Écarté, le conducteur de trains Pierre Besure a-t-il été victime d'une vengeance de sa hiérarchie ?
HR RAIL et la SNCB sur le banc des accusés, inculpés qu'ils sont de harcèlement moral au travail. Pierre Besure gagnera-t-il sa croisade ?
- Publié le 05-06-2024 à 08h15
- Mis à jour le 05-06-2024 à 09h26

Cet homme de convictions, ancien conducteur de train basé à Ottignies, vous l'avez découvert en juin 2023. Il était parti en croisade contre ses employeurs que l'auditorat du travail a décidé de poursuivre. Ce mardi 4 juin 2024, son avocat Thierry Moreau a rappelé le parcours peu banal de son client et l'auditeur du travail Renaud Dethy l'a soutenu dans la démarche. Convaincu du harcèlement moral au travail pour un homme envoyé au classement des archives à Bruxelles ou à jouer au facteur et à accompagner des usagers handicapés à Namur, il a requis deux peines d'amende respectives de 4 600 € et 9 200 €.
Pierre Besure, 50 ans, est connu comme lanceur d'alerte. Chauffeur depuis 1995, il apprend en 2016 qu'une directive européenne vient de sortir en matière de connaissance des langues. Il est concerné dans la mesure où les trains qu'il conduit en Belgique peuvent sillonner le même jour des territoires où le français et le néerlandais s'entrecroisent.
L'avocat fit référence à l'accident ferroviaire de 2001 qui s'est produit à Pécrot et auquel son client est très sensible. Lors des débats judiciaires, il fut question d'une incompréhension quant aux instructions données en néerlandais au départ de Leuven et incomprises du côté de Wavre.
"Un examen bidon"
Toujours est-il que son client fut invité à passer un examen en néerlandais. Quelle ne fut pas sa surprise de constater, à quelques jours de l'examen, qu'on lui donnait les questions et les réponses avec, en sus, le choix des questions le jour de l'examen.
"Un examen bidon", tonna l'homme de loi. Pierre Besure refusa de passer l'examen. "je ne triche pas, moi." Il fut en butte à des pressions de sa hiérarchie et, le 6 août 2019, il arrêta son train en gare de Hoeilaart. Il annonça aux usagers qu'il se sentait incapable de continuer à le conduire.
"Le contrecoup émotionnel suite à une pression psychologique", ramassa l'auditeur qui passa en revue les différentes étapes d'une procédure disciplinaire ayant abouti à une première suspension décidée le 24 décembre 2019 et, finalement, c'est-à-dire le 12 mars 2020, à la mise à la pension par décision médicale: "Totalement inapte à la conduite".
"Vous n'avez aucune incapacité"
Là où l'on se pose des questions, c'est quand on apprend que, le 15 novembre précédent, une commission d'appel d'une décision de suspension considéra qu'il était apte au service et que, le 10 mars 2020, un médecin lui déclarera qu'il est victime d'une "vengeance de la hiérarchie".
"Vous n'avez aucune incapacité", lui avait-il dit. Il ignorait que son interlocuteur avait sur lui un appareil enregistreur. La conversation figure dans le dossier. Dans un arrêt rendu le 12 juin 2019, la Cour de cassation considère qu'un enregistrement, même effectué à l'insu d'un des interlocuteurs, peut être retenu sauf lorsqu'il rapporte des faits de la vie privée.
Jugement le 26 juin
En conclusion, Me Moreau réclama 2 millions à titre de dommage "pour un homme qu'on a fait passer pour un dingue" ainsi que la désignation de deux experts chargés, l'un de l'examen psychique de son client, l'autre du calcul de sa perte économique.
Le tribunal a pris l'affaire en délibéré. Il rendra son jugement le 26 juin.