"J'ai enlevé Mamie": le gentil kidnapping d'une mamie atteinte d'Alzheimer, à voir au Vilar et à Braine-l'Alleud
Avec humour et tendresse, "J'ai enlevé mamie" pose la question de la place des personnes âgées dans notre société. À voir dès 7 ans et sans aucune limite d'âge.
- Publié le 17-12-2024 à 08h25

La grand-mère de Lou vit depuis plusieurs années dans une maison de retraite. Elle est "désorientée" comme on dit pudiquement. En réalité, ses troubles de la mémoire témoignent du fait qu'elle est atteinte d'Alzheimer. Sa petite-fille, Lou, lui rend visite de temps en temps avec ses parents, mais la connaît peu. Un jour, à la fin d'une visite, les parents promettent à sa mamie de la reprendre, la semaine suivante, chez eux. Un mensonge que la fillette prend comme une trahison. Fâchée, elle décide de kidnapper sa grand-mère, de l'éloigner de la maison de repos, et de l'emmener faire un long voyage pour qu'elle puisse faire ce qu'elle a envie de faire: rejoindre son mari, le grand-père que Lou n'a jamais connu.
Le comédien incourtois, Jérôme Poncin, a écrit et mis en scène cette pièce de théâtre destiné à tous dès l'âge de 7 ans. Il a tiré cette histoire de son expérience personnelle et en a fait un album pour les enfants en 2022, avant d'en faire une pièce de théâtre, avec le théâtre des 4 Mains de Beauvechain. Depuis sa création, la pièce a déjà été jouée plus de 100 fois. Un réel succès qui s'explique par le regard tendre posé sur cette maladie.
"Les enfants ont plus d'empathie"
"Les enfants sont plus naturels et moins maladroits que les adultes dans l'approche de la maladie d'Alzheimer, estime Jérôme Poncin, qui met aussi en scène la pièce de théâtre. Ils montrent de l'empathie, pas de la pitié. Cette histoire est un peu mon histoire puisque c'est en remarquant l'attitude de mes filles avec ma maman, qui est placée dans une maison de repos et souffre de cette maladie, que j'ai compris la justesse de leur attitude vis-à-vis d'elle, je me suis dit que l'empathie de l'enfant est plus grande que celle des adultes. Parce qu'elles n'ont pas les mêmes blessures ni les mêmes barrières que moi."
Récompensée aux Rencontres Théâtre Jeune public de Huy en 2023 pour son "regard tendre et espiègle sur le lien à nos aînés", la pièce continue à faire son bonhomme de chemin. Une longue tournée est en route et passera par de nombreuses représentations dans les écoles, mais aussi en Brabant wallon, pendant les vacances de Noël, à Louvain-la-Neuve, au Théâtre Jean Vilar, et au centre culturel de Braine-l'Alleud un peu plus tard. À tous les âges, la pièce parle et séduit. Elle met en scène trois comédiens en chair et en os qui donnent la réplique à la marionnette de la mamie, animée par Anaïs Pétry.
"C'est une sorte de voyage initiatique, durant lequel Lou découvre sa grand-mère et vice et versa. Avec quelques aléas liés au fait que la mamie a des soucis de mémoire, reprend Jérôme Poncin. Le ton se veut drôle et léger. Et l'histoire est un peu farfelue. Le voyage réalisé par la mamie et sa petite-fille n'est pas très réaliste, même si elles vont aux quatre coins de la Belgique: voir Ostende, puis le Manneken Pis à Bruxelles, puis les Ardennes, etc. On n'est pas dans une analyse d'un fait de société, plutôt dans le registre de l'émotion. D'ailleurs, il n'est pas rare que des spectateurs, adultes ou enfants, tombent dans les bras des comédiens à la fin du spectacle. L'idée centrale, c'est finalement qu'il y a encore beaucoup de choses à vivre ensemble, malgré la maladie. En fait, cela parle d'intergénérationnel. Je n'aime pas l'expression ''placer une personne'', cela sous-entend qu'on les écarte de la société car elles sont devenues inutiles. Rien n'est plus faux. C'est important de remettre les personnes âgées au centre de la vie sociale et familiale."
À voir dès 7 ans au Jean Vilar, les 3 et 4 janvier à 16 h. Tel: 0800 25 325.
Et le 17 janvier à 19h au centre culturel de Braine-l'Alleud, www.braineculture.be