j'en avais fait un film, l'histoire aurait probablement été celle d'un policier acharné à poursuivre un psychopathe. Mais, dans une série télévisée, on peut aussi explorer la vie quotidienne et l'intimité de chacun de ces personnages. Je pense que c'est également vrai ici, d'une certaine manière. Avec Lizzie (Elizabeth Olsen, alias Wanda dans la série Wandavision, NdlR.), j'avais un terrain de jeu très particulier : celui de la romance. Mais nous n'avions tout simplement pas assez de temps pour vraiment développer cet aspect. À la télévision, on peut donc explorer beaucoup plus en profondeur le fonctionnement intérieur de ces personnages et ce qui les anime."
Vous ayez collaboré sur cette série en apportant des perspectives différentes sur ces personnages, sur cet univers et sur votre place au sein de celui-ci. L'un d'entre vous y évolue depuis très longtemps, Paul, tandis qu'un autre vient tout juste d'y entrer, Terry. Qu'est-ce que cette collaboration vous a apporté ?
Paul Bettany : "Je ne réfléchis pas aux choses de cette manière. Je prends simplement les gens comme ils sont, tels que je les découvre. Je savais que James et moi avions partagé une scène à la toute fin d'Avengers : L'Ère d'Ultron. Nous avions dû la tourner très rapidement, à la dernière minute, et j'avais vraiment apprécié ce moment. J'aurais aimé qu'il y en ait davantage. J'étais donc très enthousiaste à l'idée de travailler avec lui, mais également de passer du temps avec lui en dehors du travail, parce que c'est quelqu'un avec qui il est absolument délicieux de traîner ! Quant à Terry, je l'ai rencontré et, en quelques minutes à peine, j'ai compris que c'était quelqu'un de très intelligent, qui avait une excellente compréhension de la narration télévisuelle, ce qui n'est pas vraiment mon cas. J'ai encore la tête très ancrée dans la structure cinématographique en trois actes, tandis que Terry possède un véritable instinct pour les récits au long cours. Et oui, j'ai immédiatement senti que nous étions sur la même longueur d'onde."
Dans de nombreux films, les personnages réagissent au deuil en créant quelque chose. Que pensez-vous du lien entre le deuil et la création ?
Paul Bettany : "Quoi de mieux que de traduire ce sentiment en art, de l'affronter de front et de parvenir à l'extérioriser ? C'est une expérience que nous partagerons tous à un moment ou à un autre de notre vie. C'est probablement l'une des expériences humaines auxquelles on peut le plus facilement s'identifier. Même les chansons d'amour sont généralement inspirées par la rupture, qui est une forme de deuil. Je ne crois pas que le deuil prenne vraiment fin tant qu'on ne commence pas à créer quelque chose. Il faut commencer à créer quelque chose, car sinon, le chagrin continuera de vous submerger, encore et encore."
