Histoire ou mythe, qui se cache derrière les noms de rues à Jodoigne?
Les rues jodoignoises évoquent les personnalités marquantes de son histoire, mais elles parlent aussi de futaie et d'un personnage mythologique.
- Publié le 22-07-2024 à 12h00

Quand on est passionné d'histoire locale comme Daniel Goffin, c'est presque un jeu d'enfant de raconter les personnalités qui ont marqué l'histoire de Jodoigne. Et, de ce fait, hérité d'un nom de rue. Et puis, il y a aussi une part de légende dans certaines dénominations.
Rue du Modron
Modron est une figure de la mythologie celtique gauloise. "La source qui s'écoule au centre de la rue était un lieu sacré qui aurait dû disparaître lors de la construction de l'église Saint-Médard, explique Daniel Goffin. Cependant, la légende (ou la tradition) veut qu'une nuit, les matériaux et les pierres de taille furent miraculeusement transportés quelque cinquante mètres plus loin, au sommet de la colline. Les chrétiens décidèrent alors d'y bâtir Saint-Médard."
Rue Saint-Jean
Au milieu de l'actuelle rue Saint-Jean, à hauteur du numéro 11, se situait la principale porte d'entrée de la ville au Moyen Âge. Durant de nombreuses années, une niche enfermant la statue du saint lui rendait hommage. Seules les marques de la niche sont encore visibles, mais la Ville restaure en ce moment la statue qui reprendra sa place dans les prochains mois. "Très vite, les petits commerces se sont établis dans cette rue qui générait beaucoup d'animations, raconte Daniel Goffin. Une école primaire s'y est ouverte en 1843 dans les bâtiments autrefois occupés par les religieuses de l'ordre de Saint-François, que l'on appelait le couvent des Sœurs grises."
Avenue Fernand Charlot
L'avenue Fernand Charlot tient son nom d'un bourgmestre libéral, notaire de profession. "Différents notaires issus de la même famille ont marqué le souvenir des Jodoignois, rapporte Daniel Goffin. Les Charlots ont pendant plus de 100 ans tenu une étude dans un tronçon de la chaussée de Charleroi. Membre du Parti libéral, Fernand Charlot (1854-1913) fut bourgmestre pendant vingt-huit ans, jusqu'à son décès. Les autorités locales décidèrent alors de donner son nom à l'avenue où il avait résidé."
Chemin du Stocquoy
Saviez-vous que les Prémontrés de l'abbaye d'Heylissem avaient installé au lieudit Stocquoy (futaie), vers 1209, une communauté de Norbertines ? Leur ferme persista après leur départ. Elle fut remise en état entre 1751 et 1755. Après la Révolution française de 1789, la ferme sera vendue comme bien national. Par mariage, elle est passée aux héritiers actuels.
Square Sainte-Béatrice
Sur le square Sainte-Béatrice se situait l'ancien hôpital portant le nom de la mère du Bey Defoër. "En 1881, rappelle Daniel Goffin, Hector Defoër-Bey fait un don de 150 000 francs à la Commission des hospices civils de Jodoigne dans le but de doter la ville d'un hôpital. L'établissement fut ouvert en 1887. Au début du XXe siècle, l'hôpital prenait en charge une trentaine de malades."
Rue Grégoire-Nélis
Non, la rue Grégoire-Nélis ne rend pas hommage à un homme nommé Grégoire Nélis. Le nom de cette courte rue du centre de Jodoigne reprend deux patronymes: François-Xavier Grégoire (1802-1887), tanneur de profession et horticulteur puis pomologue (spécialiste de la science des fruits comestibles) par passion, et son épouse Catherine-Barbe Nélis (1800-1872). Dans cette rue sont nés deux poètes bien connus dans la région: Paul Moureau (1887-1937) et Paul Stienlet (1910-1945).
Avenue des Commandants Borlée
Pourquoi deux commandants ? Parce qu'il s'agit de deux frères, qui avaient le même grade durant la Première Guerre mondiale. Cette rue, anciennement route de Jauche, fut nommée après 1867 avenue de la Station, suite à la construction du réseau ferré Tirlemont-Namur. "En 1909, le conseil de la Ville avait décidé de donner le nom de Francisco Ferrer (1859-1909) à l'avenue, et cela en souvenir du Catalan, accusé d'être à l'origine d'émeutes nationalistes et fusillé par les autorités espagnoles, précise Daniel Goffin. Dans les années 1920, l'avenue deviendra celle des Commandants Borlée en souvenir de Raphaël, tué à Dixmude le 12 mai 1915, et de son frère Charles, abattu un an plus tard, jour pour jour, dans la même ville flamande."
Rue du Château
La rue du Château doit son nom au château Pastur, actuelle maison communale de Jodoigne. Anciennement château de la Comté, le château fut acquis par le notaire Philippe Pastur en 1849. Par héritage, le château resta entre les mains de sa fille Octavie, puis des notaires Justinien, Jean-Baptiste, Léon-Clément (membre de la Chambre puis du Sénat) et Max (conseillé communal puis député). Ces Pastur étaient tous notaires et hommes politiques catholiques.