Le propriétaire du vignoble du Château de Bousval, qui fête ses 10 ans : " Je ne veux pas laisser que des briques à mes enfants"
Michel Verhaeghe de Naeyer a tenté un pari fou dans ce coin du Brabant wallon et produit aujourd'hui des vins qui plaît au public et remporte des prix

- Publié le 12-07-2024 à 11h44

Tout Cru, Naturiste, Ange ou Démon, Gouttes d'O ou encore Nécrosé : en dix ans, date de la plantation du premier cep sur ce domaine de Bousval dans le Brabant wallon, Michel Verhaeghe de Naeyer le propriétaire et son équipe ont produit six cuvées. D'un sol " mort " après un demi-siècle d'agriculture intensive et conventionnelle, ils ont tout remis à plat, revigoré les sols, installé un système performant de drainage, travaillé en bio et en biodynamie, laissé faire la nature (même quand elle est contraire…), érigé un splendide chai pour produire de bons vins. En misant sur la qualité plutôt que la quantité.

Exemple frappant pour un vignoble belge : pas de bulles.
" Pourtant, techniquement parlant, ce serait plus facile, relate-t-il. Primo. Les bulles ne me transportent pas à titre personnel. Secundo. Nous sommes à proximité de la Champagne, l'Italie et l'Espagne produisent des bulles et 65% de la production belge en fait. "
"Nous ne produisons pas de bulles. Je ne suis pas fan et 65% des vignobles belges en font"
Aujourd'hui, le Vignoble du Château de Bousval, situé sur les hauteurs de la commune très verte, souffle ses dix bougies. Enfin presque…
"Le premier pied de vigne a été planté il y a une décennie mais le projet remonte à une douzaine d'années, relate le volubile propriétaire. Nous avons effectué une étude de sol avec, comme souhait de base, est-ce possible de produire de bons vins avec cette terre ? Si oui, comment faut-il faire ? Réponse. Primo. Il a fallu laisser au repos total la terre pendant deux ans car elle a été utilisée durant un demi siècle par l'agriculture traditionnelle. Secundo. Mettre en oeuvre un système de drainage afin d'éviter la rétention d'eau car, en Belgique, il pleut… parfois (rires). "
"Nos terres ont dû reposer durant deux ans car elles avaient été souillées par l'agriculture conventionnelle"
Aujourd'hui, même si la situation commence à s'améliorer, le vignoble n'est pas (encore) rentable. Il a suscité de nombreux et gros investissements et ce n'est pas fini. Il faut être sacrément motivé et/ou philosophe pour se lancer dans une telle aventure.

" Ce n'est certainement pas l'appât du gain car cela aurait été un mauvais calcul. Ce n'est pas non plus une lubie ou une danseuse. Nous possédons le Château de Bousval et je ne souhaitais pas laisser en héritage que de la brique. La vigne a un sens. Elle demande du travail et de l'humilité mais le fruit de la propriété se boit entre amis, en famille. Notre première bouteille est sortie en 2019 soit sept ans après la première plantation. Cela réclame beaucoup de travail et le risque est élevé. D'autant que nous souhaitions travailler avec des cépages traditionnels. Dont le rendement est très fluctuant. Ce n'est pas un hasard si nous avons appelé notre vin rouge Ange ou Démon car, d'année en année, cela peut être tout ou…rien. "
"Si j'avais fait cet investissement pour gagner de l'argent, cela aurait été un très mauvais calcul (rires)"
Heureusement, il y a des satisfactions. Se retrouver sur la carte des vins de belles adresses mais aussi décrocher des prix dans des concours réputés : une médaille d'argent (Tout Cru 2022) et de bronze (Gouttes d'O 2022) au Décanter World Wine Award et un Belgium Wine Award au Gault et Millau 2024 pour l'excellent Ange ou Démon 2022. Sauf surprise, les six cuvées ne devraient pas connaître de petits frères ou sœurs. Quoique…

" On s'amuse. Nous avons eu de la pourriture noble sur quelques parcelles et nous en avons tiré 140 bouteilles de 37.5 cl d'un vin d'exception " L'Enfant Sauvage ". Pas pour commercialiser. Par contre, nous avons acheté un alambic pour produire du marc. Nous avons planté des noyers et des poiriers pour faire un alcool de poire et de noix. "

Le tout en bio et/ou biodynamie. " La nature nous guide avec ses contraintes, ses coups durs mais aussi ses bons moments."
Ce qui ne fut pas un bon moment pour le portefeuille du domaine, ce fut l'explosion des coûts énergétiques en 2022.
" C'était totalement intenable. Nous avons réagi en installant un " champ " photovoltaïque avec l'ambition d'être autonome énergiquement. "
"Un champ photovoltaïque a été installé afin de devenir autonomie énergétique"
Un vignoble s'érige comme un investissement non pas à moyen mais à long terme. Après dix ans, le vignoble offre déjà de belles bouteilles mais il va encore grandir.
" Qualitativement, cela va encore s'améliorer. Je ne serais plus là mais tant mieux. Mes enfants ont la vingtaine. Ils sont nés avec le vignoble. S'ils ont envie de prendre le relais, ils pourront. Une certitude : ils aiment le vin… "