Après 45 ans de métier, Luciana ferme son salon à Court-Saint-Étienne: "On vit dans l'incertitude, c'est horrible"
Luciana met la clé sous le paillasson, le cœur gros mais soulagée.
- Publié le 21-12-2020 à 06h30
- Mis à jour le 21-12-2020 à 08h32

Voilà tout juste 26 ans que Luciana Da Re a ouvert son salon de coiffure, Courant d'Hair, dans le centre de Court-Saint-Étienne. Mais alors qu'elle vient de fêter ses 45 ans de métier, la Stéphanoise met un terme à son activité. Le Covid y est pour beaucoup mais pas uniquement. "Le virus m'a fait comprendre que la vie, on n'en a qu'une et qu'il était temps pour moi de passer à autre chose", confie la gérante de 62 ans.
Voilà quelques années que Luciana projette avec son mari de prendre une retraite bien méritée du côté de Trévise, au nord de l'Italie, d'où ses parents sont originaires. Mais son amour pour la coiffure la retenait, jusqu'à présent, au plat pays. " La coiffure, c'est une drogue, un métier qu'on fait avec passion, poursuit-elle. Mon cerveau est toujours en ébullition. C'est dur de lâcher mon salon car c'est mon bébé mais mon bébé est en train de mourir sous mes yeux."
La crise sanitaire et les fermetures successives ont ainsi précipité les choses. " Au premier confinement, on a été catégorisé comme métier de contact, ce que je trouvais juste. Mais maintenant, nous considérer comme un métier non essentiel, ça ne passe pas. C'est le dernier couteau dans le dos. Quand va-t-on pouvoir rouvrir ? C'est horrible de vivre dans l'incertitude. Je ressens une forme de trahison et d'abandon. J'attends aussi qu'on nous prouve que les salons de coiffure sont un foyer de contamination car jusqu'à présent, je n'ai eu aucun cas de coronavirus dans mon salon. Et lorsque je vois que ça grouille de monde dans les magasins à Waterloo, ça me rend furax. "
Même si elle bénéficiait d'une situation plutôt privilégiée avec un salon qui lui appartient et aucune charge de personnel, la Stéphanoise a décidé de remettre son commerce pour entamer un nouveau chapitre de sa vie. "Je suis soulagée de pouvoir enfin prendre soin de moi mais je pense à tous mes collègues, notamment Alysson, la barbière de Liège, qui ont des charges qui continuent à tomber et qui triment", conclut Luciana.