Assises du Brabant wallon : chronique d'un drame annoncé ?
La juge de la jeunesse qui a tenté de s'occuper de François Lavency n'a pas été très étonnée en apprenant qu'il avait tué une dame qui l'aidait.
- Publié le 26-10-2024 à 16h00

Il n'est guère habituel, lorsqu'arrive en cour d'assises le moment du défilé des témoins de moralité, qu'un magistrat soit entendu à la demande de la défense. Souvent ce sont plutôt les membres de la famille et les amis qui viennent dire tout le bien qu'ils pensent de l'accusé, indiquant qu'il ne faut pas réduire un homme à ce qu'il a pu commettre dans un moment particulier.
Mais une partie des témoins de moralité de François Lavency ne sont pas venus ce vendredi, et d'autres dont une de ses demi-sœurs (lire ci-dessous) ont tenu à son égard des propos plutôt cash…
Lorsqu'il a été arrêté après avoir tué Christine Francis en mai 2022, François Lavency a parlé aux enquêteurs de son enfance et de son adolescence (très) difficiles. Violence et alcoolisme du père, mère absente, placements en institutions avec autant de constats d'échec… Dans ce tableau très sombre, François Lavency avait tenu à sauver une personne: la juge de la jeunesse qui, à partir de 2013, a repris son dossier et l'a suivi durant quelques années malgré les difficultés qu'il posait.
C'est cette magistrate qui est venue témoigner vendredi matin devant la cour d'assises, à la demande de l'accusé. Et elle n'a rien caché du parcours chaotique de ce jeune homme, aujourd'hui dans le box alors qu'il n'est âgé que de 25 ans.
"Il était le mouton noir…"
Elle a expliqué qu'à peu près tout ce qui a été tenté pour le remettre sur un chemin plus droit a échoué. Ne supportant pas la frustration, François Lavency se montrait violent dans les centres et les IPPJ, ne faisait pas sa part lorsqu'une nouvelle mesure était tentée avec son accord, et les tentatives de réintégration en famille ne fonctionnaient pas mieux.
"Il était le mouton noir dans une systémique familiale délétère et catastrophique, a affirmé la juge. On avait le sentiment qu'il ne s'autorisait pas à être différent de son papa. Dès que quelque chose commençait un peu à fonctionner, il fallait, comme si c'était plus fort que lui, qu'il le fasse capoter."
D'où la multiplication des incidents dans les centres, les placements dans tous les IPPJ de Wallonie, la violence envers les équipes et les autres résidents, les fugues durant lesquelles il consommait de l'alcool et du cannabis…
À un moment, pour tenter de trouver une solution, il avait même été convenu que François Lavency téléphone à sa juge de la jeunesse tous les jours, week-end compris, à 18 h. Ce qui permettait de débriefer la journée, et de le recadrer au besoin. Cela a fonctionné… un temps.
"Il a eu de l'aide, les intervenants se sont démenés comme de beaux diables: je ne peux pas être d'accord avec lui lorsqu'il dit qu'il n'y a que moi qui l'ai aidé, a commenté la juge. Il vivait chaque effort qu'il consentait comme quelque chose d'énorme, méritant une grosse récompense. Il était touchant mais aussi agaçant: j'ai l'impression de lui avoir tendu tellement de perches qu'il n'a jamais pu saisir…"
"Il a fallu qu'il casse à nouveau cette chance…"
À l'heure de dresser le bilan de tout cela, juste avant la majorité de l'accusé, la juge de la jeunesse a dû le faire seule: François Lavency, lui, était en fugue de l'IPPJ. Et lorsque la police lui a dit en 2022 qu'il avait tué une dame, la magistrate leur a répondu qu'elle n'était pas très étonnée.
"C'est exact, et c'est terriblement triste, a-t-elle confirmé devant la cour d'assises. C'est une énorme tristesse et un sentiment d'injustice pour cette dame, en plus d'un sentiment d'échec dans le travail qui est le mien. J'ai été moins de surprise encore en apprenant que cette dame lui avait ouvert sa porte. Elle lui avait donné une chance, il a fallu qu'il casse à nouveau cette chance…"