Dix personnes condamnées pour l'attaque du bureau de poste d'Ittre : "une scène apocalyptique"
25 février 2022, 4h25. Trois explosions tirent de leur sommeil les habitants de la rue de l'École. Le bureau de poste a été attaqué.
- Publié le 01-07-2024 à 18h20

La nuit a été déchirée, une expression à prendre au figuré. Par contre, le distributeur de billets de banque aurait dû être déchiqueté par la charge, mais il a résisté et, du coup, les malfrats se sont rabattus sur une porte latérale du bâtiment. Là aussi, ils ont fait chou blanc. Certes, une porte blindée a été endommagée, le coffrage d'un mur a été arraché et des portes sécurisées endommagées, mais les espoirs des malfaiteurs d'empocher le magot se sont envolés en même temps que trois d'entre eux, cagoulés et vêtus de noir, à l'allure qualifiée de sportive par des riverains tirés de leur sommeil par la violence des explosions. "Une scène apocalyptique", résuma l'un d'eux.
Il apparut rapidement que l'attaque avait été assez soigneusement préparée. Le visionnage des images des caméras de surveillance des environs et du centre de Tubize permit de déterminer que les occupants de voitures de puissante cylindrée (Audi et Mercedes) avaient repéré les lieux à plusieurs reprises. D'où venaient-elles ?
La piste de Drogenbos apparut et celle, plus lointaine, des Pays-Bas et de l'Allemagne, plus précisément de Cologne où une Mercedes avait été louée par un prête-nom. De fil en aiguille, on retrouva une autre voiture dans laquelle avaient été abandonnées des mèches d'explosif et, surtout, un bon de livraison.
L'enquête aboutit au renvoi en correctionnelle de dix personnes ayant pris part, de près ou de loin, à cette attaque. Ils n'étaient que six sur le banc des accusés lundi dernier pour assister à un procès assez particulier. Entamés vers 10 heures, les débats se terminèrent sur le coup de 16h30 après une interruption de deux heures afin de permettre à l'interprète de gagner le tribunal de Charleroi où elle était attendue pour d'autres traductions.
Les réquisitions du parquet furent scindées en deux parties alors que les prévenus présents refusaient d'assumer leur part de responsabilité à l'exception d'un seul, Mounir Belhadj, 31 ans, amené dans la salle en chaise roulante. Il a été blessé de cinq balles lors d'une fusillade. Seules deux ont pu être extraites.
"Je ne conteste pas ma présence, avoua-t-il. J'étais là pour accompagner. Les explosifs ? Rien à voir avec ça. On m'avait demandé de donner un coup de main. J'ignorais de quoi il s'agissait. J'étais là en renfort.". Le tribunal ne l'a pas cru : six ans de prison.
Même sanction avec arrestation immédiate pour Hicham Kaidi, 27 ans, qui se déclara heureux d'être dans le prétoire. "Je suis allé chercher une voiture en Allemagne." Il limita son rôle à conduire une Audi ou une Mercedes d'un point A à un point B.
Absent des débats, Fouad Bouziani, loueur de voitures, nie être allé à Ittre, mais son ADN se retrouve sur une cagoule : six ans avec arrestation immédiate. Jesse Joey Savelkoul, 27 ans, détenu aux Pays-Bas pour autre cause, écope de trois ans secs. Il est convaincu de repérages et d'avoir fait des recherches sur la possibilité de louer de puissantes voitures.
Les absents Wesley Vanhaelen et Ali Moudden sont condamnés à deux ans ferme, Inez Labussière à une peine de surveillance électronique d'un an pour avoir véhiculé les auteurs et participé à un repérage.
Privé de son avocat qui s'était désisté, Nasim Msallak a donné des explications minimalistes mais il est intervenu à diverses reprises pour location et réparation de voiture et prolongation de contrat : 15 mois ferme. Par défaut, Mansour Khattab est condamné à six mois secs et Ramyson Isijk à une peine de travail de 80 heures.