Ce vétéran de la Corée y retournera pour la première fois en fin d'année : "J'avais l'envie de rétablir les choses"
Jean-Jacques Hérin avait 18 ans quand il a posé le pied à Séoul et participé aux derniers mois de la guerre de Corée… alors que l'armistice était pourtant signé entre les deux Corée.
- Publié le 10-07-2024 à 15h00

Né à Bruxelles le 6 mars 1936, Jean-Jacques Hérin vit aujourd'hui entre Peer (Limbourg) et Orp-Jauche où habite son fils. Il a passé son enfance à Ittre, jusqu'à ses 16 ans quand il a décidé de s'engager à l'armée.
"C'était le 1er janvier 1952… Et j'y suis resté 40 années, avant de prendre ma pension le 30 avril 1992. C'est à Tournai que j'ai entamé mes six premiers mois de formation, avant de rejoindre ensuite Etterbeek… Mais en 1954, j'ai décidé de m'engager pour la Corée, avec la compagnie A. J'ai alors suivi un entraînement para-commando à Marche-les-Dames : pas de parachute mais courir, marcher, passer la Meuse, grimper… C'était dur ! Sur 93 candidats, nous n'étions plus que 27 au moment d'avoir le béret brun. Je suis donc parti fin mars 1954, je faisais partie des avant-derniers renforts…"
Jean-Jacques Hérin est ainsi parti plus de six mois après la signature de l'armistice de la guerre qui opposait les deux Corée, signé le 27 juillet 1953. Mais la situation restait délicate, les armes continuaient à parler…
"Moi, j'étais volontaire, j'avais 18 ans, pas besoin de l'autorisation de mes parents. Quand j'ai annoncé à ma mère que je partais 15 jours plus tard, j'ai ramassé une de ces caramels… Je me suis retrouvé au sol !"
À l'époque, la guerre de Corée ne passionne guère la Belgique. "Les gens se sentaient peu concernés ici en Belgique. C'est pour cela aussi qu'on l'appelle la guerre oubliée. On est parti avec des Luxembourgeois. Pour moi, c'était l'aventure ! Je ne voyais rien d'autre de bien à faire. J'avais connu la guerre 40-45, il y avait eu la guerre sino-japonaise… J'avais l'envie de rétablir les choses."
Quand il part pour la Corée, Jean-Jacques Hérin prend l'avion pour la première fois, et c'est aussi la première fois qu'il quitte la Belgique. "On a fait escale en Crète, puis à Colombo (Sri Lanka) avant de rejoindre Séoul. Il faisait très froid et très humide ! J'étais fantassin, en première ligne, avec les tranchées, les bunkers… Mon job était entre autres de remettre les tranchées en ordre, les barbelés aussi." Là-bas, Jean-Jacques Hérin a appris l'anglais. "C'était la seule langue possible avec les Américains, et puis il y avait les Flamands et des Coréens avec nous…"
"Dans sa tête, on fait le blanc"
C'est l'une des premières fois que Jean-Jacques Hérin évoque ce qu'il a vécu en Corée. Même sa famille n'a jamais eu trop l'occasion d'en apprendre sur cette période, si ce n'est la fierté de l'homme, d'avoir assuré la mission qui lui était confiée.
Mais à 18 ans, faire la guerre, c'est quoi ? "Dans sa tête, on fait le blanc, on ne pense pas ! En tout cas, on ne pense qu'à nous, pas à l'adversaire… On a eu 103 décédés chez nous, ou disparus… Nous étions 5 000 hommes. Les Chinois (NDLR : qui épaulaient les Coréens du Nord) étaient de bons guerriers. On a eu de la chance sur les trois batailles qui nous ont occupés. Dans la période où j'étais là, c'était plutôt des escarmouches pour tenter de récupérer des zones. Je n'ai personnellement jamais été blessé. Je me souviens aussi des contacts avec la population locale, heureuse de nous voir et de partager nos rations…
Nous avions parfois des congés. Huit jours, et dans ce cas, on devait passer par une tente, avec un examen du docteur, et on recevait des tenues de sortie. Nous étions envoyés au Japon, à Okayama. Lors de notre retour, on repassait par la tente, visite médicale et… tenue de combat américaine pour repartir au boulot…"
En Corée, pour communiquer avec sa famille, Jean-Jacques Hérin pouvait enregistrer de temps à autre une bande son de 15 minutes et une fois par mois il avait du courrier.
Que s'est-il passé au retour de Corée, en 1955 ? "Cela a été difficile au début. Pas moyen de dormir sur un lit, je dormais par terre. Le changement de nourriture n'a pas été évident non plus. J'ai eu un mois de congé, puis on a été appelé pour défiler le 21 juillet. Je me suis alors engagé en Allemagne, d'abord à Cologne, dans l'aviation légère, puis en 1962 j'ai suivi une formation d'anglais, avant d'aller aux USA en 1963 pour être formé aux fusées Hawk. J'ai terminé ma carrière à Werl dans la maintenance Hawk/Lance."
"Mes valises sont déjà presque prêtes"
Ce qui marque Jean-Jacques Hérin, c'est la reconnaissance que la Corée du Sud lui témoigne depuis 1955 et son retour en Belgique, par bateau, à bord du SS Laos, un voyage d'un mois : "La Corée est bien plus reconnaissante que la Belgique. Chaque année, l'ambassade de Corée me remet un cadeau : du thé, du ginseng… Tous les cinq ans, il y a un repas. Je reçois aussi de multiples lettres, et lors de la période Covid, alors qu'en Belgique cela ne se trouvait pas, nous avons reçu les premiers masques ! Chaque année, quatre vétérans Belges sont invités en Corée. Cette année, c'est en novembre et je serai du voyage avec mon fils Francis qui habite Orp-Jauche. Nous serons en première classe dans l'avion et serons logés dans un hôtel 5 étoiles… J'attends ce voyage avec impatience, c'est la première fois que je retournerai en Corée. Mes valises sont déjà presque prêtes."