Le premier micro-ordinateur circulaire du monde est belge et il est fabriqué à Braine-le-Château
La start-up belge Citronics transforme des smartphones en fin de vie en micro-ordinateurs, et c'est une première mondiale. C'est au Village n° 1, à Braine-le-Château, que les appareils sont produits.
- Publié le 28-11-2024 à 15h00
- Mis à jour le 28-11-2024 à 15h14

Chaque année, en Europe, quelque 200 millions de smartphones sont jetés. Il est souvent bien difficile de savoir s'ils sont recyclés ou – plus probablement – détruits.
Jean-Brieuc Feron fonde Citronics en 2021. La start-up est spécialisée dans l'électronique, et plus particulièrement la réutilisation et la reprogrammation des composants complexes.
Ce mercredi 27 novembre, son patron annonçait les débuts de la commercialisation des micro-ordinateurs. Ces appareils sont dotés "d'une capacité de calcul, fonctionnant sur batterie. Il y a des micro-ordinateurs partout autour de nous. On ne les voit pas, mais ils permettent l'automatisation des processus industriels, la gestion des thermostats dans nos maisons, les calculs GPS, etc."
Une première mondiale
La particularité des micro-ordinateurs, aussi appelés ordinateurs embarqués, développés par Citronics ? Ils sont "circulaires", c'est-à-dire fabriqués à partir de cartes mères récupérées sur des vieux téléphones portables.

"On récupère des smartphones en quantités industrielles. On extrait alors la carte mère, que l'on reprogramme avant de l'assembler sur un autre module, explique le fondateur de la start-up. Autrement, ces cartes mères sont détruites. Ici, elles sont réintégrées à d'autres composants pour en faire des micro-ordinateurs." Et ça, c'est une première mondiale.
Le jeune chef d'entreprise, ingénieur en électronique de formation, ne cache un certain étonnement à être le premier sur le marché mondial: "Pourquoi personne n'a pensé à faire cela avant, à réutiliser ces composants ? Je me pose la question depuis le début… Culturellement, on ne réutilise pas les composants dans le monde de l'électronique. Il y a la croyance que ça coûte trop cher. Mais depuis le Covid, et avec le blocage du canal de Suez, les pirates en mer Rouge, etc., l'approvisionnement n'est plus garanti."
C'est là l'une des grandes forces de Citronics: "Toute la chaîne de valeur est en Europe, du développement des prototypes jusqu'à la production industrielle. Il n'y a ainsi pas de risque en termes d'approvisionnement."
Ces ordinateurs embarqués sont utilisés dans toute une série de domaines, de l'éducation et la recherche à l'optimisation énergétique. "On travaille déjà avec l'entreprise Karno, spécialisée en réseaux de chaleur. Dans le secteur des télécoms, on commence une collaboration avec Deutsche Telekom", annonce Jean-Brieuc Feron.
Une chaîne brainoise
C'est au Village n° 1 (voir encadré), l'entreprise basée à Braine-le-Château qui rassemble près de 800 travailleurs handicapés, que la chaîne d'extraction de Citronics est installée.

Ce mercredi, quatre personnes étaient affairées à démonter des smartphones pour récupérer la carte mère. Vers 11 h, après 3h de travail, 154 smartphones avaient déjà été démontés, lisait-on sur l'écran d'un ordinateur.

"Il y a trois postes d'extraction: un "pré-check" pour vérifier que la carte mère a l'air "vivante" ; l'extraction en elle-même et la séparation des matériaux, de manière à pouvoir les envoyer au recyclage ; l'insertion de la carte mère dans un banc de test pour s'assurer qu'elle fonctionne et qu'elle n'a pas été endommagée, énumère le fondateur de Citronics. La chaîne d'extraction a été conçue et adaptée pour les travailleurs de Village n° 1."
Une collaboration avec Fairphone
"On ne fait pas ça tout seul: l'entreprise Fairphone nous soutient depuis le début, même lorsqu'elle ne comprenait pas tout à fait ce que l'on faisait, raconte Jean-Brieuc Feron. Elle nous fournit maintenant des milliers de vieux smartphones."

Les smartphones de l'entreprise néerlandaise présentent aussi un avantage non négligeable: ils se démontent bien plus aisément qu'un Samsung ou un iPhone. Citronics prévoit néanmoins de se tourner vers d'autres marques dans les mois ou les années à venir pour développer son activité et devenir "leader européen dans la valorisation des smartphones, tant au niveau environnemental que social".